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Avis BD de Pierrizan
 

Avis BD de Pierrizan sur Corto Maltese


Note moyenne de Coin BD sur la série Corto Maltese Moyenne Coin BD : 3,90/5
Note moyenne de Pierrizan sur la série Corto Maltese Moyenne de Pierrizan : 4,17/5
 
Corto Maltese, tome 2 : La jeunesse
ajouté le 04/05/2007
Note de l'album : 3,50
Tome 2 : La jeunesse

C'est un tome bien particulier que ce livre ci.
C'est la découverte initiale de Corto Maltese (même si c'est loin d'être le premier ouvrage des aventures de Corto), de sa vie, de ses connaissances.
En couleur (l'un des 2 livres de la série seulement publié en couleurs avec "les Helvétiques"), c'est différent.
Et je dois dire, qu'avec ces essais d'aquarelle, Pratt s'en tire très honorablement, une fois plus avec style, son style, qu'il impose intelligemment.
En effet, pourquoi oser la couleur si ce n'est que pour "faire beau" ou faire "comme les autres"? Pratt, lui, fait différemment, à tel point que là encore l'on reconnaît sa patte.
Bonne note, donc, pour l'apparition de la couleur chez Corto.
Le dessin, en ce qui le concerne, est peut être un peu moins original que ceux de certains autres opus de la série.

Là où je suis plus circonspect, voire déçu, c'est pour le récit.
D'abord, Corto Maltese n'est qu'un prétexte, puisque le personnage principal du livre est Jack London, c'est lui que l'on suit.
Et Corto vient aussi après Raspoutine, beaucoup plus moteur que lui, ici.
De plus, on est loin des invitations au voyage, des moments de rêverie, des autres tomes de la série.
Qu'on se le dise, ce n'est pas une aventure de Corto Maltese, avec ses respirations, ses passages poétiques, ses inspirations et ses pauses.
Là, on est la plupart du temps dans l'action, et c'est plus convenu, moins original, moins caractéristique du "style Corto".

C'est moins puissant, moins essentiel, donc. Evidemment.

Note de l'album : 4,50
Tome 3 : Sous le signe du Capricorne

Chronologiquement le tome 3 des aventures de Corto Maltese est le second publié par Hugo Pratt après la Ballade de la mer salée.

Ca commence vraiment fort avec 2 aventures (le secret de Tristan Bantam, Rendez-vous à Bahia) qui nous transportent au gré des vents et des humeurs, entourés de sorcellerie bienfaisante.

On redécouvre notre personnage à l'aise dans tous les milieux, aventurier adaptable et rusé.

J'aime un peu moins "Samba avec Tir fixe" et "l'aigle du Brésil" qui restent cependant de grande qualité, ne vous y trompez pas. Mais c'est un peu moins onirique, un peu moins chaloupant, ça nous travaille juste un zeste en moins. C'est plus de l'Aventure comme on l'entend presque classiquement.

Mais le livre, avec "...et nous reparlerons des gentilshommes de fortune" et "à cause d'une mouette" se termine en beauté.

C'est vraiment particulier de lire "Corto". Cette ambiance, ce ressenti, on ne le trouve presque pas ailleurs. On prend le temps de lire, de vivre, l'ouvrage nous impose son rythme. Subir autant, moi je ne demande que ça. Avec cette série, je ne suis pas déçu.

(Toujours et encore: à lire en noir et blanc, par pitié ! -afin de savourer dans toute sa splendeur le dessin de Pratt).

Note de l'album : 4,50
Tome 4 : Corto toujours un peu plus loin

C'est vraiment quelque chose de doux, de particulier, de savoureux.
Avoir dans la même histoire ce mélange entre le réel et l'imaginaire, ces moments mixés de folie ou de sorcellerie.
Lire un Corto Maltese, c'est se plonger dans un autre monde, au rythme étrange, hors du temps, de sa vitesse et des repères convenus.

Ce très bon épisode ne trahit pas sa catégorie, et offre un repos, une pause ailleurs, un coin de rêve.
Les 5 histoires, de qualité à peu près égale (avec pour ma part une prédilection pour "Vaudou pour Monsieur le Président" et "La lagune des beaux songes") sont un délice pour l'esprit, avec des dialogues profonds et des images intenses.
Ah, le coup de crayon d'Hugo Pratt ! Ses noirs et blancs sont des cadeaux extrêmes, des rayonnements de soleil, des rendez-vous de bonheur.
Ses décors, ses personnages aussi, à la fois caractères et représentations.

