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Plus de 430 pages. Autant dire que "Les enfants pâles" a des allures de dictionnaire. Ou pour être plus juste, de très beau livre cartonné au papier épais (130 g) qu'on se surprend à renifler, comme avec ces ouvrages dont on aime s'imprégner jusque dans l'odorat parce que ce sont de beaux objets. C'est quasiment toujours le cas avec Futuropolis, l'un des éditeurs qui accorde le plus d'importance au rendu de ses publications.
Aux commandes du scénario, Loo Hui Phang. Si son nom ne vous dit rien, c'est que vous êtes passé à côté du beau diptyque "Cent mille journées de prières" qu'on vous recommande sur le thème du génocide cambodgien. Pour le dessin, c'est Philippe Dupuy qui se sépare pour l'occasion de son comparse Berbérian ("Monsieur Jean", "Journal d'un album", c'est eux). Ce duo d'auteurs a suffi à nous mettre l'eau à la bouche et leur collaboration est loin d'être décevante.
La présentation en décontenancera plus d'un puisque ce roman graphique alterne les parties écrites et les illustrations ou les planches de BD. Le dessin prend l'action là où la littérature l'a laissée, et le texte reprend à l'endroit où le pinceau s'est posé. On aurait pu avoir d'interminables pavés narratifs, mais le choix d'alterner écrit et dessin se révèle efficace à l'usage. On n'est pas vraiment convaincu au départ, en se disant qu'on ne va pas lire une BD mais un roman illustré, mais très rapidement on se laisse prendre à cette narration originale. Les planches et les lignes se mêlent si bien qu'on ne sait plus guère, en fin de lecture, comment tel passage nous a été conté.
Cette volonté de raconter différemment est très intéressante et proprement artistique, dans le sens novateur du terme. La dernière partie du récit, qui lorgne un peu trop vers "L'Odyssée" et Circé ou "Contes des 1001 nuits" (c'est un enfant qui joue ici les Shéhérazade), est sans doute moins réussie que la majeure partie de l'album qui ferait passer "Sa Majesté des mouches" pour une aimable promenade. Le thème de l'initiation, du passage de l'enfance à l'âge adulte, est omniprésent mais c'est aussi la cruauté humaine qui rend tant de passages si glaçants.
"Les enfants pâles" tient à la fois du roman graphique, du fantastique et du conte. Cet album à la croisée des chemins est à recommander à tous les lecteurs qui cherchent une oeuvre originale, soucieuse d'explorer toujours plus avant les possibilités d'un neuvième art qui n'a sûrement pas livré tous ses secrets.