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"Choker" prend à la gorge dès sa couverture. Crâne rasé, piercing à tous les étages, moue de celui qui commence à trouver très inconfortable de se faire serrer le cou par une main gantée, sur un fond rougeâtre de sang crasseux : le personnage qui orne la devanture de l'album donne une impression assez juste de l'histoire. Vous n'aviez pas envisagé de l'offrir à votre petit dernier ou à votre chère tante Agathe ? Ne comptez pas sur nous pour vous donner tort.
On est quelque part entre "Blade Runner", "Se7en" et "Kick-Ass". Ambiance futuriste désespérée comme dans l'oeuvre de Riddley Scott, avec pas mal de belles idées qui donnent corps à l'univers imaginé par Ben McCool. "Ville pourrie, monde de merde" titre le premier chapitre qui pourrait résumer la position du brillant thriller de David Fincher. Et pour "Kick-Ass", le parallèle tient au côté violent, déjanté et iconoclaste qu'on retrouve aussi dans "Choker". On pense aussi à des BD comme "Powers" ou à d'autres titres de Bendis tant les dialogues de Ben McCool sont savoureux, crus et cinglants à souhait.
On pourrait multiplier les références mais "Choker" réussit l'essentiel : se montrer convaincant et happer le lecteur dès ses premières planches. L'ambiance est vraiment bien mise en place, on aime suivre ces personnages auxquels on cherche des qualités tout en appréciant de voir leurs failles impitoyablement exploitées par un scénario noir. On regrette un peu que la deuxième partie de l'album verse un peu trop dans le trash et dans la surenchère ; Ben Templesmith abuse par ailleurs des effets informatiques, au risque de rendre certaines cases peu lisibles. Mais l'ensemble a ce côté transgressif et profondément réjouissant des œuvres qui donnent un bon coup de pied dans la fourmilière (allez, une dernière référence : les lecteurs de "Preacher" devraient aimer "Choker").
A ne pas mettre entre toutes les mains, mais à recommander à de nombreux lecteurs de comics qui devraient tomber sous le charme !
2 internautes ont donné leur avis sur l'album Comics Choker, lui attribuant une note moyenne de 3,50/5. La chronique BD ci-dessus est prise en compte dans le calcul de cette moyenne.
On le sait, Templesmith est un des papes du comics underground. Son truc, c'est les ambiances glauques ("Silent Hill"), les drôles de créatures ou monstres ("Hellspawn", "Wormwood", "30 jours de nuit"), les polars façon darkness ("Fell", "Bienvenue à Hoxford"), où les flics sont bien déjantés ("Criminal Macabre").
"Choker" réunit tous ces thémes. On n'est donc pas en terrain inconnu, loin de là. Avantage et inconvénient. Pour celui qui ne connaît pas encore le graphiste australien, c'est la petite claque assurée. Son trait et la composition de ses planches sont reconnaissables entre mille, avec ses tonalités de couleurs crados et contrastées (du rouge/orange des enfers aux bleus et verts froids et inquiétants). Pour ceux qui sont des habitués de ses productions, ils retrouveront avec plaisir son visuel idoine pour tranposer la folie et la violence urbaine...
Côté scénar', c'est un polar noir classique et bien ficelé. Je ne dévoilerai pas ses éléments, mais tous les bons poncifs sont réunis pour envoyer du lourd et du pas fin, émaillé d'un humour noir qui va bien.
Bref, c'est tout sauf révolutionnaire, mais ça se lit super bien. Ce que j'appelle "un petit classique d'une série B pleinement assumée". Si ce genre de trip vous tente, allez-y tranquille, vous passerez un bon moment...