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Avec une couverture sombre à souhait, un texte de présentation prometteur et un univers graphique de toute évidence très travaillé, cet album déniché au rayon indé m’interpelle immédiatement ! A la lecture des premières pages pourtant, je suis un peu déstabilisée. L’histoire débute sur une succession de scènes anecdotiques, où l’on suit deux commerciaux à l’œuvre. Mais déjà, il y a là un je-ne-sais-quoi d’oppressant et d’absurde qui laisse percevoir une intention plus profonde. Car à travers le quotidien d’Etienne, un trentenaire un peu perdu, l’auteur esquisse par petites touches le tableau singulier d’une société qui va de traviole, avec une acuité et une sensibilité touchantes. Au fil des journées de travail, des sorties et des rencontres d’Etienne, se révèlent tous les symptômes d’un système malade où la consommation est érigée en valeur ultime, où le business impose sa loi aveugle dans un monde du travail déshumanisé, où le culte de la réussite individuelle germe sur le néant spirituel, où une jeunesse résignée étouffe comme elle peut sa soif de perspectives et de liberté, où chacun peine à entrer en contact avec l’autre (l’autre sexe, l’autre génération, même « l’autre soi-même ») et à trouver sa place… Entre cynisme et légèreté de ton visiblement assumés, cet album s’appuie sur un scénario bien construit, doté d’une vraie chute et d’autant plus convaincant qu’il est servi par un coup de crayon fabuleux. Le travail du noir et blanc, très fin, très juste (sublimes planches du cauchemar !) s’associe à des choix de plans et de cadrages souvent ambitieux. Mention spéciale pour le véritable défilé de tronches et le sens du détail absolument jubilatoire. Bref, je ne peux que conseiller cet album très personnel (un premier !!!), qui gagne à être relu plusieurs fois tant il fourmille de petits trésors. Vraiment hâte de découvrir le prochain !