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Là où vont nos pères
 

Là où vont nos pères

 
 

Résumé

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avis bd

Planche de Là où vont nos pèresPourquoi faut-il des mots, alors que ce somptueux album s'en passe si bien ?
Et comment dire l'enchantement dans lequel je flotte, depuis ma lecture ?
Il me faut remonter très loin pour retrouver un album ou une série qui m'ait autant touchée, émerveillée, enthousiasmée.

Shaun Tan, apparemment, a mis du temps, beaucoup de temps pour le réaliser, et il a bien fait. L'histoire de cet homme, et de ces autres exilés, est touchante, parce qu'elle est racontée avec une sensibilité, une poésie et une sobriété, qui la rendent universelle. Certains passages racontent des événements très durs (la guerre, un génocide, l'esclavage...) mais avec -paradoxalement- une grande douceur dans le dessin et un traitement délibérément symbolique qui, loin d'affadir le propos, se contentent de le dépouiller de toute connotation historique, afin de témoigner de tous les massacres, de toutes les violences aveugles, de tout ce qui un jour, conduit des hommes et des femmes à fuir leur pays, pour simplement survivre. Afin peut-être aussi de dire qu'on peut rester humain, malgré tout.

J'ai adoré ce parti-pris symboliste (un peu à la manière de cet autre génie qu'est pour moi David B.) et à la fois fantastique et onirique de Shaun Tan. Plonger le lecteur dans un pays où tout est, pour lui aussi, déroutant et mystérieux est un bon moyen de lui faire partager le désarroi de l'exilé, de suggérer le dépaysement et la perte des repères. A cet égard, le choix d'une histoire sans parole est judicieux, puisque pour le nouvel arrivant, autour de lui plus aucun mot n'a de sens, qu'il ne reste plus que les gestes et les regards.

J'ai adoré ce pays imaginaire, terre d'accueil des exilés, si puissamment étrange et poétique, dans ses moindres aspects ; peut-être un peu trop idéal aussi, mais qu'importe !

J'ai adoré le dessin, sa façon de représenter les visages, qui rend ses personnages étonnamment vivants et, de ce fait, profondément attachants, et de suggérer par d'infimes détails comment le présent peut soudain évoquer le passé.

J'ai adoré l'alternance des petites cases et des grandes planches, ces paysages mi-réalistes, mi-fantastiques, ces teintes douces, qui m'ont rappelé celles d'une autre série, elle aussi touchée par la grâce, Le Mur de Pan.

J'ai adoré ces planches pleine page, qui chaque fois sont un émerveillement pour les yeux, et dans lesquelles l'auteur donne libre cours à son imaginaire.

J'ai adoré cette note pleine d'optimisme sur laquelle se termine cette histoire.

J'ai refermé l'album, éteint la lumière et me suis endormie, dans la douceur sépia d'une ville paisible.

Pourquoi alors, seulement 4,5/5 ? La réponse est dans les pages de la série "De cape et de crocs" ;)


Chronique rédigée par Doña Hermine le 03/07/2007
 
 
Avis de :Une excellente BD ! Note de l'album : 4,50
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Statistiques posteur :
  • 153 (85,96 %)
  • 14 (7,87 %)
  • 11 (6,18 %)
  • Total : 178 avis
 

Ajout d'avis

 
  • Note du chroniqueur : 4,50 Note générale
  • Originalité : 4,50 Originalité
  • Scénario : 4,50 Scénario
  • Dessin : 4,50 Dessin
 
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Note moyenne de l'album : 4.27
Dépôt légal : Mars 2007

Avis des lecteurs

13 internautes ont donné leur avis sur l'album BD Là où vont nos pères, lui attribuant une note moyenne de 4,27/5. La chronique BD ci-dessus est prise en compte dans le calcul de cette moyenne.

