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Récit d'un otage
 

S'enfuir : Récit d'un otage

 
 

Résumé

S'enfuir : Récit d'un otageAfin d'acceder au résumé de S'enfuir : Récit d'un otage, merci d'activer Javascript.

 

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Planche de S'enfuir : Récit d'un otageGuy Delisle est un habitué de la BD-reportage. L'auteur de "Pyongyang", "Shenzhen", "Chroniques Birmanes" ou "Chroniques de Jérusalem" décide cette fois de ne pas se mettre lui-même en scène. Il conte ainsi les malheurs d'un autre, bien réel, qui a vécu plusieurs mois la douloureuse situation de l'otage auquel des inconnus volent une partie de sa vie.

Puisqu'il a pu rencontrer Guy Delisle pour lui raconter sa triste expérience, on ne vous surprendra pas en écrivant que Christophe André a survécu à son enlèvement. Pour le reste, on n'en dira pas davantage. Non pas que "S'enfuir" joue sur un suspense haletant. Guy Delisle a plutôt cherché à coller au plus près au quotidien d'un otage : il met donc en scène l'ennui, l'attente, les micro-événements qui n'en sont pas (le repas, la toilette) mais qui rythment une journée dont le vide abyssal peut très vite affecter le moral de celui qui la subit. Avec une interrogation fondamentale : contrairement au prisonnier, l'otage n'a aucune idée du temps qui lui reste à croupir menotté ou enfermé dans un placard.

Ce parti-pris de l'auteur entraîne une limite pour l'album : ce n'est pas palpitant, reconnaissons-le, puisqu'il ne se passe vraiment pas grand chose au bout du compte. Mais sur plus de 400 pages, on ne s'ennuie pas : on peut donc considérer que Guy Delisle a bien réussi son coup. Là où d'autres nous auraient peut-être ennuyé en cinquante planches, l'auteur met en scène avec intelligence le vide terrifiant et déprimant qui emplit la vie de l'otage. Plus que la peur de ses geôliers, c'est bien l'interminable attente qui est au coeur des préoccupations de Christophe André. Il meuble ce vide comme il le peut, en évoquant les grandes batailles napoléoniennes...

La lecture de ce témoignage est très intéressante. Un format un peu plus court lui aurait peut-être donné plus de force encore, mais on recommande de découvrir cette expérience qui permet de mieux appréhender le quotidien d'un otage. Loin des actes héroïques auxquels Hollywood nous a habitués...


Chronique rédigée par Jean Loup le 23/11/2016
 
 
Avis de :Un bon moment de lecture ! Note de l'album : 3,50
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Ajout d'avis

 
  • Note du chroniqueur : 3,50 Note générale
  • Originalité : 4,00 Originalité
  • Scénario : 3,00 Scénario
  • Dessin : 3,00 Dessin
 
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Note moyenne de l'album : 3.75
Dépôt légal : Septembre 2016

Avis des lecteurs

2 internautes ont donné leur avis sur l'album BD S'enfuir : Récit d'un otage, lui attribuant une note moyenne de 3,75/5. La chronique BD ci-dessus est prise en compte dans le calcul de cette moyenne.

29 9 2017
   

Après des récits de voyage à "Shenzhen", à "Pyongyang", en Birmanie et à Jérusalem, qui lui a d’ailleurs valu le Fauve d’or à Angoulême en 2012, Guy Delisle emmène le lecteur en Tchétchénie… pour un huis-clos dont il est absent.

L’auteur raconte en effet les 111 jours de détention de Christophe André, membre de Médecins Sans Frontières. Sa première mission humanitaire à Nazran, en Ingouchie, tourne au cauchemar après seulement trois mois, lorsqu’il est enlevé en pleine nuit par des hommes armés.

Le défi de Guy Delisle consiste à nous tenir en haleine avec un récit où il ne se passe absolument rien et ayant pour unique décor un matelas à même le sol dans une pièce déserte. Menotté à un radiateur, Christophe André n’a que ses pensées pour l’occuper durant ces journées complètement vides qu’il entreprend néanmoins de compter avec le plus de précision possible. Il y en aura 111 au total !

L’auteur parvient non seulement à restituer le temps qui passe en multipliant des cases quasiment identiques, mais il réussit surtout à nous faire entrer à l’intérieur de la tête du kidnappé en partageant ses pensées, ses angoisses, sa colère et son rêve de liberté. Le lecteur se retrouve pour ainsi dire enfermé avec l’otage, se demandant où il se trouve, pourquoi il est détenu et combien de temps cela va durer. Chaque détail qui vient rompre la monotonie des journées constitue dès lors un événement majeur, allant de quelques gouttes du bouillon quotidien renversées par les ravisseurs jusqu’à une photo que l’on vient prendre de lui.

La narration lente de l’auteur permet de creuser le côté psychologique, tout en nous tenant en haleine durant près de 400 pages. Lors de ces récits de voyage autobiographiques, l’auteur avait parfois tendance à trop survoler le fond du sujet tout en insufflant une certaine forme d’humour, parfois proche de l’autodérision, que je ne trouvais pas toujours adéquate. Ici, il laisse l’humour de côté et livre un témoignage poignant.

Visuellement, cet album est également une grande réussite. La répétition de cases épurées et souvent dénuées de texte, renforce encore l’impression de huis-clos, noyant le lecteur dans un silence au sein duquel il commence également à guetter le moindre petit bruit, le moindre événement, aussi insignifiant soit-il. Le tout, dans une bichromie bleue et grise, qui accentue l’ambiance froide et triste de cette longue captivité.

Le meilleur Delisle !