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Charly 9
 

Charly 9

 
 

Résumé

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Planche de Charly 9Dès le titre, une irrévérencieuse distance met en garde l'amateur d'histoire. "Charly 9" est une bande dessinée adaptée du roman de Jean Teulé, consacré au roi de France qu'Alexandre Dumas a déjà mis en scène dans son roman "La reine Margot". En n'appelant pas Charles IX par le nom qu'on utilisait à l'époque, Teulé puis Guérineau en font un personnage tragi-comique, un jeune homme totalement dépassé par les événements politico-religieux que sa mère fomente en le manipulant d'une manière odieuse.

Les guerres de religion qui ont secoué la France au XVIe siècle sont un élément assez fascinant de notre Histoire, qui témoigne de la faculté française à s'entre-égorger que nos contemporains ont toujours tendance à associer à l'Afrique (le génocide au Rwanda) ou à des civilisations lointaines ou anciennes (voire les deux, ce qui éloigne encore le danger). Le 24 août 1572, la Saint-Barthélémy voit le massacre des protestants orchestré par l'Etat français, auquel le futur Henri IV échappa pour que son destin d'assassiné puisse s'accomplir plus tard. Monté sur le trône à l'âge de dix ans en 1560, suite à la mort accidentelle de son frère François II, Charles IX s'intéressait davantage à la chasse et aux lettres qu'à l'exercice du pouvoir. L'Histoire retient surtout de lui le terrible massacre de milliers de protestants qui a lieu durant son règne : c'est de cela que Guérineau, suivant Jean Teulé, est parti.

On se demandait ce que tout cela allait donner en bande dessinée. On aurait facilement pu verser dans l'académisme, ou dans la compassion distanciée. En oscillant entre l'humour et le tragique, entre le drame et la narration récréative (comme ce passage où Charles IX est dessiné façon Peyo dans "Johan et Pirlouit"), "Charly 9" déjoue les pronostics et propose un objet assez inhabituel. Ni pleinement historique, ni roman graphique, ni comédie, l'album brouille en permanence les cartes mais séduit par l'aisance avec laquelle il passe d'un genre à l'autre. Les différents passages, parfois très courts, forment un tout très convaincant.

Guérnieau a donc bien réussi son adapatation. Le dessinateur du "Chant des Stryges" et du one-shot "Après la nuit" (qu'on vous recommande) joue pour la première fois les hommes-orchestres en étant à la fois scénariste dessinateur et coloriste. Il s'en sort avec les honneurs, parvenant à conserver le ton humoristique de Teulé tout en intégrant le média BD à part entière.

L'album donne envie de lire le roman. C'est suffisamment rare pour être noté. "Charly 9" s'adresse à un lectorat bien plus large que celui des amateurs d'Histoire : on vous invite donc à découvrir cet album original et marquant.


Chronique rédigée par Jean Loup le 27/11/2013
 
 
Avis de :Une excellente BD ! Note de l'album : 4,00
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Statistiques posteur :
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Ajout d'avis

 
  • Note du chroniqueur : 4,00 Note générale
  • Originalité : 4,00 Originalité
  • Scénario : 3,50 Scénario
  • Dessin : 4,00 Dessin
 
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Note moyenne de l'album : 3.70
Dépôt légal : Novembre 2013

Avis des lecteurs

5 internautes ont donné leur avis sur l'album BD Charly 9, lui attribuant une note moyenne de 3,70/5. La chronique BD ci-dessus est prise en compte dans le calcul de cette moyenne.

Agecanonix :Un bon moment de lecture ! Note de l'album : 3,00
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16 2 2017
   

N'ayant pas lu le roman de Jean Teulé dont il est adapté, je ne sais pas s'il est plus ou moins fidèle, mais je sais que Teulé a dit à Richard Guérineau de se débrouiller ("C'est ton bouquin, tu en fais ce que tu veux", ai-je lu quelque part). Guérineau s'en est donc donné à coeur joie tout en s'appliquant à donner vie, folie et agonie à ce roi Charles IX, qui de tous les Valois, est probablement l'un des plus mauvais souverains ayant gouverné la France, qui plus est dans une situation critique.

