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Avis BD de gdev sur La Nef des fous


Note moyenne de Coin BD sur la série La Nef des fous Moyenne Coin BD : 3,88/5
Note moyenne de gdev sur la série La Nef des fous Moyenne de gdev : 4,19/5
 
La Nef des fous : Le petit Roy
ajouté le 10/05/2012
Note de l'album : 3,00
Le petit Roy

Voilà donc l'album "hors série" de la "nef des fous". Généralement, ce type de production est le moment pour le lecteur d'avoir l'impression de continuer la magie de la lecture d'une série terminée. Ici, Turf se prête à l'exercice avec force de bonnes idées. On l'a vu dans la sére principale, Turf est un génie de la mise en page, et on retrouve ici plein d'effets qui mettent en valeur le travail de l'artiste. Sur le scénario, c'est en revanche un peu limité : certes, on voit la jeunesse de Clément XVII qui donne lieu à des moments d'humour plus ou moins appuyés, mais l'auteur nous propose ici quelque chose qui n'a finalement pas grand chose à voir avec l'intrigue développée dans la série principale. Ainsi, on s'intéresse surtout aux facéties de Childéric le Vilain, aux maladresses des trois gourdes et à l'essort de l'automobile eauxfolloise. L'ensemble est surperbement présenté, mais finalement, on n'en aura pas découvert vraiment plus sur le parcours de notre bon Roy, qui semble ne rien avoir fait pendant une quarantaine d'années. C'est un peu l'ultime pied de nez de l'auteur : on ouvrait cet album avec l'idée (l'espoir ?) de découvrir la vie de Clément XVII avant celle que nous découvrons dans la série, et on se rend compte qu'il n'a rien fait une bonne partie de sa vie. Je ne suis pas sûr d'apprécier le fonds de ce scénario, qui pourtant respecte bien la trame générale de la série. Autant la série m'a laissé un superbe souvenir, autant cet album à part ne reste pas gravé dans ma mémoire, si ce n'est encore une fois, pour l'originalité de sa mise en page.

La Nef des fous, tome 1 : Eauxfolles
ajouté le 10/05/2012
Note de l'album : 4,00
Tome 1 : Eauxfolles

La première chose que l'on remarque à l'ouverture de cette série, c'est le dessin. Un dessin qui rend toute l'improbabilité des lieux, toute la folie des personnages. Un dessin qui nous invite dans un monde particulier, dans lequel les oiseaux de peuvent voler, dans lequel de grosses pastèques font l'objet d'un trafic, et qui est semble-t-il composé de plusieurs niveaux souterrains, dans lesquels pullulent les rats et autres monstres. A la tête de ce monde, on découvre le rondouillard roy Clément XVII, sa femme et sa fille Chlorente, ainsi que le grand coordinateur du Roy. Physiques et moyens de locomotions improbables, le dessin nous entraîne dans ce monde de fiction. Le style même du dessin se permet également d'évoluer, devenant faussement plus simpliste et enfantin pour mettre en scène les rêves ou réflexions du Roy.

Ce qui est particulièrement original dans cette série, c'est que l'auteur mélange une histoire au look débridé, avec des personnages hauts en couleurs et radicaux dans leurs actions, avec des dessins transcrivant cette folie et cette extravagance qui s'applique également à l'environnement ; et une histoire des plus classiques d'un second voulant prendre la place du premier. Parce que finalement, ce qui retient particulièrement l'intérêt dans ce premier tome, ce sont les efforts du grand coordinateur pour prendre la place du Roy, idée assez éculée qui trouve ici tout son relief par l'univers proposé. D'autant que cet univers semble plus complexe qu'il n'y paraît, comme le laisse présager des passages qui nous semblent à ce stade assez obscurs, comme ce personnage que l'on ne voit pas, comme cette base sous-terraine, et comme ces dernières vignettes qui laissent supposer bien des choses quant à la localisation de ce royaume.

Turf a su faire du frais avec du vieux, et grâce à l'originalité qui teinte l'ensemble de ce récit, il redonne du corps à une idée éventée. Attention toutefois : le ton un peu débridé rend les enchaînements des actions un peu rapides, et on sent que l'histoire est toujours sur le fil du rasoir : on a l'impression que l'on va basculer dans une folie non maîtrisée alors que finalement, le scénariste semble savoir où il nous conduit.

