
Je trouve cet album meilleur que le précédent car, d'une manière générale, il révèle les failles, non plus des montagnes, mais des héros. Suite à un premier tome où tout semblait réussir à Habu et à Hase qui grâce à leur volonté, arrivaient à gravir tout et n'importe quoi, voilà que l'on découvre que la montagne aussi, peut gagner. Pour preuve toute cette première partie autour d'un Habu qui a chuté dans les grandes Jorasses et qui n'en sortira pas indemne : c'est un moment d'émotion où on se retrouve en tête à tête avec un mort en sursis... C'est assez poignant même si, à mon goût, c'est un peu long et ca manque de rythme : les dicussions avec un Kishi imaginaire ont toute leur place à ce moment du récit, mais la répétition de certaines situations, voire de certains dialogues (je ne parle pas des Haaa!) a tendance à alourdir le récit. De même, le passage, beaucoup plus loin, concernant Hase est également assez bien traité, voire mieux : plus percutant et plus surprenant, il est à mon sens plus efficace. Ces deux parties, l'une sur Habu, l'autre sur Hase, sont les plus intéressantes du récit selon moi et d'une belle intensité que la longueur des scènes vient parfois émousser. De plus, on continue cette idée développée en fin de tome précédent selon laquelle, si les alpinistes doivent d'abord se battre contre eux-mêmes, il y a aussi une certaines rivalité entre ces deux grands sportifs.
Mais le rythme a du mal à s'imposer sur l'ensemble de l'album et le retour à l'enquête de Fukumachi vient faire retomber toute cette tension : il faut dire que ce personnage est toujours assis, toujours en dicussion avec un personnage différent qui a connu l'un ou l'autre des alpinistes. Tout cela est selon moi assez statique et maladroit d'autant que d'un seul coup, venu un peu de nulle part, l'intérêt pour le fameux appareil photo du premier tome resurgit. J'ai eu du mal à apprécier ces différents changements de rythme entre les épisodes qui ponctuent cet album.
Le dessin de Taniguchi est assez fin. Mais on est sur une série qui parle de sommets enneigés et d'alpinisme. A la fin de cet album, on se rend compte que rien de ressemble plus à un sommet qu'un autre sommet. Il faut dire que le traitement noir et blanc qui requiert le manga ne permet pas d'introduire suffisamenent de nuances pour véritablement distinguer chacun de ces sommets. Il en ressort une petite impression de répétition, d'autant que l'on vient introduire une nouvelle ascencion de deux inconnus, qui n'a d'autre intérêt que révèler un aspect de la personnalité de Hase que l'on connaissait déjà.
Voici donc un album qui propose des moments plus intenses que dans le précédent mais qui a encore du mal à trouver son rythme et à gérer les enchaînements entre les différentes époques et les différentes intrigues. On comprend que ca y est, Fukamachi va repartir à Katmandou pour retrouver l'appareil photo, et du même coup Habu, un personnage qu'il cherche à rencontrer. A l'assaut du 3ème tome, donc !

Dans cet album, l'auteur décide enfin de prendre le parti d'axer son récit sur l'histoire du fameux appareil. Mis à part l'épisode en début d'ouvrage, qui a semble-t-il pour unique but de nous remémorer et de compléter un petit peu nos connaissances de l'expédition de Mallory, nous n'aurons pas dans ce tome beaucoup de scènes en montagne. L'auteur décide donc de nous proposer une unicité de propos, ce que je trouve plutôt bienvenu.
Mais cette histoire d'enlévement de Ryoko, qui nous occupe pendant une bonne partie de cet ouvrage n'a pas réussi à me convaincre. J'ai trouvé que le ton de cette mésaventure ne cadrait pas véritablement avec le ton de la série et j'ai eu du mal à me sentir impliqué par ce qui arrive dans cet ouvrage. Il faut dire que la passivité des personnages et de leur sentiment ne m'a pas permis de me sentir concerné par tout cela. Cette partie m'a plutôt ennuyé.
Seule la dernière partie de l'ouvrage m'a semblé intéressante. Elle a ce côté un peu documentaire qui nous permet de découvrir un village de Sherpas. Et puis, Fukamashi se laisse gagner par la montagne et cette envie irrépréssible et incompréhensible de se mesurer au toit du monde, permet au lecteur de comprendre une bonne partie de cette série : même les alpinistes ne savent pas pourquoi ils ont envie d'aller toujours plus haut et plus vite...
Cette histoire autour de l'appareil photo qui entraine l'enlèvement n'a rien de génial ou de palpitant, mais la fin de l'histoire laisse poindre quelques sentiments indéfinissables qui valent le détour.