Il faut du temps, du calme, de la durée.
Avec tout ça, vous pouvez entamer la lecture des récits du marin malais, philosophe des espaces de découverte.
Et vos pensées feront le reste.

Note de l'album : 5,00
Tome 5 : Les Celtiques

C'est pour moi une des meilleures BD que j'ai lues.
Je trouve les histoires fascinantes, avec un esprit de songe, de rêverie ou d'intrépidité allant jusqu'au danger ultime : le jeu avec la vie.

Les personnages sont très bien cadrés, et ils expriment un réel sentiment, par leurs attitudes, leurs propos ou leurs actes.
Les dessins (en Noir et Blanc surtout !!!) d'Hugo Pratt sont fantastiques de rendu et d'émotion: c'est vivant et ça fait vibrer.
Une sensation de bien être me rejoint à chaque lecture de ce Tome, et y sont présentes certaines des plus belles pages de Corto Maltese (Songe d'un matin d'hiver, l'histoire IV en particulier).
Côté action, il y a ce qu'il faut mais pas plus : une merveille vous dis-je ! ( un chef d'oeuvre ? ).

Une remarque pour terminer : qui chez Casterman a choisi de remplacer les couvertures stylisées (et somptueuses) des années 1980-1990 par d'immondes colorisations au dessin modernisé, mais nettement moins fini et sans âme ? Un gâchis, une trahison, un scandale ! (Heureusement, je possède les anciennes versions).

Note de l'album : 3,50
Tome 6 : Les Ethiopiques

C'est un vrai livre d'aventure. Pourtant, pour moi, Corto c'est aussi (et surtout ?) un livre d'histoires.

Ici, on est dans l'action, il y a des morts, des combats.
Corto a moins le temps de s'épandre sentimentalement ou de se laisser aller à ses formidables rêveries, au ton poétique.
C'est un peu dommage, évidemment, et ce n'est donc pas un des meilleurs ouvrages de la série.

Ca se consulte cependant avec saveur, car les caractères et les hommes sont exprimés avec tant de justesse qu'on sent que ça sonne vrai.
Hugo Pratt, par ses peintures exactes des actions et des tentations humaines, nous propose à chaque lecture des aventures du héros maltais une découverte ethnologique de notre espèce. Et une découverte de nous mêmes quelque part avec.

(Pour le dessin, rien a rajouter: c'est tellement vrai que c'est ce qu'il faut rendre: tout y est, rien de trop, exactement).

Note de l'album : 4,50
Tome 7 : Corto Maltese en Sibérie

C'est certainement le plus beau récit des aventures de Corto Maltese.
Le plus fouillé sans doute, et le plus documenté.
On y découvre avec délice la Chine et la Russie de l'époque, et leurs combattants, ainsi que les moyens mis en oeuvre.
Le lecteur est immergé dans cette atmosphère pendant toute la durée du livre, et avec lenteur, on se précipite avec les héros dans l'action.
Corto et Raspoutine se correspondent à merveille et l'appui de Changaï Li, jeune fille des "Lanternes rouges" (une société secrète) apporte une touche différente, de cruauté, de féminisme, mais de caution locale, surtout.

Pour le dessin, en noir et blanc, Pratt est extraordinaire, et nous propose des vues de type cinématographique: des plongées, des contre plongées, des gros plans avec travelling, ou presque. La qualité de ses noirs est une marque maison, sans concession, noir et blanc, et pas d'intermédiaire gris mièvre.

Ce qui manque quand même dans cet ouvrage, et qui l'empêche pour moi de s'élever au dessus d'autres, malgré sa richesse (que de trouvailles pour ces histoires, que d'originalité) et sa variété (personnages et lieux, pauses et actions) c'est l'appel au temps nécessaire à la rêverie.
Il manque cette dimension pensive, cette flânerie qui fait la force de récits comme "les Celtiques", "Fable de Venise" ou "Sous le signe du Capricorne".

