46 004 Avis BD |19 921 Albums BD | 7 830 séries BD
Accueil
Jean-Louis Marco, Auteur de ''Rosco le Rouge''

Interview : Jean-Louis Marco, Auteur de ''Rosco le Rouge''

 
 

La première fois que je rencontre Jean-Louis, c’est au feu festival de BD de Paris.

Un « buzz » circule parmi mon cercle de relations bédéphiles. Lorsque j’arrive devant le stand des éditions du Cycliste, il était parti chercher une personne à laquelle il avait fait une dédicace ratée. Il voulait la recommencer. Ca place déjà le personnage. Je le recroise une seconde fois, pour la sortie du tome 2 de Rosco le Rouge, dans un festival de ma région. Où il vit également. Le contact est bon, on se quitte « bons amis ». Troisième étape, c’était en juin 2005, au festival d’Amiens. Jean-Louis dédicaçait le tome 3 de la série qui l’a lancé.
On discute pas mal, et il accepte une interview, par téléphone. Quelques temps plus tard, je le joins comme convenu, au départ pour fixer un rendez-vous, mais l’entretien se transforme en large discussion sur Star Wars, sur plein de références que nous avons en commun. Jean-Louis est un jeune auteur sympathique, qui ne se prend pas la tête.

Lisez Rosco le Rouge !

 
 

Spooky : Jean-Louis, peux-tu te présenter ?


JLM : J’ai 31 ans, je suis auteur de bande dessinée professionnel depuis 4 ans maintenant. Je viens d’achever le tome 3 de la série Rosco le Rouge, que je dessine et scénarise. Auparavant, j’ai participé à Tchô !, le magazine jeunesse de Glénat. Auparavant, j’étais graphiste et illustrateur indépendant à Montpellier.


Spooky : Comment as-tu appris à dessiner ?


JLM : Depuis tout petit, je dessinais dès que je le pouvais. C’était le reflet d’une envie, d’une certaine curiosité. Je suis plutôt autodidacte dans ma formation graphique, même si, bien sûr, j’observais et imitais les BD que j’aimais bien à l’époque.


Spooky : Quelle est ta technique de travail ?


JLM : J’ai utilisé le stylo à encre pour Rosco le Rouge. Récemment je me suis remis au pinceau et à l’encre de Chine, ce qui me permet de faire un plus joli trait, un graphisme plus élégant.


Spooky : Quels contacts as-tu avec ton public ?


JLM : Très sympathique. Je fais pas mal de séances de dédicaces depuis 3 ans, en essayant d’être présent à peu près dans toutes les régions de France. Le gros de mon public est composé de gens de 20-40 ans, des couples relativement jeunes, même si j’ai pas mal de gamins. Au bout d’un moment, les dédicaces sont devenues un peu du travail à la chaîne, ce qui entraîne parfois de la fatigue. Depuis que je me suis remis au pinceau, ça me permet de me détendre, et de mieux apprécier la rencontre avec le lecteur.


Spooky : Quelles sont les BD, les auteurs qui ont bercé ton enfance ?


JLM : Houlà ! Il y en a tant… Bien sûr, petit, je connaissais les classiques : Lucky Luke, Astérix, Tintin… Adolescent, je lisais beaucoup les comics de super-héros qui paraissaient dans Strange. C’est comme ça que j’ai découvert Frank Miller, qui animait Daredevil à l’époque. A 14 ans, j’ai eu un choc en découvrant Muñoz. Je me suis aussi mis aux récits d’aventure, au western, au travers de Blueberry, et des œuvres d’Hermann (Les Tours de Bois-Maury, Editions Glénat, Jeremiah (Editions Dupuis). A 17 ans, j’ai découvert Les Légendes des Contrées oubliées (par Chevalier et Ségur, Editions Delcourt). Je trouve courageux de la part des auteurs d’avoir mené en 3 albums un univers cohérent, et de ne pas avoir prolongé la série pour des raisons mercantiles. Il y a eu bien sûr Aquablue, par Cailleteau et Vatine (Editions Delcourt), puis Marshall Law, par O’Neill et Mills (Editions Zenda). C’est une série que j’aime bien, de par son ton, son graphisme… J’ai aussi découvert Akira (Otomo – Editions Glénat) à l’adolescence, puis Rêves d’Enfants, du même auteur (réédité sous le titre Domù, chez les Humanoïdes associés). A l’époque, je vivais à Cilaos, un village de la Réunion, où la bibliothèque municipale était curieusement très riche en BD.


Spooky : Tu as travaillé au sein de plusieurs fanzines. Que retires-tu de cette époque ?


