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Un récit pour témoigner de l'indignité d'un système
 

20 ans ferme : Un récit pour témoigner de l'indignité d'un système

 
 

Résumé

20 ans ferme : Un récit pour témoigner de l'indignité d'un systèmeAfin d'acceder au résumé de 20 ans ferme : Un récit pour témoigner de l'indignité d'un système, merci d'activer Javascript.

 

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Planche de 20 ans ferme : Un récit pour témoigner de l'indignité d'un systèmeIl y avait bien eu "Paroles de taulards" chez Delcourt, signé par un collectif d'auteurs. Mais on ne peut pas dire que l'univers carcéral ait beaucoup inspiré les auteurs de bande dessinée - ou alors en fiction, comme dans le troisième tome de "XIII", "Toutes les larmes de l'enfer". Il faut dire que la prison est un lieu d'exil, de mise à l'écart par la société d'éléments qu'elle juge néfastes, qui a su inspirer les cinéastes ("Papillon", "Les évadés", "L'évadé d'Alcatraz"...) mais qui cadre mal avec le côté divertissant que certains continuent à associer à la bande dessinée.

Heureusement, nous sommes en plein XXIe siècle. Si vous débarquez d'une autre planète, sachez que la BD a su s'imposer comme un art reconnu depuis de nombreuses années. Et parce qu'on peut parler de tout à travers le neuvième art, Sylvain Ricard et Nicoby livrent une histoire qui ne parle que de l'univers carcéral. Enfin, une histoire. "Un récit pour témoigner de l'indignité d'un système", affirme le sous-titre de l'album sur la couverture. Ce n'est pas un reportage. Ce n'est pas une fiction. C'est un récit qui part des confidences d'un ancien détenu, fondateur d'une association intitulée Ban Public qui communique sur les problématiques de l'incarcération. Le personnage principal, Milan, lui ressemble beaucoup. Appelez cela un témoignage romancé si vous aimez ranger un album dans une catégorie.

Sylvain Ricard, c'est notamment le scénariste de "... à la folie". Si vous n'avez pas lu cette oeuvre extraordinaire sur les violences conjugales réalisée avec James, il y a urgence pour réparer ce manque à votre culture. Nicoby, avec Kris et Eric T., a signé les deux tomes du remarquable diptyque "Les Ensembles Contraires". Autant dire que la réunion de ces deux-là pour traiter d'un sujet original était comme une promesse. Elle est tenue.

"20 ans ferme" vous fera réagir. On ne cautionne pas tout ce que fait le personnage central, qui règle trop souvent par les poings ses différends avec les autres. On lui prêtera en tout cas une sacrée force de caractère, un statut d'emmerdeur qui lui vaut bien des déboires dans un système carcéral créé pour que ses pensionnaires filent doux. Les questions qu'il pose, les remarques qu'il profère vont vous amener a réfléchir sur l'état des prisons en France. Et c'est bien là toute la réussite de l'album : on en sort enrichi, plein de questions sur les possibilités d'améliorer un système nécessaire peut-être mais à coup sûr déficient.

Système indigne ? La réponse est donnée d'entrée de jeu par les auteurs qui annoncent la couleur. On se laisse convaincre par certains arguments, on pense à d'autres, on finit nécessairement par pencher pour l'humanité et on rêve d'une amélioration des choses. Et en 2012, à deux mois de la présidentielle, c'est comme un devoir, non ?


Chronique rédigée par Jean Loup le 09/03/2012
 
 
Avis de :Une excellente BD ! Note de l'album : 4,00
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Ajout d'avis

 
  • Note du chroniqueur : 4,00 Note générale
  • Originalité : 4,00 Originalité
  • Scénario : 4,00 Scénario
  • Dessin : 3,50 Dessin
 
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Note moyenne de l'album : 3.88
Dépôt légal : Mars 2012

Avis des lecteurs

4 internautes ont donné leur avis sur l'album BD 20 ans ferme : Un récit pour témoigner de l'indignité d'un système, lui attribuant une note moyenne de 3,88/5. La chronique BD ci-dessus est prise en compte dans le calcul de cette moyenne.

11 11 2012
   

Ce genre d'album peut être mal interprété, je pense.

Certains (les plus obtus) y verront une remise en cause de la punition des crimes et délits en France. Et même si plusieurs philosophes ont déjà écrits des textes qui sont contre l'utilisation de la prison, ce n'est pas le message de l'album (de toutes manière le système carcérale est bien trop ancré dans la société pour qu'il puisse changer de forme, à mon avis). Non c'est album remet en cause la partie abusive du système carcérale : développement de la haine du prisonnier envers la société, aucun effort pour le réinsérer à sa sortie, traitements inhumains administrés par la hiérarchie des établissements, l'insalubrité des lieux, le manque d'intimité, l'accès difficile à la culture et à l'éducation et tant d'autres...
Personnellement, je savais qu'en France, on avait pas à être particulièrement fier de nos prisons (le taux de suicides de prisonniers le prouve), mais je ne pensais pas qu'à ce point là, la prison pouvait être un endroit où la loi est quasiment "abolit".