Ici, c'est plus frénétique, davantage aventureux, ça foisonne de héros, de caractères, mais moins de songes.
Un autre style donc, correspondant mieux au cinéma, et, si c'est CETTE histoire qui a été choisie originellement pour le grand écran (dessin animé) ce n'est nul hasard, mais une affinité.

Note de l'album : 4,50
Tome 8 : Fable de Venise

Il s’agit du Tome le plus connu de la série Corto Maltese (avant que le film d’animation ne mette en avant Corto Maltese en Sibérie). C'est mérité.

C’est vraiment un très bon ouvrage, avec une histoire au rythme assez lent dans laquelle on rentre de plus en plus au fur et à mesure des pages (comme dans chaque livre de cette série d’ailleurs).

Le scénario est subtil, navigant sans cesse à la limite entre le réel et l’imaginaire, le présent et l’Histoire. Les personnages ne sont pas absolus : ils naviguent souvent avec leurs contradictions.

Le dessin noir et blanc d’Hugo Pratt complète à merveille cette atmosphère si particulière dont on ressort à chaque lecture avec des traces.

J’ai aussi bien aimé au début de l’ouvrage le récit de sa jeunesse à Venise par Hugo Pratt.

Et puis, c'est le Tome favori de mon ami Thierry, spécialiste de Venise, alors ....

Un « Corto Maltese », ce n’est pas innocent, ça marque.
Ici, c’est un très beau tome du genre.

Note de l'album : 4,00
Tome 9 : La maison dorée de Samarkand

C'est vrai que cet album est surprenant, que l'action revient sur elle même, lente, et que les personnages viennent et reviennent: ils sont passés par ici, ils repasseront par là...
C'est un vrai "Corto", n'en doutons pas, par la langueur de son action et par la félicité qu'elle dégage, par le désintéressement et le renoncement, par l'inexorable portée du destin, et de la mort comme une façon de vivre.
Raspoutine est énorme, ici, et on ne sait quelle part il faut donner à sa folie, et quelle autre accorder à sa roublardise, car il est rusé le bougre !
Corto Maltese lui, en marin perdu dans ces contrées lointaines, gère tranquillement, et joue de sa ressemblance avec un combattant terrible, tout en sachant le danger de ce double visage.
Les dessins, parfois, semblent un peu bâclés, inachevés presque, page 110, mais peut être que Pratt change simplement de forme.
Par ailleurs, d'ailleurs, il nous donne des illustrations fameuses (des ombres, des mélanges de dessins et de textes).
Bref, nullement ce livre ne dépareille la série. Mais il n'est pas simple d'accès, je le concède.

Allez y, prenez le temps et téléportez vous pour pas cher, de chez vous vers la quête de trésor.
D'absolu surtout...

Corto Maltese, tome 10 : Tango
ajouté le 27/05/2007
Note de l'album : 3,50
Tome 10 : Tango

C'est une histoire en dialogues. Avec du texte, beaucoup. Trop.
C'est une intrigue autour des intérêts de chaque camp, au moment où les jeux se redistribuent.
Corto est assez passif dans ce tome, hormis une bagarre, et j'étais à la limite de le considérer comme agissant à la "Nestor Burma", enquêteur aléatoire, ou instinctif.
J'ai eu l'impression que Pratt reconstituait la maille des anciennes relations de Corto, et qu'on s'en tenait là, moi proie de l'araignée dans cette toile ainsi tissée.
Car ce livre, c'est mon sentiment, n'avance pas et pire, ne mène nulle part.
Je me suis senti lassé, fatigué de cette histoire qui traîne en longueur, exploitant mal ses quelques bonnes idées (la lune, les moyens de transport, les regards). On est loin des propositions fantastiques de la série, des récits au bord de l'absurde (conçu positivement) où la solution sort des âmes.

Ca manque de rêve, de projection du possible vers le probable, et c'est verbeux, trop.
Je n'ai pas trouvé mon compte dans ce livre qui, heureusement, est sauvé par des dessins noirs et blancs d'une profondeur magique.
Là, j'ai retrouvé la patte du maître Pratt, et c'est en observateur des cases, à travers mon manque, essayant de le surpasser, que je me suis pris à la songerie.
Et que j'ai atteint le bout du monde des regrets.