4 8 2015
   

Tout ce qui est dit et dessiné dans cet opus QUI DATE DE 2007 est à l’ordre du jour MAINTENANT.
Un homme fait un jour ses valises et quitte sa femme et sa fille. Il prend le train et embarque à bord d’un navire qui va traverser l’océan.
Où va-t-il ?... il n’en sait rien. Que cherche-t-il ?... la terre « dite » promise. S’il a quasi tout laissé derrière lui, c’est parce qu’il croit en une vie meilleure.
Dans ce pays, nouveau pour lui, il rencontrera d’autres exilés comme lui. Et tous se sentent perdus…
C’est à un véritable sujet d’EMMIGRATION qu’il m’a été donné de lire et voir.
L’ensemble est d’abord en ton sépia, car on ne sait si cette longue histoire est entre rêve et réalité, passé et présent.
Cet opus traite d’un thème devenu quasi universel : l’exil MAIS sans jamais tomber dans le morbide auquel nous sommes maintenant quasi coutumiers.
Cela est dû au pouvoir certain évoqué par le dessin ET aussi cette sorte de « magie » qui ressort des images qui nous imprègnent.
Marrant quand même : l’auteur vit en Australie.
Nous sommes en 2015 et les exilés, les immigrants PULLULENT aux frontières de l’Europe, si ce n’est déjà dans une partie de cette dernière. Ce sont des HOMMES, des Femmes, des ENFANTS qui cherchent d’échapper à leur condition, à VIVRE quelque chose de « mieux ».
Ne les oubliez pas !

30 1 2011
   

Un album hors du commun.
Ce n'est pas vraiment une bande dessinée, c'est plutôt un récit "photographique" nous montrant le parcours d'exil d'un homme qui quitte sa femme et sa fille pour un ailleurs inconnu.

Le graphisme est très étonnant et représente une quantité de travail impressionnante.
L'occasion de découvrir un artiste épatant...
La suite sur www.shauntan.net , j'ai hâte de me procurer d'autres albums de cet "ovni" poète.

Le dessin me fait un peu penser à Thomas Ott et à son formidable "Cinéma Panopticum", mais ici on à la poésie en plus et une ouverture aux autres, un hymne à l'immigration.

Remarque: il 'ny a que des ex-immigrés qui aident les nouveaux arrivants?

26 1 2011
   

J'étais, en même attiré, mais aussi un peu repoussé par la couverture calme et tout en sobriété, de cette belle BD assez conséquente.

Tout d'abord il y a une très grande maitrise du dessin dans cette BD, déroutante de part son absence de parole. La narration ? Chaque planche est découpées en pas mal de cases (ou soit en dessins pleine page), ce qui permet de pas mal s'attarder sur chaque action, de découper chaque mouvement, ce qui donne une ambiance un peu manga au récit. Dans les mangas, tout comme dans ce livre, on prend son temps.

Donc je disais, le dessin est très réaliste, parfaitement réalisé ; tout en finesse. Les cases sont saturées et l'auteur joue sur les ombres. Le style fait figé, mais ça ne dessert pas le récit, qui possède du coup un graphisme d'une grande sobriété. L'auteur excelle autant dans les personnages, que dans les animaux où les décors de rêve. Les couleurs dans les tontes marrons/grises rendent une très bonne atmosphère à la lecture de l'album.

Par contre, j'ai étais moins convaincu par le scénario. En fait, j'ai du lire la 4ème de couverture pour comprendre que le récit parlait d'immigration.
Oui, le récit est assez fort (avec des passages poignant), et lorsqu'elle est contemplatif, l'histoire est poétique.

Mais je retiendrais vraiment cette œuvre pour son dessin.

Une très bonne BD poétique, qui met du temps à se lire, si on veut savourer toute la beauté de chaque page.

1 7 2010
   

C’est une bd de grande qualité, certes, mais je n’ai pas eu à sa lecture le même enthousiasme que celui ressenti par certains trublions de BDT. J’avoue ne pas avoir accroché à la bd au début, malgré ses bons échos distillés sur BDT. Doña Hermine m’a convaincu d’insister car j’allais passer à côté de quelque chose.

L’originalité de cette bd repose sur deux piliers que sont l’absence de bulles et le traitement graphique réaliste tout en crayonnés. La touche d’universalité soulignée par Alix dans son avis est sans nul doute la conséquence de l’onirisme qui imprègne chaque page. Ce n’est pas l’histoire d’un homme mais bien celui de tous les hommes qui ont parcouru un tel voyage pour espérer y trouver un monde meilleur. C’est simplement et intelligemment traité mais, malgré toutes ses (nombreuses) qualités, je n’ai pas vraiment été porté par cet album. Sans doute l’absence d’effet de surprise a-t-il joué défavorablement ?