Je passe assez rapidement sur les "moins bien" de cet album, qui sont peu nombreux et qui se concentrent surtout en début de récit : la fin de cette histoire d'appareil photo, qui m'a encore laissé de marbre, d'autant que j'ai l'impression que ca finit en queue de poisson. Il y aussi cette interrogation qui me poursuit tout au long de ce récit : voilà trois tomes que l'on nous dit que d'une part, Habu Joji est avant tout un gars solitaire, et que d'autre part, de nombreuses expéditions de gars super entraînés ont échoué dans leur tentative d'escalade de l'Everest. Dans ces conditions, j'ai un peu de mal à gober que Fukamachi qui a juste fait une petite promenade de santé et qui est avant tout journaliste , puisse se dire qu'il a des chances d'accompagner Habu. Plus surprenant encore cette facilité avec laquelle Habu accepte d'être accompagné par un gars dont il ne connaît absolument pas le niveau en alpinisme. Vu l'enjeu et l'investissement personnel, j'ai l'impression que ca ne cadre pas vraiment avec le personnage et la situation.
Et pourtant, pour la première fois depuis le début de la série, je n'ai pas vu passer ces 300 pages, qui proposent un belle déclinaison des relations, faites de respect mutuel, entre Fukamachi et Habu. On n'est pas vraiment surpris de voir Fukamachi avoir des difficultés mais en même temps, cela permet d'insister davantage sur le caractère exceptionnel d'Habu. Et puis, on fait l'expérience du mal des montagnes en même temps que Fukamachi, à mesure qu'il entreprend son ascencion. Tout cela est assez bien construit et retranscrit.
J'ai trouvé dans cet album ce qui me manquait jusque là : des éléments qui donnent envie de s'impliquer, ou qui entraine le lecteur malgré lui. Ce début d'ascension m'a permis de goûter à ce mal des montagnes, et on souffre à mesure que Fukamachi se tétanise. Et puis, on comprend vraiment qu'il ne s'agit plus, pour les alpinistes, d'une envie de monter, mais bien d'un besoin viscéral qui s'impose à eux. Enfin, j'ai ressenti quelque chose.

Ce que j'ai apprécié dans cet album, c'est que la fin proposée est en pleine cohérence avec tout ce qui a été dit jusque là. Finalement, cet album ne pouvait pas finir autrement que de cette façon, compte tenu des caractères des différents personnages. On retrouve ainsi Habu et Fukamachi sur l'Everest, Habu tentant d'en gagner le sommet. On connaît bien ces personnages maintenant et on les respecte pour ce qu'ils sont. C'est certainement un tour de force de l'auteur d'avoir su m'intéresser à tous ces alpinistes, et à Habu en particulier, alors que vraiment, l'alpinisme est bien loin de mes préoccupations et centres d'intérêt usuels.
En revanche, dans cet album, j'ai encore senti le poids des pages et je trouve que Taniguchi, qui se concentre sur les réflexions des uns et des autres, perd le rythme. Presque 100 pages autour de la même pensée d'un personnage, je trouve que c'est donner beaucoup de temps au lecteur pour s'ennuyer. Disons que, dans ce tome comme dans les précédents, le temps m'a semblé long entre deux temps forts. Toutefois, l'intensité de ces derniers vient nous consoler de les avoir tant attendu.
Sur le scénario en lui-même, il n'y a pas grand chose à dire, si ce n'est que, comme indiqué plus haut, il présente une fin attendue et cohérente. Toutefois, je ne vois pas bien comment la réflexion de Fukamachi dans les deux dernières pages du tome précédent aurait pu influer sur les choix de Habu : on ne me fera pas croire que ce personnage avait l'intention, dès le début, de prendre un passage connu... Ca ne cadre pas vraiment avec le personnage.
C'est un série qui vaut le coup d'oeil, mais il faut s'armer de patience pour finir ces plus de 1500 pages au total, qui ont pour principale conséquence d'alourdir le récit, de réduire le rytme, au risque de décourager certains lecteurs.