JLM : Ah ! Tu veux parler d’Anus Horribilis, qu’on a réalisé à quatre, avec mon frère Victor, Laurent Crenn (Loran), et Fred. C’était une époque où je me cherchais un peu, dans chaque numéro je changeais de style graphique, de ton ; mes aspirations étaient un peu changeantes aussi. Bon, je faisais quand même de l’humour en particulier. Il faut dire qu’avec Loran, on était influencés par nos lectures adolescentes. Chacun cherchait à faire pareil qu’untel ou untel. Par le biais d’un fanzine, on a chacun développé un univers plus personnel, moins inspiré mais avec un lien commun : l’humour bête. Dans le fanzine, mon humour n’était pas plus délirant, mais plus bête. On essayait quand même d’écrire de vraies histoires.


Spooky : Tu as collaboré à Tchô !


JLM : A l’époque je ne savais pas trop où j’allais. Loran m’a fait rentrer à Tchô !, où j’ai fait pas mal de strips humoristiques. Les encouragements des autres collaborateurs et de l’équipe de rédaction m’ont quand même donné envie de faire de la BD.


Spooky : En 2003, c’est la sortie du tome 1 de Rosco le Rouge. Comment as-tu imaginé cette série ?


JLM : Eh bien, vu que je voulais me lancer dans la BD, il a fallu créer un univers, un sujet, des personnages… Je n’avais pas envie de faire de l’heroic-fantasy, ni du futuriste. J’ai essayé plusieurs trucs. Rosco le Rouge était en quelque sorte un exercice de style, mais je le trouvais plus intéressant et abordable que d’autres idées. Je connaissais Lewis Trondheim (co-auteur, entre autres, du multivers Donjon, aux éditions Delcourt, et fondateur de la maison d’édition l’Association), qui m’a conseillé de contacter certains éditeurs.
Je l’ai proposé à plusieurs éditeurs, dont Dargaud et Delcourt. Delcourt était intéressé, mais ils trouvaient le mousse trop moche, et me demandaient de le faire un peu plus mignon, histoire de le mettre en collection « jeunesse ». J’ai refusé, car je craignais qu’ils me demandent de changer également le look des autres personnages. Et puis un jour, au cours d’un festival à Montpellier, j’ai discuté avec Loran et Pôl, l’éditeur du Cycliste. Pôl a été d’accord pour le prendre. J’avais alors réalisé une quinzaine de pages de Rosco le Rouge.


Spooky : Tu dis t’être inspiré de Pirates de Polanski pour l’humour et l’ambiance. Sur les tomes 2 et 3, quels films t’ont influencé ?


JLM : Ce n’est pas une influence directe. Disons plutôt que c’est un film que j’aimais bien. Lorsque je devais réfléchir aux expressions, aux réactions de mes personnages, je pensais au Capitaine (Walter Matthau) du film, par exemple. Pour le tome 2, il n’y a pas non plus de référence directe, même si je suis assez preneur des films de zombies comme les Evil Dead. Il y a aussi un peu du Bal des Vampires, toujours de Polanski. Pour le tome 3, j’avais envie de faire un truc sur Marseille, ma ville natale. C’est une sorte de retour aux sources.


Spooky : Sur le tome 2, c’est Myriam qui a fait les couleurs. C’est un choix personnel ou c’est ton éditeur qui l’a souhaité ? Pourtant les couleurs du tome 1 étaient réussies…


JLM : Lorsque j’ai fini l’encrage du tome 1, j’ai failli pleurer au moment d’attaquer les couleurs. Pour moi, l’album était fini, c’était relativement pénible de réattaquer les 46 pages. Du coup, une fois terminé, j’ai demandé à mon éditeur de me trouver une coloriste. Myriam est arrivée pour faire le tome 2, on s’entend très bien. Elle est patiente et ouverte, on échange beaucoup. Le tome 2 avait des tonalités très sombres, mais c’était voulu par l’histoire. Sur le tome 3, les couleurs sont plus lumineuses, ça se passe quand même à Marseille !


Spooky : Parle-nous de ce tome 3.


JLM : Il y a un changement de ton. C’est une histoire avec un espèce de savant fou qui enlève des enfants dans l’orphelinat où a grandi Rosco, pour en faire un espèce d’élixir de jouvence. Il fait au préalable des expériences sur des cochons. Rosco, en revenant sur les lieux de son enfance, retrouve des vieux potes, boit un peu, et se retrouve embarqué dans l’histoire.


Spooky : La Pieuvre, le mousse de Rosco, semble passer très vite du statut de faire-valoir à celui de véritable moteur du récit, voire de héros principal. Etait-ce prémédité ou cela est-il venu au fil de l’écriture ? Est-il ton personnage préféré ?