Cet album résolument optimiste au titre envoûtant reste certainement à découvrir... si ce n’est déjà fait !

22 3 2009
   

Un très bel album, plein de poésie et peuplé d'objets et d'animaux étranges et oniriques qui pourtant nous semblent familiers. Une magnifique manière d'exprimer le désarroi de l'immigrant, seul dans un nouveau monde qu'il ne connait pas. Le silence des bulles absentes pour la barrière de la langue, les animaux et aliments étranges pour l'angoisse du nouveau monde, le tout dépeint dans des tons ocres intemporels. L'histoire est actuelle et ancienne, future et passée. C'est la nôtre peut-être un jour, qui sait? En lisant les commentaires des posteurs je m'apperçoit que plusieurs ont cru identifier le pays d'accueil, à chaque fois différent et je pense qu'une des grandes forces de cet album est justement qu'il n'existe pas,que ce pourrait être n'importe où. La petite histoire dans une plus grande qui nous reste inconnue, à deviner entre les lignes absentes. Celle de celui qui a le courage de quitter tout ce qu'il connait.
On est touché par la justesse des gestes dessinés, des émotions et des expressions, la beauté des planches. A recommander à tous je pense

1 10 2008
   

Si "Là où vont nos pères" a été remarqué à Angoulème et qu'il est si bien noté sur coinbd, c'est parce que l'album se démarque du reste de la production.

Première qualité de l'album : son originalité. Non seulement par son thème, celui de l'émigration professionnelle et du dépaysement qui l'accompagne, mais aussi par son traitement narratif. Certes, Trondheim et "La Mouche" avaient déjà prouvé qu'il n'était pas nécessaire de mettre des phylactères dans une bande dessinée pour raconter une longue histoire (postulat repris dans des albums comme "Ulice le lapin"...). Mais Shaun Tan l'applique dans un registre totalement différent, et ne peut se reposer sur l'humour visuel pour s'exprimer. Le pari était difficile mais il est gagné haut la main : l'auteur parvient à exprimer des sentiments profonds sans jamais faire parler ses personnages.

Ne pouvant compter sur le texte, Shaun Tan devait tout miser sur le graphisme. Et là, c'est carrément extraordinaire. Certaines planches sont d'une beauté proprement stupéfiante, égalant et peut-être même dépassant les gravures d'un Gustave Doré. On admire - c'est le mot qui convient - les pages, passant de longs moments à contempler les détails et à s'imprégner de l'atmosphère saisissante qui se dégage du travail de Shaun Tan.

Un album à découvrir, qui a d'ores et déjà marqué le monde de la BD par sa qualité visuelle.

6 3 2008
   

Cet album est une superbe bande dessinée.
Le symbolisme dont sont imprégnées les pages de ce livre donne beaucoup de sens à toute cette histoire, qui pour le coup peut s'émanciper completement de tout texte.

On decouvre la vie au jour le jour de cet homme qui a tout laissé derrière lui afin de faire vivre sa famille. Il decouvre un nouveau monde qui malgré ses bases fantastiques garde un aspect très réaliste. Et c'est ici qu'une multitude de symboles intervient. On sent un très gros travail de réflexion de la part de l'auteur qui a su rendre cette histoire très poétique, onirique.

Le dessin est superbe. Les tons sépia donne un ton très photo réaliste à l'ensemble, le trait lui aussi étant très réaliste.

Une vraie révélation, un album très beau. Surtout, ne passez pas à côté !