Roi chétif, souffreteux, déséquilibré (comme tous les enfants de Catherine de Médicis), faible et dominé par sa mère, il reste dans l'Histoire pour être celui qui a ordonné le massacre de la Saint Barthélémy, ordre arraché par sa terrible mère à travers lequel elle régna et qui ne fut pour elle qu'un pantin. Rongé par le remord et la tuberculose, il mourra 2 ans après ce funeste 24 aout 1572, à l'âge de 23-24 ans.

Je ne m'attendais pas à trouver dans cet album une véracité historique absolue, d'autant plus que je connais très bien cette période, ayant beaucoup lu dessus, mais au final, je fus agréablement surpris de constater que Guérineau conserve une ambiance historique conforme avec de nombreux détails réels (le début de l'année qui commence au 1er janvier, la tradition du poisson d'avril...), des mots historiques célèbres jugés parfois vrais ("Tuez-les tous pour qu'il n'en reste pas un pour me le reprocher") ou apocryphes ("Le corps d'un ennemi sent toujours bon"), ou encore des allusions aux poésies de Ronsard ("Mignonne, allons voir si la rose...").

Par contre, je doute que Charles IX étripait des lapins dans sa chambre et dans les couloirs du Louvre, mais les personnages sont également conformes à leur image (Coligny, Catherine de Médicis, Marie Touchet...), et surtout ce qui est intéressant, c'est que l'on suit une progression dans la folie de Charles ; suite à la nuit de la Saint Barthélémy, cette culpabilité le ronge, et ses crises sont de plus en plus bizarres, cet aspect est bien retranscrit dans un ton picaresque et parfois délirant, en plus avec un dessin remarquable et soigné qui hésite entre le réalisme et le caricatural, tout en respectant décors et costumes. Seul le parti pris adopté par Teulé qui est d'utiliser un ton et un vocabulaire très actuels, et que Guérineau conserve, détone un peu parfois dans ce XVIème siècle, et je n'aime que modérément cette formule.

Je trouve d'autre part, que le petit format choisi n'est pas l'idéal pour cette Bd qui aurait gagné à adopter le format Delcourt normal pour mettre en valeur le dessin et les cadrages.
Autre source d'étonnement : Guerineau opte pour quelques expérimentations graphiques avec ces passages imitant les graphismes de Peyo et Morris ; franchement, je ne vois pas trop l'utilité d'une telle fantaisie, car retrouver Lucky Luke dans ce type de bande, et du Peyo n'est pas très heureux, ce procédé provoque des ruptures graphiques qui cassent un peu le rythme de la lecture, ça surprend et ce n'est guère adéquat ici, alors que ce serait plus sûrement bienvenu dans une Bd humoristique. Certains lecteurs ont l'air de trouver ça amusant, mais personnellement, ça ne m'a plu qu'à moitié.. Le final avec la mort du roi dans un graphisme plus stylisé alliant rouge et gris, est par contre bien adapté.

Voici donc une Bd qui relate les derniers jours d'un roi incompétent de façon atypique et outrancière, prouvant que Guérineau peut réaliser un travail original et intéressant sans avoir besoin d'un scénariste derrière lui, et livrant sa vision du sujet qui rappelons-le, n'est qu'une interprétation, car j'ai lu à droite à gauche que beaucoup ont appris des trucs sur ce roi ; on est pourtant bien d'accord que cette Bd n'adopte pas un point de vue encyclopédique, elle vise avant tout à divertir en utilisant un fond historique réel ; pour avoir une vision historique plus sérieuse, il faut aller lire d'autres Bd focalisées sur le sujet.

11 9 2014
   

"Un mort ?" Ainsi commence cet ouvrage. Cette question, c'est celle que pose Charles IX à sa mère Catherine de Médicis lorsqu'elle demande son accord pour faire assassiner un protestant. De proche en proche, les unités deviennent des dizaines, puis des centaines puis des millers pour arriver en page 12 à l'évocation de 20 000 morts, voire des centaines de milliers sur tout le territoire. Charles IX n'aura pa su dire non à sa mère, et la nuit de la Saint-Bathélémy sera à peu près la seule chose que l'on retiendra du règne de Charles IX, qui à 22 ans, devient l'un des roi les plus sanguinaires et terrifiants de l'Europe de cette époque. Si le massacre en tant que tel est traité dans cet ouvrage par une seule page pudiquement noire, l'album se concentre sur les suites de cette décision sur le roi Charles IX. Un roi que l'on tente de réhabiliter mais dont chaque décision semble avoir conduit à une catastrophe, comme par exemple cette décision de faire commencer l'année le 1er janvier, et non plus en avril... Un roi atteint de fragilité mentale, mais qui sait accompagner les arts, et notamment Ronsard, et les sciences, et plus particulièrement le premier chirurgien de l'histoire de France, Ambroise Paré. Un roi également touché par un mal incurable, qui lui fait suer du sang : pour lui, un juste retour des choses, une façon de laver celui qu'il a sur les mains.

