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Invitation aux voyage. "Les quatre coins du monde" n'explore pas chaque contrée du planisphère, comme son titre pourrait le laisser penser, mais permet à la fois de franchir la Méditerranée et de remonter le temps. Le récit se déroule au Maghreb, dans une Afrique du Nord qui ne rêve pas encore à la décolonisation, à l'aube de la Première Guerre mondiale. L'Algérie est donc un département français, où les militaires sont chargés de pacifier le Maghreb en évitant les débordements des tribus nomades. En plein Sahara, le capitaine Barentin est devenu une véritable légende locale. Et quand il manque à l'appel, les souvenirs de ceux qui l'ont connu affluent...
Le contexte est original, ce qui constitue un plus dans un contexte de multiplication des sorties BD sur les étagères des libraires. Le début du récit paraît bien lent et maussade, mais très vite on comprend que "Les quatre coins du monde" est un album d'ambiance et Hugues Labiano parvient à ses fins. On est très vite pris dans l'atmosphère du désert et dans le microcosme mis en place par des militaires français amenés à imaginer une autre société qui puisse amalgamer les modes de vie français et algérien. La personnalité de Barentin n'est pas sans évoquer celle du colonel Kurtz dans "Apocalypse now", même si le capitaine français paraît nettement moins ambivalent que le personnage incarné par Marlon Brando. Mais par l'admiration que lui vouent ses proches, Barentin se pose en gourou local, ce que Labiano montre avec subtilité.
On pourrait reprocher à l'album de manquer un peu d'action, mais peut-être que la déclaration de guerre d'août 1914 permettra un récit un peu plus varié. Il faudra attendre la deuxième partie de ce diptyque pour se faire une opinion plus définitive, mais par l'ambiance qu'il réussit à mettre en place, ce premier tome est une lecture intéressante et qui peut retenir votre attention.