
J’ai trouvé le premier tome de ce diptyque suffisamment intéressant pour me motiver à en découvrir la suite (et fin donc !) mais pas exceptionnel pour autant.
Le scénario n’est pas brillant d’originalité tant cette première partie ne semble qu’un exemplaire illustré des raisins de la colère. Si la relation psychologique Billy/Milton est intéressante, il faut bien reconnaître que cette succession de scènes d’une cruauté souvent extrême, dans un environnement des plus moroses et des plus sordides, peine à nous tenir en haleine.
Le dessin est agréable mais n’a rien d’exceptionnel lui non plus. Je me suis parfois amusé à déceler en Billy, par la morphologie de son visage, « Le tueur » version enfant^^. La colorisation, tirant majoritairement sur les gris et les ocres pâles, respecte bien le lieu et l’époque mais les éléments rouges (le camion, les vêtements de certains protagonistes) semblent avoir été distribués de façon aléatoire. Je m’interroge sur l’intérêt de ce jeu de contrastes qui auraient pu être l’exclusivité du sang étalé sur les corps mutilés. Mais passons…
La seule question qui reste en suspend (j’ose imaginer une fin tragique pour cette petite famille) concerne Milton. Vu le titre de la série et sa personnalité simplette, dans un univers si proche (c’est un euphémisme !) de celui de Steinbeck, j’anticipe un destin identique à celui de Lennie dans « Des souris et des hommes ». Je vous dis ça d’ici une petite heure ;)

Cette deuxième partie s’oriente progressivement sur l’enquête relative aux différents meurtres perpétrés. Ces derniers se poursuivent dans une ambiance toujours aussi miséreuse et oppressante.
Je regrette une nouvelle fois une construction scénaristique que j’ai souvent trouvée maladroite. La plupart des personnages qui intègrent l’histoire me laissent la désagréable sensation de n’être que la viande sortant du camion garé en double file devant la boucherie… C’est un peu fruste comme réflexion mais l’exemple d’Angie est évocateur : quelques malencontreuses paroles la conduisent instantanément au pilori, comme « la richarde » du tome précédent. C’est peut-être à ce prix que ces « rêves de Milton » sont assez denses et ne se prolongent pas sur trop de tomes mais ça n’en accentue que la superficialité à mon goût.
Et que dire de cette conclusion ? Nouveau sentiment mitigé : elle a certes eu l’avantage de me surprendre partiellement mais elle est trop abrupte, presque bâclée. Certains aimeront, je ne dis pas qu’elle m’a déplue mais elle m’a clairement dérangé dans sa précipitation.
Le dessin, dans un style toujours imprécis mais qui « colle » bien au contexte qu’il dépeint,
m’est resté sympathique. Et promis, je vais consulter un spécialiste (^^), mais les rouges de la colorisation sont juste hideux à mes yeux (ref. ce train bicolore, en intérieur comme en extérieur).
Cette série n’est donc pas foncièrement déplaisante dans l’ensemble, elle est même assez prenante mais une critique, par essence à posteriori, a le mérite (ou l’inconvénient, c’est au choix !) de mettre en évidence des défauts que l’on ne perçoit pas dans le feu de l’action mais qui expliquent sans équivoque une moue dubitative dès lors qu’on rabat la couverture de fin. L’évolution de ma notation traduit une vitesse appréciable sur le tarmac d’un avion qui n’a jamais décollé. La métaphore s’arrêtera là.