JLM : C’est vrai que la Pieuvre va chercher le trésor, etc…Rosco, lui se fait couper le nez, mais il a quand même un rôle important au début du tome 2. Le tome 3 est recentré sur lui. C’est quand même lui le boss ! La Pieuvre, lui, redevient un apprenti pirate, un futur grand, mais il reste un gamin dans ses comportements, ses pensées, etc. Dans ce tome 3, il dépend beaucoup de Rosco, car il bute contre plus grand et plus fort que lui. Même si c’est un petit teigneux un peu insouciant, c’est un enfant de 8 ans.


Spooky : La première trilogie de Rosco le Rouge est bouclée. Que nous réserve la suite ?


JLM : Je souhaitais faire une pause. Je me suis récemment remis au pinceau, et j’ai envie de faire des choses avec cette technique. Actuellement je bosse sur un jeu de plateau développé avec mon frère et un copain. Ca parle de zombies… C’est vrai que ça craint un peu avec tous les jeux sur le même thème qui sortent en ce moment. On espère pouvoir finir ça cet été. Je me remettrai ensuite à proposer de la BD aux éditeurs, ne serait-ce que pour des raisons économiques.
J’ai démarré depuis un bout de temps un projet avec Nicolas Poupon (Le Fond du Bocal, Kirouek !). On a les personnages, une vague intrigue (ça traite de paranormal en 1870 à Bordeaux). On a écrit le tome 1, mais je sens que ça risque de repartir aussi pour 3 albums, et je n’ai pas trop envie de ça pour l’instant.


Spooky : Tu n’as pas envie de travailler avec un scénariste et de te consacrer au dessin ? Ou au contraire de devenir « simple » scénariste pour l’univers graphique d’un autre ?


JLM : Disons que pour moi, un dessinateur ne doit pas être qu’un « illustrateur ». Et je me vois mal lâcher le dessin pour ne me consacrer qu’au scénario. Ou alors ce serait pour adapter un bouquin à ma sauce. Il y a beaucoup de scénaristes qui proposent des scenarii très découpés, avec pas mal de rigueur. J’ai un peu de mal avec ce genre, je préfère décider moi-même du découpage, des cadrages… mais je reste ouvert, bien sûr.


Spooky : Quel auteur récent admires-tu ? As-tu eu un coup de foudre BD récemment ?


JLM : Récemment, j’ai lu un album qui s’appelait Notes pour une histoire de guerre, par Gipi (Editions Actes Sud). C’est un dessin assez lâché, au lavis noir et blanc. Les cadrages sont audacieux, vraiment intéressants. Ca raconte l’histoire de 3 européens dans une Italie un peu balkanisée. J’ai pris une grosse claque avec ce mélange Muñoz/Blain, qui ressemble à du Baru… Récemment j’ai lu le dernier Blueberry, qui m’a profondément déçu. L’album boucle un cycle de 5 albums, qui aurait pu tenir en 3. Je trouve qu’il y a un peu de déchet, avec toute l’heroic-fantasy assez répétitive : le barbare, la fille aux gros seins, le petit rigolo… Pour en revenir aux auteurs actuels, je regarde lorsque Corben (Den, Hellblazer, Punisher, Hulk…) sort un album, c’est un auteur que j’aime beaucoup. J’aime bien Lincoln (par Jouvray et Jouvray, chez Paquet), aussi. Les albums de Loran (Bouyoul, Evil Devil, tous chez le Cycliste) me font bien rire. J’aime bien ce que fait Muñoz (Alack Sinner, Editions Casterman), bien sûr, mais certains de ses albums ne sont pas terribles… J’ai découvert récemment L’Or et l’Esprit, par Rochette, dans des vieux (A Suivre), le magazine BD de Glénat. Ca m’a complètement bluffé. J’aime aussi le Donjon de Blutch (version noir et blanc – scénarisé par Sfar et Trondheim, Editions Delcourt), Socrate le demi-chien, de Blain et Sfar (Editions Dargaud), le Donjon Potron-Minet de Blain (La Chemise de la Nuit – scénario Sfar et Trondheim - Editions Delcourt)… Tiens, j’ai aussi découvert The Autobiography of me too (Editions les Requins marteaux), de Yohann Bouzard ; ça m’a fait péter de rire, et en même temps, je suis un peu jaloux, j’aimerais arriver à ce niveau. C’est très différent de l’autobiographie « classique ». Je citerai également Winschluss (Editions les Requins Marteaux), dont j’aime beaucoup le travail. Ah, et j’ai aussi lu récemment Le Marquis, de Guy Davis, paru aux Humanoïdes Associés.


Spooky : Jean-Louis, je te remercie.

 

Découvrez la série sur le site de l'éditeur : http://www.lecycliste.com

Interview réalisée par Spooky le 01/07/2005