
Dernièrement, Casterman nous gratifie de différents très bons albums très engagés ("Sidi Bouzid Kids" en est un bon exemple), qui remuent les tripes et poussent à la réflexion.
"Le silence de nos amis" fait parti de ces one-shots indispensables, de ces livres à la puissance narrative fulgurante qui laissent une trace dans la vie d'un lecteur de notre époque. Très remarqué aux USA lors de sa sortie, cet album s'est rapidement placé dans la liste des best-sellers du New York Times. C'est dire son succès !
A la découverte de cet album, la puissance graphique saute au visage, d'entrée de jeu. Le Talenteux Nate Powell ("Swallow me whole") impressionnante par son aisance et son trait tout en rondeur et en douceur, sublimé par le superbe noir et blanc, symbolique dans cet album, dont la puissance narrative est sans faille. Certaines planches, complètement muettes, sont d'ailleurs chargées d'une émotion très forte.
Le scénario, quant à lui, s'inspire des souvenirs d'enfance de Mark Long, développés avec Jim Demonakos, qui se lance ici dans son premier roman graphique.
Le ton semble d'une justesse et d'une sincérité à toute épreuve, tout en restant humble. Bien des questions sont posées à la lecture de ce bel album, à commencer par celle de l'engagement dans un combat pour la liberté. A quel prix ? Comment quitte t'on son confort personnel ou sa condition soumise pour parvenir à faire changer le monde ? En filigrane, on peut trouver des réponses entre les lignes de cette histoire hors du commun.
En publiant "Le silence de nos amis", Casterman nous permet de toucher du doigt une période sombre, dominée par l'ignorance et la peur de l'autre. Tout en gardant bien à l'esprit que si les choses ont évolué dans le bon sens, tout n'est pas encore rose au pays de l'oncle Sam.
De la grande bande dessinée, tout simplement.