
J'aurais mis une bonne semaine à lire ce pavé : rien à dire, au niveau qualité+quantité/prix, ce premier volume d'intégrale est une bonne affaire.
Pourtant, j'ai moins accroché que je l'espérais.
Au rang des qualités de cette BD se trouve tout d'abord le dessin. Jaime Hernandez a un style très clair, rappelant les comics de l'âge d'or mais dans un style plus moderne et dynamique, avec un encrage noir, épais et très fluide. J'aime beaucoup ce dessin. Il arrive en outre à donner des visages vraiment jolis aux personnages, notamment bien sûr aux deux héroïnes. Et pour l'exemple, même si elle devient très potelée à partir de la moitié de l'album, Maggie garde un véritable charme.
Toujours au rang des qualités se trouve l'originalité de ce récit. Les premières histoires sont assez surprenantes car on ne sait comment les cataloguer. Le décor dans lequel évoluent nos deux héroïnes est en effet d'abord empli de super-héros et de personnages fantastiques, robots et autres véhicules futuristes comme un comics de super-héros. Les histoires tournent plutôt autour de l'humoristique au début. Puis au fur et à mesure, le récit tourne nettement plus vers le roman graphique, le décor devenant plus réaliste et les intrigues s'attachant aux complexes relations d'amour et de conflit entre les héroïnes et leurs proches, avec toujours une touche d'humour mais beaucoup plus de sentiments également.
Hopey et Maggie sont attachantes. La première, petite gouine punk et rebelle, est du genre à ne jamais se laisser marcher sur les pieds et est la force dynamique du couple. L'autre, mécanicienne en voiture mais aussi fusées et robots, est plus douce et plus féminine et oscille entre ce qui est plus que de l'amitié pour Hopey et les différents hommes qu'elle va aimer au fil des histoires. Leur relation est difficile à cerner, quelque part entre la grande amitié, le véritable amour et le conflit larvé.
Et autour d'eux, outre le décor un peu S-F du début, c'est surtout l'Amérique des immigrés mexicains qui est représentée, celle des "Cholos" Californiens vivant dans leurs petites villes de banlieue, tous cousins ou amis, amateurs de catch (Lucha Libre) et de rock. Un univers original dans le monde de la BD, et de mieux en mieux représenté au fil des histoires, surtout dans la plutôt longue histoire vers la fin (Vida Loca) proche d'une intrigue à la West Side Story.
De l'humour, des personnages originaux et attachants, un décor intéressant, un beau dessin, voilà tout pour me plaire.
Cependant, je n'ai pas toujours aussi bien accroché que je l'aurais aimé. Le rythme est en effet assez spécial. Il alterne déroulement rapide de l'histoire et moments lents, presque ennuyeux. Des ellipses ou flash-backs pas toujours évidents rendent la narration parfois un peu confuse. Et toutes les histoires, même si elles permettent toutes de mieux découvrir les personnages, ne sont pas aussi intéressantes les unes que les autres. Certaines m'ont laissé relativement de marbre. Et quand on lit un gros pavé comme l'intégrale de Locas parue en 2005, ce n'est pas évident de s'y mettre à fond et de tout lire d'une traite si certaines histoires ne vous captivent pas plus que ça. En outre, j'accroche moyennement à l'ambiance punk-rock à base de concerts, de personnages fauchés et rebelles, et surtout de pas mal de violence.
Ceci dit, je ne regrette pas du tout mon achat, très bonne affaire que je vous conseille.