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Couleur de peau : miel, tome 1

 
 

Résumé

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avis bd

Planche de Couleur de peau : miel, tome 1L’adoption est un sujet difficile. Difficile parce que lorsqu’elle est internationale, l’enfant adopté a souvent une couleur de peau différente, et que dans ce cas l’adoption se « voit » tout de suite.
La couleur de Jung est miel. C’est ce qui est écrit dans le dossier d’adoption dont héritent ses parents. Jung est l’un de ces centaines de milliers d’enfants coréens adoptés à l’étranger depuis 50 ans, depuis la fin de la guerre qui a laissé son pays exsangue et rempli d’orphelins.
Jung est un auteur de BD, mais c’est aussi un enfant adopté. C’est une condition avec laquelle il a vécu à partir de l’âge de 5 ans, et cela le suivra toute sa vie. Jung a grandi à Séoul, trouvant sa nourriture dans les poubelles, errant dans les rues. Mais cette vie-là ne l’intéresse plus, sa vie est depuis 36 ans en Belgique, dans la famille Hénin. Une famille où il y a déjà 4 enfants biologiques, et où une petite sœur de Corée le rejoindra plus tard. Une famille où les parents ne sont pas parfaits, mais où il n’a manqué de rien. Une famille, tout simplement. Un entourage qui manque à des milliers d’enfants de par le monde, des enfants qui attendent des parents, des parents qui n’arrivent jamais pour certains. Jung a eu de la chance.

« Couleur de peau : miel » est une autobiographie avant tout. Jung s’est posé beaucoup de questions sur ses origines. Sur sa mère, en particulier. Une mère dont il ne retrouvera probablement jamais la trace, mais à laquelle il n’en veut pas. Au contraire, il éprouve beaucoup de tendresse. L’avantage de ne rien savoir de ses parents biologiques, c’est qu’on peut les fantasmer à loisir. Là aussi, Jung a eu de la chance. Car parfois les origines d’enfants adoptés ne sont pas reluisantes.
Mais l’adoption est un geste merveilleux. Il permet à plusieurs personnes de trouver une famille, à un enfant de s’épanouir, à des parents de combler un manque, de donner tout l’amour qu’ils ont en eux. Cela n’a rien à voir avec de la charité, ni avec une démarche humanitaire. C’est différent.

Jung nous propose donc de plonger dans son histoire, avec ses yeux d’enfant adopté, donc une sensibilité très particulière, car en général ce sont les adoptants qui témoignent de leur expérience au travers de livres, films, etc. Il passe très vite sur sa vie « d’avant », sur laquelle il a visiblement tiré un trait, qu’il a enfouie dans un coin de son cerveau pour l’heure presque inaccessible. Cependant cette introspection a fait remonter quelques souvenirs, et Jung a décidé de se livrer sans fard, et probablement sans tricher. On a donc droit à une histoire très plaisante, avec de nombreux traits d’humour. L’auteur a décidé de ne pas se limiter au sujet de son adoption et de ses conséquences, mais aussi de nous parler de son apprentissage, de son histoire personnelle, comme ce passage très drôle sur son apprentissage de la sexualité.
Remarquons tout de même que les thèmes relatifs à l’adoption (l’abandon, le déracinement, l’identité, l’Asie) parsèment son oeuvre. Quelque part, il avait besoin d’en parler, et cet album lui permet de le faire, de façon plus précise, plus honnête, quelque part.
Pas de misérabilisme, pas de grands discours moralisateurs, pas de sensiblerie à outrance et c’est même un peu « confus ». A l’évidence l’auteur a décidé de coucher sur le papier ses idées presque dans l’ordre où elles surviennent, ce qui lui fait faire parfois des va-et-vient dans le temps. Cela ne gêne aucunement dans la lecture, au contraire ce parfum de spontanéité est tout à son honneur. Cette fraîcheur se ressent aussi au niveau graphique, puisque Jung propose un trait assez différent de ce qu’il fait d’habitude, un trait plus rond, plus « jeté », en un noir et blanc extrêmement lisible.

Cela donne un album essentiel, très fort, duquel l’émotion n’est pas exempt (j’ai par exemple été très touché par cette anecdote d’une jeune fille adoptée aux Etats-Unis qui après avoir retrouvé sa mère biologique, très pauvre, lui offre un somptueux dîner… au cours duquel sa mère ne mange qu’un bol de riz, et à l’issue duquel elle lui donne même quelques wons coréens…), mais qui n’hésite pas à ménager des plages de détente, avec des passages… croustillants. Jung n’aborde pas encore trop la politique d’adoption de la Corée, ni ses conséquences, mais il entrouvre la porte. A lire dans la suite.

A lire absolument, que vous soyez concerné(e) par le sujet ou non.


