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Nord de l'Ouganda, 2002. Le Dr Moses Lwanga, médecin ayant grandi et fait ses études aux Etats-Unis, décide d’aller aider son pays d’origine. Accompagné de son épouse, il met son métier au service de la population locale et se retrouve coincé au milieu d’une guerre civile qui met la région à feu et à sang. Pacifiste dans l’âme, il voit ses beaux principes s’effriter au contact de la réalité, mettant à jour une haine à laquelle il finira par céder. Ayant libéré sa rage, sombrant lentement dans la folie, il mène dorénavant sa propre justice…
Ayant récupéré les droits des titres DC, Urban Comics lance une première salve d’albums issus d’Outre-Atlantique, dont cette saga de l’excellente collection Vertigo, écrite par Joshua Dysart et dessinée par Alberto Ponticelli. Ce premier tome reprend les six premiers épisodes de la série US "Unknown soldier", arrêtée après vingt-cinq épisodes et nominée au Eisner Award dans la catégorie Best New Series en 2009.
Reprenant le concept du soldat inconnu, créé par Joe Kubert et Robert Kanigher en 1966 et ayant pour terrain d'action la seconde guerre mondiale, Joshua Dysart propose une nouvelle version du personnage afin d’aborder un conflit plus récent, mais tout aussi sanglant. Si le héros n’a rien d’un inconnu (son nom étant connu dès les premières pages) et que sa transformation impliquant une auto-mutilation du visage peut sembler légèrement capillo-tractée, l’histoire fictive de ce médecin humanitaire permet néanmoins de dénoncer des violences bien réelles. Des conflits interethniques aux enfants soldats, en passant par la corruption, les enlèvements, les mutilations et l’esclavage sexuel, ce périple africain ouvre les yeux sur un conflit particulièrement meurtrier, encore récemment mis en avant par une vidéo de trente minutes mise en ligne sur YouTube le 5 mars 2012. Ce film qui atteignit rapidement plusieurs dizaines de millions de visionnages pointe principalement du doigt les méfaits de Joseph Kony, protagoniste de ce comics et chef des rebelles de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) faisant l'objet d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale depuis 2005 pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Si l’objectivité de cette vidéo qui a fait le buzz sur les réseaux sociaux peut être mis en doute, le travail éditorial d’Urban Comics, qui agrémente cet album d’un glossaire et d’une postface qui permettent de saisir toute la complexité et le contexte du drame qui frappe l’Ouganda, est par contre irréprochable.
Visuellement, Alberto Ponticelli livre un grand nombre d’images chocs, qui contribuent à faire ressortit toute l’horreur du conflit et augmentent la crédibilité du récit. Un graphisme rude, violent et dérangeant, à ne pas mettre entre toutes les mains, mais qui se rapproche au maximum de la réalité.
Une mise en bouche prometteuse, qui invite à suivre l’évolution psychologique et la descente aux enfers d’un héros atypique, tout en immergeant le lecteur au sein d’une guerre civile qu’il est toujours bon de dénoncer.