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Le roman graphique du XXIe siècle ne s'interdit aucun thème. Tant mieux pour le lecteur qui se voit offrir un large panel et qui peut découvrir des récits poignants. Le thème de la sclérose en plaques (SEP pour les intimes) n'avait a priori jamais été abordé en bande dessinée - le brillant "L'Ascension du Haut Mal" évoquant épilepsie, là où le remarquable "Pilules Bleues" se consacrait au SIDA et que le plus commun "Journal d'une bipolaire" racontait la vie d'une dépressive. On le voit en tout cas : le thème de la maladie n'est pas nouveau en BD et quelques œuvres majeures sont déjà passées par là.
La sclérose n'est évidemment pas la maladie la plus connue. Il se trouve que je compte parmi mes proches une personne frappée par elle et que c'est ce qui m'a amené à souhaiter lire cette bande dessinée. Cet intérêt personnel ne m'empêche pas de trouver que "Des fourmis dans les jambes" manque un peu d'ampleur.
La maladie est au centre du récit tout en étant assez secondaire. En fait, c'est la personnalité d'Alex, qu'on suppose très proche de celle d'Arnaud Gautelier, qui prend beaucoup de place. Et s'il ne laisse pas indifférent, le personnage agace, en particulier dans la première moitié de l'album. Aigri, pestant contre tout le monde (médecin, personnel hospitalier, automobiliste, propriétaire de chien, indifférent du métro : chacun en prend pour son grade), égocentrique, Alex est aussi un Parisien comme on n'en fait plus. Le voir réagir à la possibilité d'emploi pour sa femme à Nantes en lançant "pour être agricultrice ? Traire les vaches ?" est assez ahurissant. Plusieurs réflexions comparables plus tard, on se rend à l'évidence : Alex est parfois un parfait connard. Et sa maladie ne l'autorise pas plus qu'un autre à se comporter comme tel.
Impossible de s'identifier au personnage principal, ni d'éprouver de l'empathie pour lui. La deuxième partie qui hésite entre la découverte des ploucs de la province et l'incroyable humanité des habitants qui se montrent aimables (vraiment, un truc de dingue...) risque de faire sourire malgré elle les lecteurs qui n'ont jamais souhaité vivre comme le faisait Alex à Paris. Il y a donc une certaine naïveté doublée d'un cynisme propre au personnage qui crée une curieuse alchimie.
Au final, l'album évoque bien la SEP mais est surtout un témoignage de la vie d'une personne au caractère spécial qui se trouve être affecté par cette maladie. On n'en tirera pas forcément quelque chose de plus universel, ce qui est dommage pour un sujet comme celui-là. Le "Pilules Bleues" de la SEP reste à écrire.