
Corto Maltese est assurément un monument de la bande dessinée. Mythique. Je ne peux commencer cette critique sans parler de la façon dont j'ai abordé la série, même si les avis sur CoinBD poarlent avant tout d'un tome particulier. J'ai personellement lu les premières aventures de Corto dans "Pif Gadget", mais je ne crois pas que "La ballade" en fasse partie. J'ai tout de suite été fasciné par le personnage, un grand type mince mais vachement costaud, sachant se battre, et surtout extrèmement flegmatique. J'ai longtemps cru qu'il était Anglais, avant de réaliser que son origine était fournie par son nom, que j'avais pourtant sous les yeux depuis le debut. Alors Maltese, c'est un surnom ? Et si oui, quel est son vrai nom ? Nul ne le sait, me semble t-il.
La ballade de la mer salée est une aventure épique, pleine de rebondissement, de personnages mystérieux, et surtout complexes. Le titre déjà est mystérieux, la plupart des mers sont salées, pourquoi insister là-dessus ? D'autant plus que des les premiers mots, c'est l'Océan Pacifique qui prend la parole, et tout bon marin sait qu'il y a une grande différence entre une mer et un océan. Et puis rapidement, on fait la connaissance avec les quatre personnages principaux de cette histoire : Raspoutine, Corto, Caïn et Pandora. Rien que l'étude du nom de ces deux enfants pourraient conduire à une dissertation de plusieurs pages.
Plusieurs pages, c'est justement ce qui nous attends dans cette lecture, 162 pages d'intrigues et d'aventures, dont le personnage central, "le moine", ne sera démasqué qu'au dernier moment. 162 pages sans préliminaire, introduction, présentation ou quoi que ce soit d'autre. On entre dans le récit comme propulsé par un boulet de canon, on y trouve des informations d'une page à l'autre, on essaie de cerner la psychologie et le caractère de Raspoutine et de Corto, et de tous les autres.
"Corto Maltese" est réputée être une BD de recherche intérieure et d'introspection. En fait Corto se cherche continuellement au fil de ses aventures, ce qui doit amener le lecteur a en faire autant. Mais c'est aussi une BD d'évasion, avec des dessins magnifiques, disponibles en noir et blanc ou en couleur, selon les versions. Pour ma part, j'ai préféré le noir et blanc, d'une part parce que c'est ce à quoi j'ai été habitué dans les années 70, et d'autre part, je trouve que ça rend mieux. Un peu comme un film qui était en noir et blanc à l'origine et qu'on a colorisé, je ne trouve pas le résultat très beau. Bref, chacun ses goûts, j'ai préféré quand à moi acheter la collection "Corto Maltese en noir et blanc", sans doute plus fidèle à l'original.
Je ne suis pas sûr qu'il soit la peine de vous convaincre que cet album est extraordinaire et qu'il faut le lire. Tout le monde a entendu parler de Corto Maltese de Hugo Pratt, et vous devez certainement faire partie de ceux qui ont déjà une opinion. Sachez que la mienne est faite : je suis fan.

Alors, je vais vous donner mon avis, cet album est une fumisterie. En fait ça ne peut interesser que des passionnés qui veulent avoir l'intégralité de l'oeuvre. En ce qui me concerne, je suis bien obligé d'acheter cet album, puisque c'est le tome 1 de la série "Corto Maltese en noir et blanc". A quoi ça ressemble si j'ai tous les tomes de 2 à 12, et pas le 1 ?
Oui mais voilà, dans ce tome, il y a six pages de baratin avant qu'une vraie histoire ne commence. Tour de force de la mise en page, d'un titre imprimé deux fois sur une page de droite laissant blanche la page de gauche, d'un dessin qui s'étale on ne sait pourquoi sur deux pages, l'histoire en question ne débute qu'à la page 13. La première apparition de Corto dans cette histoire est page 38, on le reverra en page 42, et la fin de l'histoire est page 45. Enfin, les pages 47 à 51 sont consacrées à une histoire au crayon, en Italien, avec une page de traduction finale des testes des bulles. Et puis c'est tout.
Si je ne connaissais pas Corto Maltese depuis les années 70 dans Pif-Gadget, je pense que mon envie de lire la série s'arrêterait là. Quelle honte.
Oui bien sur, on nous explique que tout ça n'est que le début d'une grande histoire à la mesure des autres tomes, commencée par Hugo Pratt dans "Le matin de Paris" entre Aout 81 et Janvier 82. Et à cause d'un désaccord entre l'auteur et les éditeurs, la série est abandonnée. Entre nous soit dit, pour un quotidien ça fait 150 jours de parutions environ, tout ça pour 32 pages, ça fait pas beaucoup. Ou alors une page chaque semaine ? Ouais, bon, enfin bref.
En tout état de cause, je reproche à l'éditeur de nous vendre ça comme un vrai "Corto Maltese", alors qu'en fait Hugo Pratt l'a abandonné en cours de route, donc on ne saura jamais la fin. On a en fait une histoire de Raspoutine et de Jack London, et puis c'est tout. Et c'est vendu comme un album normal, c'est honteux. J'ai même pas envie de parler du scénario, qui est forcément très simple, vu que ce n'est que le début, et des dessins qui sont déjà dignes de toute la série. Pfff, ça m'ennerve trop.
Si vous savez resister à l'appel des sirènes, n'achetez pas. Et surtout, surtout, si vous voulez découvrir Corto Maltese, ne commencez pas par celui-là.

