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En proposant une nouvelle édition de "The Crow", les éditions Delcourt font faire quelques heureux car il était devenu impossible de se procurer cette bande dessinée qui avait pourtant connu du succès à sa sortie, avec une adaptation au cinéma qui avait coûté la vie à son acteur principal, Brandon Lee.
La mort est au coeur de "The Crow". Avant même que la tragédie ne frappe le fils de Bruce Lee sur le tournage, la thématique principale de cette BD américaine reposait sur le deuil impossible d'un jeune homme revenu d'entre les morts pour se venger de ses meurtriers et de ceux de sa compagne. L'amour et la mélancolie sont eux aussi omniprésents, le souvenir de Shelly ne cessant de hanter Eric qui cherche dans le sang de ses bourreaux une réponse à son tourment.
Plus encore, c'est dans sa conception-même que "The Crow" est une oeuvre macabre. Il est en effet indispensable de connaître certains aspects de la vie James O'Barr avant de découvrir ce qu'il a créé. Née d'une mère souffrant de troubles psychiatriques, élevé dans des foyers, James O'Barr a 18 ans lorsque sa fiancée est tuée par un chauffard ivre, alors qu'elle venait chercher James qui lui avait demandé ce service. "Le futur s’était assombri tout d'un coup. J'espérais que, en couchant sur le papier toute ma rage et mes envies de meurtre, la douleur, la souffrance et les comportements autodestructeurs se dissoudraient dans l'encre noire", écrit-il en préface de "The Crow".
L'encre la plus noire. Les meurtres, la violence qu'on lit dans "The Crow" ont ainsi une terrible résonance. Cette BD n'est pas un de ces comics qui multiplient les morts pour le spectacle. James O'Barr convoque ses propres démons pour mieux les affronter, se créant un double de papier consumé tout entier, comme l'auteur lui-même, par sa rage d'avoir vu son grand amour jeté à terre par un irresponsable. Et si le meurtrier est multiple dans l'histoire, il n'est que l'incarnation du monstre dérivé d'un abruti qui n'aurait pas dû prendre le volant ce jour-là.
On ne peut séparer la création de son créateur, tant ce drame personnel est irrémédiablement lié à la fiction que James O'Barr a écrite et dessinée. Les scènes avec Shelly sont particulièrement touchantes car elles sont imprégnées de l'amour bien réel qui les a inspirées. Le noir et blanc de "The Crow" était un choix d'évidence, même si c'est le noir qui l'emporte dans le récit comme dans l'impression laissée au lecteur. O'Barr laisse toutefois beaucoup d'espoir aussi dans son histoire, Eric n'ayant de haine que pour ses assassins mais faisant preuve de compassion pour tous les autres qui croisent sa route d'âme damnée.
Une œuvre quasi-psychanalytique, qui possède encore beaucoup de force et d'émotion et qu'on va recommander à tous les amateurs de comics qui n'auraient pas eu l'occasion de la lire auparavant.
| Album | Avis | Moyenne |
|---|---|---|
| The Crow | 3 | 3.33 |
| The Crow : Edition définitive | 1 | 4.00 |