C'est un album charmant, qui présente une situation classique de façon originale et dont les passages mystérieux promettent de nombreux développements.

Note de l'album : 5,00
Tome 2 : Pluvior 627

Un deuxième album qui est un petit moment de bonheur. Le burlesque comique est assuré par le Grand Coordinateur Ambroise qui présente une caricature de coup d'état, la découverte par Chlorenthe et Arthur d'un nouveau peuple donne au récit une teinte héroic fantasy, l'enquête menée par le jeune, gauche et inexpérimenté Baltimore et son sergent apporte cette dose de polar, l'environnement rappelle un univers SF, et la présence de cette voix émise par un personnage intrigant présenté toujours avec la même vignette amène cette dose de mystère qui nous laisse supposer que cette histoire est bien plus qu'un récit humoristique. Turf prend les codes de plusieurs styles, les tord, s'amuse avec et les organise de façon à ce que son intrigue, qui pourrait relever d'une catégorie absurde, devient particluièrement organisé et efficace. J'avais longtemps repoussé la lecture de cette série, un peu apeuré par la teinte absurde, par ce côté un peu fou, mis en avant par les uns ou les autres. Je suis agréablement surpris en découvrant que finalement, tout est bien construit et que si les mystères s'accumulent, l'intrigue se révèle prenante : l'humour, l'absurde, le pastiche et les personnalités sont autant de valeurs ajoutées à cette histoire. Bref, j'aime beaucoup.

D'autant que le support est particulièrement esthétique. Turf nous fait découvrir, avec une grande lisibilité, des environnements très différents, et très détaillés, et des ambiances tout aussi variées. L'ensemble est particulièrement sympathique, et c'est un joli ouvrage avant d'être une très bonne histoire.

Vivement la suite.

Note de l'album : 5,00
Tome 3 : Turbulences

Voilà bien longtemps que je n'avais pas mis deux 5/5 de suite à une série mais je trouve qu'ici c'est particulièrement mérité. On s'est bien installé dans cette série, qui nous offre surprise sur surprise et qui mélange avec toujours autant d'intelligence plusieurs styles : l'aventure, avec Chlorenthe et Arthur en pays inconnu et donc hostile ; le burlesque et le comique avec Ambroise et le prince putatif, le mystère avec ce Maître et la nature même de putatif ; et une enquête, menée par Baltimore et son sergent. Le tout est enrobé d'un bel humour, qui se permet même une très grande finesse. On oscille avec plaisir entre les histoires de chacun et le passage de l'une à l'autre amène ce rythme très particulier. A ce stade, on a encore du mal à discerner où tout cela va nous conduire mais la diversité des mondes proposés et la variété des situations est assez jubilatoires. Des personnages nouveaux commencent à prendre de l'ampleur, comme la créature Aphros ou le robot chargé de retrouver Arthur et Chlorenthe et cette nouveauté est très prometteuse pour la suite de la série. On pourra toutefois regretter qu'au bout de ce troisième tome, on n'est pas vraiment plus avancé sur l'ambiance mystérieuse de tout cela et on se demande où Turf veut nous emmener... Mais c'est tellement bien fait que l'on jouit de l'instant présent, sans même penser à la suite, cette dernière annonçant forcément une fin à laquelle il vaut mieux tarder d'arriver.

D'autant que les dessins sont comme le scénario, plein d'humour, très variés, et très bien réalisés. La première page de cet album est à couper le souffle et le trait et les couleurs s'accordent à la perfection pour nous faire vivre de grandes aventures.

Ce que j'ai été bête de repousser la lecture d'une si belle série.

