
Je ressors de cette lecture avec un sentiment prositif. Sur le scénario en lui-même, il n'est pas désagréable, mais j'attends surtout de voir comment il va évoluer au sein de cette série concept. Cette histoire d'amour entre Dora Mars et Armel est pourtant plutôt convaincante et évite l'écueil du récit à l'eau de rose. Ici, on a de vraies personnalités et si Dora apparaît bien naïve en début d'ouvrage, elle acquiert, au fil des pages, une véritable personnalité qui fait qu'Armel la considère plus comme une simple passade. C'est assez bien fait, même si certains événements sont un peu gros à accepter, comme cette aprrentissage de l'aviation en 10 leçons par une femme au cours de la première guerre mondiale, comme toute cette histoire autour de la captivité et de l'évasion de notre groupe de héros. De plus, certains enchaînements semblent incertains mais tout cela s'explique certainement par le fait que ce qui peut apparaître comme des manques à ce stade seront comblés par les autres albums. Il faudra donc attendre la fin de cette série pour avoir le tableau complet et le lecteur étant prévenu, il est moins frustré et moins impatient. Ainsi, si je ne devais que juger le scénario, je mettrais un 3,5/5 pour le réalisme de cette relation amoureuse entre deux personnalités affirmées qui se découvrent, en attendant de voir comment tout cela évolue.
Mais le dessin de Bonin vient forcément booster cette note. Magnifique trait, plein de caractère avec une économie d'effets inutiles, caricatural tout en restant très réaliste (je sais, c'est un peu contradictoire mais c'est bien l'impression que ca me laisse), et surtout habité d'une belle subtilité et légèreté. Il donner de la profondeur à ce scénario, il vient ajouter de la qualité sur une trame qui ne demande qu'à se révèler.
Cet album fut surtout pour moi l'occasion de découvrir un dessinateur d'exception. Le scénario, quant à lui, ne demande qu'à prendre de la consistance, ce que promet ce type de série concept.

Ce deuxième tome est honorable mais sans plus. Le premier tome m'avait surtout ébloui par la maîtrise graphique et par ce style très personnel. Ici, si le dessinateur ne démérite pourtant pas, le dessin est presque trop sage et se place de fait en-dessous de son prédécesseur.
Le scénario doit être considéré en deux temps. En premier lieu, on a cette histoire d'un Meric dont les amours homosexuelles doivent rester cachée dans cette environnement militaire de 1916. L'apparition d'un maître chanteur vient pousser le couple dans ses derniers retranchements. Cette histoire est plutôt bien gérée même si je regrette des événements un peu difficile à croire, comme cette arrivée de Méric dans le camp allemand. Mais, en second lieu, il convient de rappeler que cet album s'inscrit dans une série dont le concept est de présenter un même événement vus par plusieurs personnes différentes. Le scénario de cet album se nourrit donc de quelques éléments du tome précédent et en vient expliquer une partie (comme par exemple le fait que Méric se trouvait dans le camp allemand) mais il reste faiblard en de nombreuses occasions. Il est étonnant, par exemple, que personne ne se pose la question de la présence de Méric là-bas, alors qu'à l'origine, il était parti pour rechercher les objets d'art volés. Par ailleurs, je trouve que le concept en lui-même prend un coup dans l'aile : ainsi, les 5 personnages destinés à nous faire voir de façon différente un même événement sont réunis dans un "Quintett" musical. On se disait que les 5 personnages vivaient la même chose au même moment et qu'on allait nous montrer comment leur perception de cet événement pouvait différer selon leur subjectivité. Il apparaît finalement que les 2 premiers personnages n'ont un lien que très ténu et qu'ils vivent des aventures complétement différentes les uns des autres, le quintett n'apparaissant que comme un prétexte pour les rassembler tous ensemble sur une ou deux vignettes par album. C'est assez dommage mais j'ai l'impression, dès ce deuxième tome, que la promesse initiale de la série ne sera pas tenue et qu'elle représente une contrainte que les auteurs ont du mal à gérer, conduisant à des enchaînements maladroits ou malheureux en certains points des récits. Mais puisque l'on nous fait un appel du pied depuis deux tomes en nous indiquant qu'Elias a tué je ne sais quel berger (information qui tombe de façon bien incongrue dans les deux premiers tomes), allons donc voir dans le tome 3 ce qu'il en est exactement.
A noter toutefois que la première et la dernière vignette entretiennent un mystère assez agréable, comme dans le premier tome.
C'est un tome dont l'histoire de fonds n'est pas inintéressante même si elle semble convenue, mais dont la réalisation fait peser un doute sur la capacité des auteurs à respecter les promesses de cette série concept.