Ainsi, au travers de cette vingtaine de chapitres, ce n'est pas tant le sanguinaire que l'on découvre, mais la personne qui tombe peu à peu dans la folie à mesure que son état physique se dégrade, un état que tout le monde impute à la décision sortie de sa bouche mais pensée par sa la très catholique Catherine de Médicis. Ce parti pris n'est pas inintéressant : sans renier le massacre, sans faire passer les guerres de religion au deuxième plan, sans excuser en aucune manière, le récit s'attache à la découverte de l'homme. Et finalement, je pense avoir appris deux trois petites choses, ce qui est toujours cela de pris. "Pense" parce que l'on a du mal à distinguer ce qui relève de l'histoire et ce qui est de la pure fiction. Une sensation étrange appuyée par quelques essais graphiques qui font moins sérieux (comme cette représentation du roi en Lucky Luke), alors que la grande majorité est traitée avec soin, avec cette modernité qui étrangement n'est pas incompatible avec la période historique décrite.

Il manque parfois de liant entre les différentes époques décrites, il y a cette déchéance physique qui peut sembler bien rapide alors que le roi n'a vieilli que d'un an, il y a ce jeu de pouvoirs orchestré par Catherine de Médicis qui n'est pas assez marqué... Quelques manquements qui n'obèrent pas vraiment l'intérêt historique, et de mémoire, que propose cet ouvrage.

24 2 2014
   

Défense ou attaque envers Charles IX ?
Je n'ai pas lu le roman original de Jean Teulé mais la BD est géniale !
Des dessins plutôt dans le thème, une histoire très bien rythmée, on le lit d'une traite !

Mais l'opération la plus intelligente de cette album, c'est la couleur. Oui, la couleur est incroyable. Elle nous plonge tout de suite dans une certaine ambiance. Exemple : quand il y a eu un massacre et qu'il y a des corps morts, toute l'ambiance est rouge. Le visage des personnages, le ciel.. Tout est rougi.
Ce sont tout un tas de bonnes idées comme ça qui font que j'ai aimé l'album !

7 12 2013
   

Après "Je, François Villon", "Le Montespan" et "Le magasin des suicides", "Charly 9" est la quatrième adaptation en bande dessinée d’un roman de Jean Teulé. Charly 9 est le surnom donné par Jean Teulé à Charles IX dans la biographie romancée qu’il consacre à ce roi de France resté tristement célèbre pour avoir ordonné le massacre de la Saint-Barthélemy, le 24 août 1572.

Dans ce récit qui mêle habilement horreur et grotesque, Richard Guérineau (« Chant des Stryges ») raconte les deux dernières années du jeune monarque, de la nuit de la Saint-Barthélemy jusqu’à sa mort au château de Vincennes. Découpé en vingt courts chapitres, l’album accompagne cet homme qui sombre progressivement dans la folie, rongé par la culpabilité d’avoir donné l’ordre de tuer des milliers d’innocents sous la pression de ses conseillers et de sa mère, Catherine de Médicis. S’appuyant sur les rumeurs de l’époque et multipliant les anecdotes, comme celle du poisson d’avril ou du muguet du premier mai, l’auteur accompagne les émotions de ce personnage parfois euphorique et souvent dépressif, qui s’avère incapable de gérer la pression et qui croule sous le poids des responsabilités. La mise en images de cette déchéance progressive est assez classique, mais l’auteur surprend en variant les styles en cours de récit, tout en rendant hommage à quelques grands noms du neuvième art, tels que Peyo (avec une revisite de sa célèbre série Johan et Pirlouit) ou Morris (avec une reprise de la couverture de « Western Circus »).

Une très bonne surprise !