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Yapou, bétail humain, tome 1

 
 

Résumé

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Planche de Yapou, bétail humain, tome 1Attention, lecture à ne pas mettre entre toutes les mains !
Yapou, bétail humain a d'abord été un roman de Shozo Numa, un véritable phénomène littéraire (traduit en France par les Editions Désordres) qui a profondément bouleversé la littérature japonaise, et peut-être mondiale.

De prime abord, cela ressemble à un manga pervers, où des courbes féminines sont gracieusement exposées, et où l'homme est rabaissé à l'état d'animal servile. C'est presque ça, mais pas seulement. Pour exprimer clairement ma pensée, rien de tel que de citer l'exégèse de l'éditeur du roman : Reprenant la tradition de Jonathan Swift et du voyage fictif, cette dystopie délirante, marquée par une feinte érudition et de constantes adresses au lecteur, représente la quintessence littéraire de la détestation de soi des Japonais traumatisés par l’Histoire. Yapou décrit un monde total, traversé par un humour noir et grinçant, où tout, de l’organisation sociale aux gadgets technologiques, en passant par le système philosophique et idéologique, est scrupuleusement répertorié. Grand texte du masochisme, hanté par les notions d’impérialisme, de suprématie raciale, d’eugénisme, de domination sexuelle, Yapou a été honni par le Japon d’après-guerre.

Dans le monde dù vient Pauline, qui a été colonisé il y a très longtemps par les hommes, les Japonais sont rabaissés au rang de sex-toys et de meubles vivants. Sa confrontation avec la société occidentale des années 1960 va provoquer un choc culturel immense.

Il y a trois parties distinctes dans le premier tome. Tout d'abord une scène d'introduction des deux protagonistes humains, que j'ai trouvée assez étrange, le personnage féminin prônant un discours dédaigneux, presque haineux, envers ses semblables, le personnage japonais étant totalement soumis à sa fiancée.
La deuxième partie se passe dans le vaisseau spatial de Pauline, où l'on découvre à la fois son caractère très particulier, mais aussi l'utilité de son yapou, et une partie de son histoire sentimentale. Une scène volontairement érotique, mais dans laquelle on ne dévoile quasiment rien.
La troisième partie survient après le crash du vaisseau, et se compose essentiellement d'une très longue apostrophe au lecteur, afin de lui expliquer (avec des redondances parfois) le sentiment de la jeune extraterrestre.

Chacune des trois parties a éveillé en moi un malaise sourd, diffus, mais qui s'est fait jour à la relecture, à la réflexion et à la lecture de certains commentaires relatifs au roman. Le but de Numa, à l'instar d'un certain Marquis de Sade 200 ans plus tôt et sous d'autres cieux, est clair : éveiller les consciences par le biais d'un sujet "choquant". Ici c'est aussi le sexe qui est le prétexte à cette démonstration, destinée aux Nippons.
Car d'après l'auteur, ceux-ci souffrent encore d'un énorme complexe de culpabilité et d'infériorité à la suite de la défaite de la seconde guerre mondiale... Une véritable psychanalyse, un électrochoc probablement sans précédent dans l'histoire littéraire du Soleil levant. Le malaise est aussi venu de la scène de "transformation" du yapou en meuble vivant. C'est carrément dérangeant, et les relents d'eugénisme qui s'en dégagent ne sont pas sans éveiller quelques échos dans l'actualité...

Alors bien sûr, pour nous Occidentaux, l'impact est bien moindre. Parce que nous ne souffrons pas de ce complexe d'infériorité, au contraire. Parce que nous vivons dans une société bien-pensante, où l'onanisme est honteux (contrairement au monde de Pauline), où l'asservissement de l'autre est puni (en principe) par la loi. Où des systèmes féodaux ou matriarcaux ne sont pas très répandus.

Globalement j'ai donc été dérangé par la lecture de ce premier tome, mais aussi intéressé, intrigué. Un peu agacé aussi, parce que dans la longue troisième partie dont je parlais précédemment, il y a un long passage explicatif concernant les sentiments de l'extraterrestre, mais aussi de Clara, et de Rinichi. Malgré l'aspect huis-clos de l'histoire, ce passage introspectif devient vite ennuyeux et lourd. Il eût été plus judicieux, de la part des auteurs, de faire un pavé explicatif sous forme de note entre deux chapitres ou encore en fin de tome. Parce que du coup, les personnages sont figés pendant un long moment, on se croirait presque dans un épisode d'Olive et Tom, quand un personnage tire au but...
Mais cette erreur narrative ne doit pas cacher l'intérêt philosophique et sociologique de l'histoire, qui est réel, et devrait intéresser pas mal de lecteurs adultes...

A noter une incongruité de la part de l'éditeur, puisque la couverture "avant", comportant le titre, le nom des auteurs, se retrouve du côté "européen" du volume. Erreur de l'imprimeur ou fantaisie éditoriale ? Le débat est ouvert...


Chronique rédigée par Spooky le 03/09/2007
 
 
Avis de :Un bon moment de lecture ! Note de l'album : 3,50
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Ajout d'avis

 
  • Note du chroniqueur : 3,50 Note générale
  • Originalité : 4,50 Originalité
  • Scénario : 3,00 Scénario
  • Dessin : 3,50 Dessin
 
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Note moyenne de l'album : 3.25
Dépôt légal : Juillet 2007

Avis des lecteurs

2 internautes ont donné leur avis sur l'album Manga Yapou, bétail humain, tome 1, lui attribuant une note moyenne de 3,25/5. La chronique BD ci-dessus est prise en compte dans le calcul de cette moyenne.

22 6 2015
   

Je m’attendais à un opus où l’érotisme serait présent à chaque page. Ben non, et c’est tant mieux.
Ce livre n’est pas une sorte de concentré de violence érotique MAIS c’est osé, très, et à réserver à des adultes.
Pourtant, ce n’est pas neuf : le livre d’origine a été édité en 1956. Rapidement il deviendra un monument de la littérature nippone.
C’est vrai qu’on en a vu d’autres mais cette sorte d’évocation nous montre un traumatisme japonais qui nous « borde » d’une manière que nous n’attendions pas.
Ce type de figure de style, créé par l’auteur d’origine et ensuite par les deux adaptateurs ne m’a pas ennuyé.
Cette transposition est bien réalisée et –surtout- bien dessinée. Le graphisme est reconnaissable, car réalisé par un mangaka MAIS le trait général est aérien, bien défini et l’ensemble bien mis en scène.
Je ne suis pas un fou de ce genre de manga MAIS j’ai bien aimé le sujet traité.