Troisième tome de cette série à thème et troisième histoire d'amour autour de cette présence Française en zone neutre, à Pavlos. Cette fois-ci, on suit Elias, qui l'on avait découvert en mécano dans le premier tome et que l'on avait entr'aperçu à nouveau dans le second tome lors de son emprisonnement. Ce même Elias dont on a compris qu'il était accusé de meurtre d'un berger grec. Ici, on découvre donc les dessous de cette affaire, qui se résume en un petite histoire d'amour qui va dégénrer. Petite, parce que je n'ai pas été charmé plus que cela par cet épisode et parce que je me demande encore où veut nous emmener le scénariste, chacune des histoires semblant indépendantes les unes des autres, seuls le lieux et quelques événements semblant les relier. Si j'apprécie le personnage d'Elias et sa bonté d'âme, et si l'histoire proposée est assez cohérente, je reste un peu sur ma faim car je me demande comment ce one shot bien réalisé, notamment graphiquement, trouve sa place dans cette série concept. D'autant d'ailleurs que le coup du quintète musical perd toute sa force au fil des tomes. Je doute, je m'interroge, et j'en oublie de m'impliquer dans l'histoire qui est présentée, et le côté très romantique de l'ensemble, à grand coup de sacrifices des uns et des autres, me semble un peu mièvre au final. Il reste toutefois, comme dans chaque tome, cette première et cette dernière vignette, suffisamment mystérieuses et qui entretiennent seules l'idée que toutes ces histoires ont bien plus en commun que quelques vignettes. J'attends donc avec impatience le fin mot de toute cette histoire.

A peine comprend-on que cet album portera sur la vie de la régionale de l'étape que l'on anticipe sur ce que l'on va découvrir dans cet album. Compte tenu des trois tomes qui précèdent, il y a fort à parier que l'on retombera dans une histoire d'amour, ce qui ne manque pas d'arriver. Il y a fort à parier également que l'on va découvrir comment et pourquoi les Grecs ont mené cette affrontement contre la cargaison de biens précieux volés, épisode que l'on découvre dans chacun des albums et dont les maraudeurs n'ont pas été identifiés. A priori, dans cette série, pas de grande surprise et en effet, les thèmes abordés sont ceux que l'on prévoyait. Mais les auteurs arrivent tout de même à nous surprendre en nous révèlant pourquoi l'autochtone Stalios, déjà riche, se met en tête d'attaquer le précieux convoi. Ils arrivent encore à nous surprendre en fin d'ouvrage en nous révélant le destin de Stelios et ils arrivent à entretenir un bon suspense tout au long de cet ouvrage. C'est encore une histoire d'amour mouvementée qui nous est proposée, qui n'aurait pas été si intéressante si elle n'avait pas été accompagnée de toute cette histoire autour des conséquences, pour Drecq, de ses actes. La vengeance et l'amour sont bien dosés et l'alliage des deux vient donner plus de dynamisme que dans les deux histoires précédentes. On reste encore un peu dans le brouillard quant à la finalité de cette série. Pour l'instant, je comprends que les auteurs ont voulu faire nous indiquer que dans l'Histoire, il y a plein d'histoires, et que, en temps de guerre, ces dernières sont souvent d'amour. Ca me semble un peu limité au regard des promesses de cette série concept mais tout n'est pas encore dit et c'est curieux que j'attends le dernier tome de cette série. Mais Kraehn est aux dessins, ca ne peut que me plaire visuellement.

Pour tout dire, je commençais à me lasser de toutes ces histoires d'amour qui ont eu lieu à Pavlos en 1916. Si elles était chacune développée avec plus ou moins de succès, je commençais à m'ennuyer de ne pas voir où tout cela me menait. Ce cinquième tome apparaît donc comme une délivrance, comme l'album indispensable à la série, car il permet de créer un lien fort entre toutes les histoires indépendantes présentées précédemment. La révélation finale, présentée ici, est un peu sortie du chapeau et je trouve un peu dommage justement que tout soit balancé comme cela dans un ultime tome, sans réelle préparation dans chacun des quatre albums précédent. Mais finalement, le scénariste s'en sort pas trop mal pour retenir l'intérêt : le fait de faire un bon dans le temps de 15 ans est une bonne idée car cela permet de renouveler l'intérêt du lecteur pour ces personnages qui'il a pu trouver sympathiques, l'explication finale sur fonds d'expérience est suffisamment surprenante, et la dernière lettre que l'on découvre présente un joli pied de nez au lecteur et soyons fous, à l'humanité. En cela, je considère certainement cet album comme le meilleur de la série.
Le dessin se révèle un peu décevant car un peu plat, sans grand relief, avec une belle recherche de réalisme mais finalement un peu statique. Il ne m'a pas charmé plus que cela et pourtant, il y avait beaucoup à faire sur les personnages qui ont vieilli de 15 ans. Mais , à part Elias Cohen, dont le traitement graphique présente le plus de risques, les autres personnages n'accusent pas vraiment le poids des années et je trouve cela dommage. Par ailleurs, j'ai trouvé que la colorisation était bien souvent trop sombre et ne venait pas égayer un trait déjà bien tristoune.
Malgré un dessin qui se révèle en dessous de mes attentes, et malgré le fait que certaines explications auraient pu être préparées dans chacun des tomes précédents (venant dynamiser, au passage, ces histoires d'amour parfois un peu mièvre et dont le caractère répétitif a pu agacer en quatrième tome), cet album a le mérite de mettre en perspective les histoires des uns et des autres, et d'insuffler une certaine cohérence dans tout cela. Force est donc de constater que pour moi, cet album est le meilleur de la série.