Après une magnifique histoire dans l'océan pacifique, entre l'Australie et l'Amérique du sud, Hugo Pratt nous emmène sur l'Océan Atlantique, en Guyanne Hollandaise principalement. C'est là que Corto Maltese rencontre Jeremiah Steiner, avec lequel il va s'engager à la recherche du trésor du pirate Baracuda touche-à-tout, qui excite d'ailleurs la convoitise de plusieurs autres aventuriers et aventurières, et notamment Raspoutine. Nous ferons aussi la connaissance de Rose Bouche Dorée, qui reviendra plus tard dans d'autres albums, sans parler de toute une galerie de personnages, gentils ou méchants : Tristan Bantam, sa soeur Morgana, le sergent casse-machoires, Jésus-marie, Soledad Lokäarth, Tir fixe, on ne peut pas tous les citer. Ce qui est extraordinaire, c'est qu'ils ont tous une vraie personalité, des buts, un caractère, ce qui donne bien évidement une dimension profonde à l'histoire, et on y croit presque.
L'histoire justement, s'étale en six épisodes, et il serait trop simple de penser qu'ils sont indépendant. Chacun commence là ou le précédent a fini, chacun contient un détail issu du précédent, et même on y trouve une allusion à la Balade de la mer salée, lorsque le Shaman dit à Corto : "Je ne te connais pas, mais je peux te parler d'une cicatrice dans ta main que tu t'es faites avec le rasoir de ton père parce que tu trouvais ta ligne de chance trop courte ..;". C'est un bon clin d'oeil.
Les dessins, en noir et blanc, sont toujours aussi beaux, avec ce soucis du détail qui n'appartient qu'à Pratt. Fuyez les éditions couleurs, et méfiez vous aussi : dans certaines éditions de Corto Maltese, les six histoires ont étés séparées en deux groupes de trois, les trois premières dans un album intitulé "Suite Caraïbéenne" et les trois dernières dans un album appelé "Sous le drapeau des pirates".
Voilà donc une histoire exceptionelle, racontée et dessinée par un maître, vécue par l'aventurier le plus charismatique de toute la BD Franco-Belge, courrez l'acheter.

Quatrième tome des aventures de Corto Maltese, toujours autant de bonheur de lecture si on oublie la déception du tome 1 - n'en parlons plus. Je trouve d'une part que les cinq histoires dans cet album s'enchainent vraiment les unes aux autres, c'est en fait une grande aventure. Le découpage en cinq chapitres n'y change rien. Et même, je dirais que c'est la suite et la fin du tome précédent, puisqu'on y retrouve des personnages importants, tels que le professeur Steiner ou Bouche dorée. On va même faire la connaissance de Levi Colombia, qui va devenir un personnage récurent, et surtout de la meurtrière Venexiana Stevenson, qui va rester longtemps l'ennemie acharnée de Corto Maltese. Bref un tome indispensable pour la saga.
Mon histoire préférée est certainement la "lagune des beaux songes", ooù l'histoire oscille perpetuellement entre le réel et l'imaginaire avec une grande force de scénario. Plus tard, Hugo Pratt renouvellera le thème du mélange entre rêve et réalité, mais, à mon avis, sans parvenir à la hauteur de la qualité de cet épisode. Et que dire des dialogues : "Toi et moi n'avons pas le droit de changer l'ordre des choses; si cet homme est mort, c'est qu'il devait en être ainsi ..."
Il y a pourtant quelques petits ratés dans cet album qui m'empêchent de lui mettre la note maximale. Certains passages sont trop compliqués, avec peu ou pas assez d'explication sur les raisons des rebondissement du scénario. Trop de personnages sont là au trop bon moment, sans que l'on sache pourquoi, par exemple. Et j'ai trouvé aussi que certains artifice de facilité sont utilisés abusivement, comme dans le début de "La conga des bananes", où l'essentiel des dialogues est tenu par des tueurs dont on ne voit que le canon du pistolet sur plusieurs cases. Au départ c'est pas mal, on a l'impression que ce sont les armes qui parlent, mais au bout d'un moment c'est exagéré. D'autant plus que lorsqu'on est en planque pour guetter une future victime, on évite de faire autant de bruit. Et enfin, à quatre, bien armés, rater un type dans une ruelle étroite, qui lui par contre descend un par un ses adversaires, je trouve ça gros.
"Vaudou pour monsieur le président" ne m'a pas convaincu non plus, alors qu'à l'inverse j'ai beaucoup aimé "Fables et grand-pères". Malgrè tout, de très beaux dessins, une ambiance unique, un très bon moment de lecture, sont le résumé de ce que vous pouvez éprouver avec ce tome.