Alors certes, on peut ne pas toujours être d'accord avec le comportement du personnage principal, Milan, prisonnier certes intelligent, mais aussi très violent, cependant, l'album nous montre sa longue plongée en enfer, et personnellement cette histoire m'a touché, m'a ému, même si je ne cautionne pas tous les messages que véhicule l'album.
Le dessin, lui n'est pas exceptionnel, mais est bon pour ce récit ; assez brut et peu dégrossit.

Pour moi, c'est une BD à lire, peut importe ce qu'on peut penser des prisons en France.

25 6 2012
   

A la fin de cet album, il y a une citation assez réaliste : « une société se juge à l'état de ses prisons ».
A la lecture de cet album, on peut fortement s'inquiéter de la société française.
Membre d'amnesty, j'avais eu l'occasion de lire divers documents relatifs aux conditions de vies en prison, notamment les prisons françaises. Mais cela prend une tout autre dimension quand on passe des mots écrits dans un livre, à ceux accompagnés d'images. C'est une fois encore la force de la bande dessinée, de diffuser des messages que le simple livre ne fait pas passer.
Le personnage de Milan mérite d'avoir été incarcéré, il a commis un braquage, et c'est normal que la société le prive de liberté afin de payer sa dette. Et n'oublions pas les victimes.
Mais ce livre n'est pas un plaidoyer contre cela. C'est un plaidoyer contre la déshumanisation présente en prison, contre les abus, petits et grands, contre le manque de politique de réinsertion, contre l'indignité d'un système, pour reprendre le titre.
Et cela est efficace, on ne peut pas ne pas se poser de questions en reposant l'ouvrage.
Un album a lire donc, et à méditer longuement.
A noter un très instructif dossier en fin d'album.

19 4 2012
   

Se basant sur les confidences d’un ancien détenu nommé Milko Paris, fondateur et président d’une association intitulée "Ban Public", Sylvain Ricard et Nicoby dénoncent les conditions de vie dans les établissements carcéraux.

Si l’histoire de Milan est fictive, elle s’appuie néanmoins sur la réalité et sur la souffrance de prisonniers victimes d’un régime carcéral barbare. Alors certes, Milan est une bête sauvage, une bête blessée, dangereuse pour la société et qui mérite amplement d’en être extraite, mais faut-il pour autant ignorer les délits commis quotidiennement par la justice française ? Abolir la peine de mort est une chose, mais le fait de supprimer l’abattoir n’excuse pas le fait de parquer les délinquants comme des animaux dans des cages qui indigneraient profondément les amis de Brigitte Bardot. Car oui mesdames et messieurs, le prisonnier a bel et bien des droits fondamentaux, et, en tant que pays civilisé, il ne faut pas seulement les accorder, mais également faire un minimum pour essayer de les respecter. La liste des méfaits est pourtant aussi longue que connue : surpopulation, violence physique et psychologique, conditions de détention dégradantes, droits bafoués, traitements inhumains, absence d’intimité, fouilles corporelles répétitives et humiliantes, soins médicaux inexistants, hygiène déplorable… Faut-il cautionner ces lieux de non-droit où chaque émeute est un appel à l’aide lancé par ceux qui ont été à juste titre exclus d’une société qui derrière l’apparence d’une justice équitable, espère cacher ses propres dérives derrière des murs de prisons ? Si on espère un jour qu’ils ressortiront gentils comme des moutons, il faudrait peut-être commencer par ne pas enlever le mot « espoir » de leur vocabulaire. Le but est d’un jour pouvoir les réinsérer, pas de les détruire un peu plus chaque jour. Alors oui, Milan est un gros emmerdeur abonné au mitard qui se révolte et tente de faire bouger les choses, mais a-t-il forcément tort ?

Le parti-pris des auteurs n’est évidemment pas de pointer du doigt les gens qui travaillent (tant bien que mal) dans ces institutions carcérales, ni de minimiser les actes commis par leurs pensionnaires, mais d’inviter le lecteur à réfléchir sur les conditions de détention et sur l’efficacité de l’emprisonnement tel qu’il est pratiqué chez nous. Le graphisme de Nicoby restitue d’ailleurs avec brio l’ambiance pesante et la dureté du monde carcéral.

Si une fois la dernière page tournée, on quitte ce huis-clos inhumain au bord de la claustrophobie, content de respirer à nouveau l’air libre, faut-il pour autant oublier ceux qui continuent de souffrir à l’ombre : ces ennemis de la société qui n’ont pas à se réjouir de leur passé, que l’on a très justement privé de présent, mais dont on ne devrait peut-être pas pour autant supprimer tout avenir…