25 2 2008
   

Quel dessin, quelle maîtrise, c’est magnifique !
Voici un album qui mérite le détour si vous cherchez à sortir un peu des sentiers battus et si une aventure onirique qui stimule l’imagination et appelle à l’interprétation ne vous rebute pas.
Commençons donc par le dessin : un peu plus de 120 planches superbes en noir et blanc, voire sépia, faisant la part belle d’une part aux émotions et aux petites choses du quotidien et d’autre part à la description d’un monde mystérieux (là où vont nos pères...) et impressionnant de créativité. Je ne sais pas où Shaun Tan a trouvé son inspiration et quelles sont ses -éventuelles- sources (hormis l’une ou l’autre vraies références révélées en fin d’album) mais moi je n’avais jamais rien vu de tel. Un bonheur pour les yeux.
Ce dessin magnifique est d’autant plus important qu’il doit faire tout le travail puisque cette BD est totalement dépourvue de texte, rien (même les pages ne sont pas numérotées:-)). Il s’agît d’une belle performance, presque d’un exercice de style mais sans rien d’ostentatoire car l’histoire se laisse déguster en douceur, en finesse et en justesse.
La trame de l’histoire est plutôt simple, la richesse réside d’avantage dans l’évocation de ces départs, de ces mondes inconnus pour lesquels tant d’hommes ont un jour tout laissé derrière eux, dans les difficultés d’un quotidien à réapprendre, les premiers sourires dans un monde nouveau que l’on fait sien, peu à peu, dans l’espoir enfin que tout cela finisse bien...
Là où vont nos pères, primé cette année à Angoulème, est un très bel album qui touchera tous ceux qui voudront s’y plonger et s’en imprégner ; une BD d’auteur à vocation universelle...

17 12 2007
   

Très beau livre de la collection long courrier de Dargaud, entièrement muet. Je déconseillerais, cependant, cet ouvrage à ceux qui sont habitués à un style plus académique de bande dessinée.
On louera donc l’éditeur Dargaud d’avoir osé publier ce livre totalement anti-commercial qui aurait pu trouver sa place chez les indépendants.
Il faut dire que ce livre fait plus penser à une œuvre d’art graphique. Le dessin de Shaun Tan est magnifiquement expressif, renforcé par une très belle teinte sépia.
Concernant le scénario, il est parfois difficile de rentrer dans cette oeuvre, tant ce livre est une histoire de sensations. On ressent, plus qu’on ne comprend les difficultés du migrant : l’incommunicabilité, la difficulté de langage, les problèmes de déboussolage culturel, l’intégration difficile.
Shaun Tan étant fils d’immigrant, il est parfaitement informé des problèmes qu’a connu son père et on ressent cette angoisse permanente, que l'auteur mêle à un onirisme constant.
Une œuvre déroutante certes, mais à ne pas manquer…

15 12 2007
   

Belle et épaisse BD au grand format, c'est sa couverture sobre et élégante qui m'a attiré. Et je n'ai vraiment pas été déçu !

L'ensemble du récit de Là où vont nos pères est muet. Cela permet d'autant plus de profiter du graphisme de toute beauté et de son message universel.
Le dessin, alternant petites vignettes et plus grandes images toutes en teintes sépia ou grises, est semblable à ces vieilles photos délavées. Réaliste, très soigné, il est beau sur chaque case. Et surtout il y a ces grandes images en une planche, voire en une double page... A chacune de ces planches, j'ai eu le même sentiment percutant : "Wouaaah !"
Wouah ! C'est beau ! Comme de beaux tableaux, comme des belles gravures du début du siècle, comme de superbes photos d'un monde imaginaire !
Cette BD est un recueil d'oeuvres d'art et ne serait-ce que pour cela, elle vaut déjà son achat.

Mais le scénario n'est pas en reste car il est simple mais également de toute beauté.
Il raconte le départ d'un père de famille, obligé de quitter son pays natal et d'émigrer pour chercher fortune et tenter d'apporter un jour une vie meilleure à sa femme et sa fille. Abandonnant une cité prolétaire assombrie de noires fumées reptiliennes, il traverse l'océan pour arriver... non pas en Amérique mais dans une Amérique Imaginaire, un monde presque féerique tant il est différent, un monde étrange et surtout étranger, où tout est différent pour notre héros. La nourriture, les animaux, les transports, la langue, l'écriture, tout est aussi nouveau pour le héros que pour le lecteur qui découvre avec lui ce monde bizarre et neuf.
Ce pays surprenant est bien sûr une métaphore des Etats-Unis, mais présentée avec brio de manière à montrer à quel point un immigré peut se retrouver perdu dans un tel environnement étranger à tout ce qu'il connaît. Comme il est dur de s'y intégrer, de trouver où loger, de trouver un travail...
Et pourtant dans ce pays, il va trouver des gens comme lui, d'autres immigrés qui ont tous leurs histoires à raconter, leurs vies à partager.