La Nef des fous, tome 4 : Au Turf
ajouté le 10/05/2012
Note de l'album : 4,50
Tome 4 : Au Turf

C'est toujours un bon album mais qui se situe quand même en-dessous des deux précédents. Pour moi, cela s'explique notamment par le fait que le côté aventure, assuré par Chlorenthe et Arthur, est laissé de côté dans ce tome, qui se concentre surtout sur les facéties d'Ambroise d'un côté, et de Baltimore et de son sergent de l'autre. L'histoire, jusqu'alors parfaitement dosé, commence a perdre son équilibre ici, le côté un peu loufoque prenant le dessus. Pour autant, l'ensemble reste mystèrieux, on découvre que le monde d'eaux-folles semble totalement maîtrisé et contrôlé. Ca me fait un peu penser à "the truman show" : ce film qui mettait en scène un jeu de téléréalité dans lequel le héros ne savait pas qu'il évoluait dans un monde construit de toutes pièces, un monde qui n'avait pour d'autre but que de le mettre en scène, de façon inconsciente, devant des millions de téléspectateurs. Bref, même si parfois les proportions sont parfois peu respectées, j'aime bien l'idée. En revanche, on commence à tourner en rond entre Ambroise et Putatif et certaines scènes commencent à devenir répétitives, sans que l'on avance vraiment dans l'intrigue. Mais l'univers reste charmant et le retour de Clément sur le devant de la scène en fin d'album ne peut annoncer que du bon.

Côté dessin, c'est maîtrisé, et l'auteur nous offre de belles trouvailles qui se jouent surtout dans les détails : le lettrage des interventions des anges et démons de Ambroise, toute cette scène que l'on découvre dans le reflet d'un grille-pain, cette carte d'identité, ces quelques vignettes qui permettent de faire partager au lecteur cette impression que nos yeux s'habitue, comme ceux des protagonistes, à l'obscurité. Tout est vraiment joli et très ingénieux : les mises en pages, les aspects graphiques, les visages et leurs expressions.

Pour l'instant, on sent que l'auteur insiste un peu plus que le côté déjanté de son histoire, apportant un peu de déséquilibre à ce qui était parfaitement dosé. Le sentiment, c'est que l'histoire de fonds n'avance pas. Mais on est désormais bien installé dans cette série aux personnages et aux paysages sympathiques et si on regrette ce petit ralentissement, on reste fidèle à cette faculté de Turf de nous faire rire, de nous faire réfléchir et de nous surprendre.

La Nef des fous, tome 5 : Puzzle
ajouté le 10/05/2012
Note de l'album : 4,50
Tome 5 : Puzzle

Je ne me lasse pas de cette série et ce cinquième tome est de nouveau un régal. D'autant d'ailleurs, qu'avec le retour sur le devant de la scène de Clément, d'Arthur et de son robot, et de Baltimore et de son sergent, le récit reprend le côté aventure qui me plaît particulièrement, et laisse de côté Ambroise et son monde un peu absurde qui est certes sympathique mais qui selon moi est moins prenante que l'histoire très classique d'un Arthur à la recherche de Chlorenthe. Ce qui me plaît particulièrement dans cet album, c'est que chaque vignette est l'occasion pour le lecteur de chercher, dans les dialogues particulièrement léchés ou dans le dessin tout bonnement inspiré, le petits clins d'oeil et les petites traces d'humour. Plus que découvrir une intrigue, on s'amuse en lisant cette série, et particulièrement cet ouvrage. Beaucoup l'ont dit : l'histoire de fonds n'avance pas des masses et au bout du cinquième tome, il est un peu difficile de reconstituer les histoires de chacun, d'autant que le quatrième tome a été l'occasion d'une rupture dans la linéarité de l'histoire. Ainsi, après un tout petit effort pour se rappeler en quoi consiste l'enquête de Baltimore et du Sergent, et comment Arthur s'est retrouvé en terre inconnue avec pour chaperon un robot énigmatique, on continue de goûter à cette belle aventure, léchée jusque dans les moindres détails. Lorsque je lisais les avis des uns et des autres sur cette série, le côté absurde et fou qui était mis en avant m'avait peu encouragé à découvrir ces albums, n'étant que très peu porté sur ce style d'exercice. Certes, il y a des personnalités excentriques mais au bout de ce cinquième tome, le monde présenté n'est finalement pas plus absurde que celui du "Truman Show", et il y a quand même une belle petite histoire d'aventure derrière tout cela. Certes, il reste des mystères, comme la personnalité du Magistère et de son monde qui a tout à gagner à se dévoiler, mais ce qui est proposé est moins absurde qu'excentrique.

Bref, "La Nef des fous", c'est vachement bien, lisez cette série qui, chez moi, trouve tout naturellement sa place à côté de "De cape et de crocs". Et s l'histoire n'avance pas beaucoup dans ce cinquième tome, tant mieux : l'auteur prend son temps pour nous proposer de la qualité et surtout, on en profite d'autant plus.

