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Après le très remarqué "Bottomless Belly Button", Dash Shaw propose une bande dessinée hors normes, d’abord publiée en feuilleton sur le web.
L’histoire se déroule en 2060, dans un lycée américain isolé du reste du monde. Boney Borough est une bourgade paisible rythmée par l’ennui … jusqu’à l’arrivée du professeur Paulie Panther, expert en psychotropes. Chargé de remettre à jour l’encyclopédie en douze volumes sur les effets hallucinogènes de la flore d’Amérique du nord, ce botaniste rebelle est venu tester les effets d'une nouvelle plante découverte dans les bois du campus. Ce newyorkais suicidaire et borderline va venir perturber le calme et l’équilibre de cette petite communauté bien tranquille.
A travers les effets télépathiques de cette plante qui permet de ressentir les sensations et les pensées d’autrui, Dash Shaw va explorer l’univers des sens. Au fil des tafs, le délire psychédélique s’accentue et passe sans problème d’une expérience extraterrestre à grande échelle à une partouze sensorielle géante. Malgré le ton décalé et les délires hallucinogènes, le lecteur ne perd cependant jamais le fil de ce récit finalement pas si inaccessible que ça.
A l’instar du travail de Chris Ware sur l’excellent "Jimmy Corrigan", Dash Shaw propose un format à l’italienne et une expérimentation formelle surprenante. Si l’on retrouve des fiches de personnages, des modes d’emploi et un plan du campus qui permet de suivre le déplacement des personnages de manière interactive, le sens de lecture vertical, qui oblige de tourner cet album de près de 400 pages sur 90°, n’est pas vraiment confortable. Mais bon, le délire visuel proposé par l’auteur vaut bien un petit effort physique. Tout en proposant une ambiance psychédélique, l’auteur retranscrit à merveille les trips télépathiques et parvient à faire passer les émotions en superposant les silhouettes et en faisant en sorte que la forme épouse constamment le fond.
Ce produit hallucinogène est sélectionnée au prochain festival d’Angoulême et son dealer se nomme Dargaud, bonne défoncé !
2 internautes ont donné leur avis sur l'album Comics Body world : Body World, lui attribuant une note moyenne de 4,25/5. La chronique BD ci-dessus est prise en compte dans le calcul de cette moyenne.
Body World se démarque des lectures classiques par un sujet étonnant et un traitement original de la narration tant au niveau graphique que concernant les couleurs.
Dans une Amérique plus ou moins futuriste, après une guerre imaginaire, une communauté urbaine s'est coupée du monde en prenant la forme d'une bourgade bien américaine quoique entourée de forêts et particulièrement attachée à la nature. Suite à la découverte d'une plante inconnue, c'est un personnage bien singulier qui va être appelé à se rendre à Boney Borough pour étudier le végétal : Paul Panther est en effet botaniste mais surtout expert en drogues en tous genres, complètement asocial et toxicomane lui-même. Son arrivée, non contente de semer le trouble dans une communauté trop tranquille, va mettre le feu aux poudres d'une expérience venue d'ailleurs.
Le ton de ce récit est assez décalé. Il semble ne jamais trop se prendre au sérieux. Cela se ressent surtout dans ce personnage du "professeur" Panther complètement en marge de la société, toujours plus ou moins shooté, vulgaire, brutal, et pourtant en même temps attachant. Ses relations avec les divers habitants de Boney Borough sont particulières, variées et souvent amusantes. Certains de ces derniers sont également gratinés, avec des caractères bien particuliers, allant de la caricature de gentil naïf aux miliciens dignes de récits d'espionnage.
Et puis il y a surtout toutes ces expériences graphiques et narratives autour des effets des différentes drogues et notamment de la drogue télépathique qui constitue le thème principal de l'intrigue. Ce sont des jeux sur les couleurs, des images qui se troublent, se défont, se déforment et se superposent. L'auteur réussit de belle manière à faire passer les émotions et la compréhension de ces "shoots" et de ces "expériences spirituelles". Cela en devient parfois même ludique.
Et cela grâce à un dessin soigneusement maîtrisé et intelligemment pensé.
Les personnages sont simples, tracés à l'encre noire dans un style proche de la ligne claire. Ils ne sont pas particulièrement jolis, leur anatomie est souvent changeante, mais ces changements vont souvent de pair avec les effets mentaux et visuels des drogues que subissent certains personnages.
Le travail sur les couleurs et les matières est très intéressant, original et souvent aussi beau que parlant. C'est toute une ambiance et des sensations qui sont transportées par ces couleurs qui ont un vrai rôle à jouer dans la narration.
A noter que l'originalité est également recherchée et trouvée dans l'objet bande dessinée lui-même puisque non content d'être au format à l'italienne, il faut également le tourner à 90° pour lire les grandes doubles planches disposées tout en hauteur. C'est un peu déstabilisant et pas toujours confortable à la lecture mais en tout cas ça change et ça fonctionne assez bien dans le cas présent.
Ce comics fut pour moi une intéressante lecture, originale et astucieusement conçue. Même si le sujet ne m'a pas vraiment touché et si la fin m'est apparue légèrement décevante, c'est un album qui vaut la lecture, ne serait-ce que par curiosité et pour voir quelque chose d'assez différent de l'ordinaire.