La narration totalement muette fonctionne très bien. Seul petit reproche, certains moments sont un peu moins faciles à suivre, rendus ardus par la même incompréhension du Nouveau Monde que le héros doit affronter.

Là où vont nos pères est à mes yeux l'antithèse de la BD La Jungle de Kuper. Cette dernière présentait l'immigration et le travail aux USA comme un lente déchéance vers un destin de plus en plus sordide. Ici, c'est tout l'inverse, l'effarement du début menant à une fascination pour ce nouveau monde aussi étrange que fabuleux et lumineux.
Et pour me plaire encore davantage, c'est une histoire qui finit bien, comme je les aime.

Un beau coup de coeur pour cette superbe BD !

13 9 2007
   

Effectivement, l’air de rien, cet album est très fort
L’objectif est clair : proposer une évocation sur les migrations qui ont vu arriver des millions de personnes sur le sol australien (en particulier, mais partout ailleurs en général) depuis un ou deux siècles. Le parti pris de faire une BD muette est en soi une excellente idée, car c’est une histoire universelle, que chacun d’entre nous peut comprendre, puisqu’il appartient soi à un pays ayant reçu beaucoup de migrants, soit à un pays ayant subi l’hémorragie migratoire.
Du coup, cette histoire touche à l’universel. Le héros se retrouve dans un environnement totalement nouveau, avec des créatures inconnues, un langage qu’il mettra du temps à comprendre, allant d’un travail à un autre, avant de trouver celui qui lui conviendra (ou qu’on voudra bien lui donner) ; puis il se fait des amis, envoie de l’argent à sa famille…
C’est finement retranscrit, et la succession des dessins rend bien le temps qui passe, les pensées qui s’envolent… Sur un mode poétique et léger, l’auteur reste fidèle à une réalité brute, lourde, séculaire.
Shaun Tan propose donc une belle parabole sur les migrants et leur vie. A mettre entre toutes les mains.

14 7 2007
   

Shaun Tan (www.shauntan.net), auteur d’origine sino-australienne, s'est vu décerner le prix du meilleur artiste au World Fantasy Awards de Montréal en 2001. S’inspirant de l’histoire de nombreux émigrants, dont celle de son père, l’auteur nous livre un one-shot qui invite à découvrir le parcours d'un père de famille contraint de tout quitter afin d'assurer un plus bel avenir aux siens. Le parcours des émigrants !

Découpée en chapitres bien distincts, afin d’accentuer un peu plus les différentes étapes de cette errance qui se veut malheureusement d’actualité, ce récit ne sombre cependant jamais dans le pessimisme et le drame. Tout en relatant le déchirement familial et les difficultés d’adaptation, l’auteur va porter son message résolument vers l’espoir et l’optimisme, allant peut-être jusqu’à donner une image trop idéalisée de l'immigration.

Et, si le thème est universel, le langage utilisé, ainsi que le choix d’un univers onirique, vont également au-delà des frontières. Le désarroi face à la découverte d’un autre monde, d’une autre culture et les obstacles de l’intégration sont amplifiés par le choix d’un monde imaginaire, mélange de féérique et de surréalisme. Entièrement muet, ce roman graphique permet donc de donner la parole à tous ces exilés qui se retrouvent perdus en terre lointaine.

Le dessin dans les teintes sépia situe cette aventure humaine en dehors du temps, avec des tons qui semblent révéler un voyage d’autrefois et des décors qui pourraient être ceux de demain. Même l’origine du personnage central est difficilement décelable d’après ses traits. En utilisant une technique de «zoom» impressionnante, ce dessinateur hors pair, passe habilement du détail le plus infime à des illustrations sur double page. Il va également utiliser d’autres effets, comme cette fleur qui évolue au fil des saisons, montrant le temps qui s’écoule. Fruit d’un travail de quatre ans, la force graphique qui se dégage de cette œuvre intemporelle permet de rendre tout texte superflu et d’accompagner ces pères dans le silence.

Une BD silencieuse qui mériterait de faire beaucoup plus de bruit !