Note de l'album : 4,00
Tome 6 : Les chemins énigmatiques

Je suis toujours en train de vivre une véritable lune de miel avec cette série. Ce sixième tome est toujours admirablement construit et c'est un régal pour les yeux, et pour l'esprit, de découvrir comment Turf s'amuse avec la mise en page, joue avec les ombres, se plaît à inventer des dialogues succulent, alterne la forme, la taille et le rythme des vignettes... Bref, c'est avant tout un joli tome qui ne peut que faire référence en la matière. Teinté d'humour, d'aventures, et de situations cocasses, il renoue avec cette richesse des premiers tomes, richesse d'autant plus agréable que l'ensemble des personnages sont désormais connus et ont su développer un véritable capital sympathie, superbement exploité. Sur le fonds de l'histoire, tout est encore bien mystérieux, depuis ce magistère qui contrôle le monde d'eaux folles dont on connait désormais la particularité, et surtout avec ce monde extérieur, qui est loin d'avoir livré tout ses secrets. Le fonds de l'histoire n'avance pas des masses, mais finalement, en six tomes, seules un peu plus de 24 heures se sont écoulées. Cela explique certainement les personnages de cette histoire n'ont pas fait de découvertes majeures dans ce laps de temps réduit. Pour le lecteur, qui en est déjà au sixième tome, cela laisse l'impression d'une intrigue qui tire un peu en longueur. Mais qu'importe vu que c'est bien fait. Habituellement, j'aime les scénarios qui avancent à un rythme soutenu et rien de prédestinait à ce que j'apprécie ce type d'histoire où l'intrigue générale n'avance que très peu à chaque tome. Mais c'est tellement bien fait, que je me régale de chaque moment sans ressentir la moindre frustration. C'est donc du grand art, d'autant que la fin de cet album annonce que l'on se dirige vers les révélations finales. En plus, ce qui arrive à Ambroise annonce un certain nombre de qui pro quos qui risquent d'être plein d'entrain.

Cette série est finement imaginée, finement réalisée. Et ce sixième tome est toujours d'une grande qualité, même si l'histoire de fonds semble s'être enlisée quelque part en cours de route.

La Nef des fous, tome 7 : Terminus
ajouté le 10/05/2012
Note de l'album : 3,50
Tome 7 : Terminus

Incontestablement, ce dernier tome de cette excellente série est moins bon que tout ce qui précède. Peut-être tout d'abord parce que le rythme est nettement moins soutenu que précédemment et que les grands pavés descriptifs sur ce qui s'est passé il y a bien longtemps alourdissent la tonalité virevoltante de ce que l'on a connu jusque là. Peut-être également parce que les révélations manquent de surprises et que l'on avait un peu deviné que Eaux-Folles était un monde isolé d'un reste du monde dévasté et que tout était un peu factice dans cet envrionnement. Peut-être est-ce dû au fait que tout cela a un petit goût d'inachevé (je suis particulièrement déçu de ne pas être allé plus loin en compagnie de ce peuple qui a survécu et évolué, je suis un peu surpris que les révélations faites à Clément n'aient pas un plus grand impact sur sa vie dans Eaux-Folles, je trouve que l'enquête menée par Baltimore et son sergent trouve une issue un peu abrupte, et je m'étonne toujours du rôle d'Arhur dans tout cela, car la première page du premier tome laissait présager qu'il connaissait l'existence du monde du dessus). Peut-être est-ce dû enfin, et surtout, au fait que l'on se rend compte que cette histoire et terminée, tout simplement, et que l'on est déçu que la magie ne se poursuive pas au-delà de cet album.

J'ai bien essayé de mettre un 3/5 à cet album, pour marquer cette moindre qualité. Mais rien n'y fait, je ne peux pas m'y résoudre. Car chaque personnage, chaque réflexion, chaque action un peu loufoque ou chaque élément d'architecture me renvoie à de superbes souvenirs nés dans les tomes passés. Il fallait bien trouver une issue à cette histoire et Turf nous en propose une qui manque de piquant, certes, mais qui ne renie pas non plus toutes les qualités de la série qui m'aura fait passer de superbes moments de lecture.