Chronique rédigée par Spooky le 08/10/2007
 
 
Statistiques posteur :
  • 866 (80,26 %)
  • 70 (6,49 %)
  • 143 (13,25 %)
  • Total : 1079 avis
 

Ajout d'avis

 
  • Note du chroniqueur : 4,00 Note générale
  • Originalité : 3,50 Originalité
  • Scénario : 4,50 Scénario
  • Dessin : 4,50 Dessin
 
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Note moyenne de l'album : 4.00
Dépôt légal : Septembre 2007

Avis des lecteurs

4 internautes ont donné leur avis sur l'album BD Couleur de peau : miel, tome 1, lui attribuant une note moyenne de 4,00/5. La chronique BD ci-dessus est prise en compte dans le calcul de cette moyenne.

21 3 2011
   

Cette autobiographie s'entame avec la curiosité de quelqu'un qui veut savoir comment un enfant adopté depuis l'étranger vit les premiers évènements de sa vie, l'abandon, l'orphelinat, l'adoption, sa nouvelle famille, son nouveau pays, etc. Puis cet aspect documentaire laisse rapidement la place à la découverte d'une vraie biographie, le récit de la vie d'un jeune que ses traumatismes structurent, qui présente ses faiblesses, ses défauts, les moments heureux ou malheureux de sa vie. Et là où le lecteur croit par moment découvrir la vie banale de n'importe quel jeune un peu rebelle, il réalise que tout cela forme un ensemble et à quel point le fait d'avoir été adopté, d'être d'origine étrangère, de se sentir différent a conçu peu à peu l'état d'esprit du jeune Jung et la façon dont il diffère des autres de son âge.

C'est à la fois instructif et souvent touchant. Au départ, on ne comprend pas toujours pourquoi cet enfant puis cet adolescent peut avoir des réactions aussi rebelles, aussi réfractaires envers son pays natal, envers ses parents adoptifs, et finalement surtout envers lui-même. Et tout finit par s'expliquer, se comprendre doucement. L'aspect est parfois un petit peu moralisateur et quelques portes ouvertes sont enfoncées mais le récit est juste et même les évidences sont indispensables pour la bonne structure de ce récit intelligent et qui forme un témoignage intéressant et sincère.

21 3 2011
   

Quelle affreuse couverture ! Mais l’huître cache de temps en temps une très belle perle. C’est le cas ici.

On pourrait dire : « ce n’est que la biographie d’un auteur… ». Personnellement, j’ai décomposé en « bio-grave-vie » d’un auteur. Et ça correspond beaucoup plus à ce que j’ai lu et vu.
J’au lu l’aventure de la vie d’un gamin coréen abandonné à l’âge de plus ou moins cinq ans, son arrivée chez nous –en Belgique-, son adaptation, son « acclimatation » à nos normes d’européens.

Jung m’a bien fait ressentir ce premier déchirement, cette sorte de honte –ensuite- d’être un enfant adopté, cette gêne par rapport aux autres… ainsi qu’à lui-même.
Le début m’a étonné : le document d’adoption où il est décrit avec une précision assez malsaine, un document que l’on croirait réservé pour un animal de luxe. En plus, c’est véridique.
Puis c’est la vie, la seconde, où il intègre une autre culture.

Jung fait une sorte de partage de frère avec le lecteur. Il le laisse entrer dans ce qu’il est, l’accompagne au besoin, le guide d’une certaine façon. Il lui fait partager son incompréhension du début, cette peur qui tient aux tripes, ouvre son cœur à et sur cette vie déracinée, cette identité qu’il a perdue et la nouvelle qu’il s’est forgée.
Plus qu’une tranche de vie, c’est à une vie tranchée qu’il m’a été donné de lire, de voir, d’apprécier.
Abandon, identité, déracinement, enfance… quatre mots dont chacune des premières lettres forment le mot « aide ». C’est ce dont Jung avait (a ?) besoin. C’est ce qu’il a –bien- essayé de faire comprendre ici.

4 9 2008
   

Ce récit autobiographique de Jung ("Kwaïdan", "La Jeune Fille et le vent", "Okiya, la maison des plaisirs défendus", "La danseuse du temps") est une véritable réussite. Jun Jung-Sik, orphelin coréen adopté par une famille belge y scrute ses souvenirs d’enfance et se met complètement à nu.

L’auteur parvient à partager son sentiment d’abandon, son déracinement, ses rapports avec sa nouvelle famille et son intégration en Belgique en évitant de tomber dans le misérabilisme et le larmoyant. Au contraire, malgré le sujet touchant, le ton du récit est plutôt léger, souvent humoristique, voire ironique. De plus, en revenant sur les origines du conflit coréen et sur le grand nombre d’orphelins dans son pays d’origine, Jung insuffle un côté didactique intéressant à son récit.

Le dessin noir et blanc aux tons gris colle parfaitement au côté intimiste du récit, tandis que les visages ronds et expressifs soutiennent admirablement le ton léger qu’utilise Jung lors de ce témoignage honnête et touchant.