
Gros Dégueulasse. Tout est dans le titre. Et si ça ne suffit pas, la couverture est des plus explicites : un personnage adipeux vêtu d'un slip kangourou couvert de traces de pisse et laissant généreusement dépasser les testicules de son propriétaire.
Reiser prend pour personnage principal un type auquel la vie n'a rien voulu donner. Moche, gros, sans qualités intellectuelles, Gros Dégueulasse a décidé d'aller au bout de la déchéance et de l'ignoble. Parce qu'en faisant réagir les femmes en leur sortant des horreurs, il peut avoir un contact avec elles. Parce qu'en adoptant une attitude immonde, la société le regarde avec dédain, mais le regarde.
Le ton pourrait être désespéré. Il ne l'est pas car Reiser fait rire avec son personnage de sagouin absolu, dont on apprécie les excès mis en scène avec un talent qui n'est plus à démontrer. Reiser écorne parfois la société au passage (le coup du couscous que Gros Dégeulasse parvient à manger gratuitement dans un restaurant maghrébin, en précisant que ça ne marche jamais dans un équivalent français...), avec le même bonheur que lorsqu'il se concentré sur les excès de son personnage. Qui finira pas les payer, d'ailleurs, comme rattrapé par le désespoir absolu qu'on peut voir chez lui derrière la farce.
Un album incontournable de Reiser, lui-même humoriste de référence que les plus jeunes générations n'oublieront pas de redécouvrir.