Afin d'acceder au résumé de La voiture d'Intisar : Portrait d'une femme moderne au Yémen, merci d'activer Javascript.
Le Yemen est un pays qui inspire rarement les auteurs de bandes dessinées. Cet Etat majoritairement musulman, situé au sud de la péninsule arabique, est assez peu connu des bédéphiles occidentaux mais représente un bon exemple du manque de liberté qui règne dans tant d'endroits du globe. Soumis à une censure active, le Yemen fait aussi partie de ces pays à la traîne en matière de droits de l'homme - et plus encore, de droits de la femme.
Signée par deux auteurs espagnols, dont un scénariste qui a vécu au Yemen, "La voiture d'Intisar" est un roman graphique qui s'inspire de témoignages réels de femmes yéménites. Intisar, personnage de fiction, est un double de papier d'une femme moderne bien réelle, dont l'identité est soigneusement transformée pour lui éviter tout problème sur place. Intisar ne commet pourtant que des actes que les démocraties occidentales jugeraient d'une banalité absolue, mais qui sont effrontés dans cette partie du monde. Appréciant de fumer, rêvant de la liberté réservée aux hommes dans son pays, la jeune femme doit porter le niqab pour échapper aux regards courroucés et aux commentaires injurieux. Soumise à un père tyrannique, Intisar vole sous le voile des moments où elle se sent humaine et où elle peut agir à sa guise... ou presque.
"La voiture d'Intisar" n'est jamais larmoyant, se montre même joyeux à de nombreuses occasions puisque la personnalité d'Intisar l'amène à juger sévèrement son pays tout en croquant ce qu'elle peut de la vie. Avec un dessin réalisé au feutre noir, rehaussé de trame et de lavis, Nacho Casanova livre des planches qui collent bien au sujet et qui participent à l'attachement rapide qu'on ressent pour cette jeune femme. Découpé en petits épisodes qui donnent une bonne idée du quotidien d'une femme intelligente qui ne peut s'émanciper dans le contexte étriqué de son pays, le scénario utilise bien les anecdotes récoltées par Pedro Riera.
C'est le genre d'album qui nous rappelle qu'ailleurs, on manque de libertés fondamentales. A ce titre, on recommande "La voiture d'Intisar" dont on sort enrichi et plus ouvert à la complexité d'un monde qu'on ramène trop souvent aux tracas de sa petite existence, que le hasard nous a fait mener dans un des États les plus développés de la planète... et on l'oublie trop souvent.