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Hub, créateur de ''Okko''

Interview : Hub, créateur de ''Okko''

 
 

A Angoulême, on me fait pénétrer dans le saint des saints, l’arrière-boutique des Editions Delcourt. Dans une alcôve aux murs recouverts de tenture, de nombreux auteurs discutent dans une atmosphère surchauffée, avec un bar dans le fond. Hub finit son café avant de me rejoindre. Nous discutons un peu avant d’entamer l’interview. Son naturel et sa simplicité font mouche, je suis conquis.

 
 

Spooky : Bonjour Hub, peux-tu te présenter ?


Hub : Je m’appelle Hub, c’est un pseudonyme. J’ai fait refaire mon visage, ainsi que de nombreuses parties de mon corps, pour qu’on ne me reconnaisse pas. (rires) Non, en fait, je m’appelle Humbert Chabuel, mais j’ai changé de nom d’artiste, car j’ai eu une première expérience malheureuse dans la bande dessinée. J’ai donc voulu recréer une page blanche, 8 ans plus tard, lorsque je suis revenu à la BD. Sinon, j’ai 36 ans, je suis un garçon (rires), je suis né à Annecy en 1969, année symbolique.


Spooky : Acceptes-tu d’évoquer cette expérience désagréable de ta carrière d’auteur de BD ?


Hub : C’était sur Kazandou (éditions Glénat). Il y avait un dessinateur, un encreur, des coloristes, et bien sûr un scénariste, qui était Gess, l’auteur de Carmen Mc Callum. J’ai appris beaucoup de choses avec lui, on a gardé de très bonnes relations, mais cela ne m’allait pas. J’étais le dessinateur. Je rêvais de faire de la BD depuis tout petit, mais pas comme ça. Certes, j’étais impliqué, mais je ne me sentais pas du tout libre dans le processus de création. On avait des délais très courts pour réaliser 2x140 pages, c’était très laborieux… Le résultat ? Une catastrophe. Un rêve d’enfant qui s’est brisé, comme le premier exemplaire que j’ai eu entre les mains, et que j’ai brisé contre un mur. Si je ne mettais pas fin à cette expérience, c’est moi qui allais droit dans le mur. Donc j’ai préféré arrêter, repartir à zéro à partir de cet échec, pour mieux rebondir.


Spooky : Et qu’as-tu fait par la suite, durant cette éclipse de 7-8 ans ?


Hub : Du dessin animé, du design dans les jeux video… J’ai créé, avec de très bons amis un label qui s’appelle Okidoki, avec lequel on a fait de l’habillage pour la télévision, et aussi d’autres choses, d’autres expériences.


Spooky : Et tu reviens avec la série Okko, qui a l’air de bien marcher… C’est une série qui puise dans l’imaginaire nippon. Quelles sont tes références ?


Hub : Oui, ça a l’air. J’ai pratiqué le jeu de rôle en tant que joueur et scénariste. J’ai en particulier joué à un jeu qui s’appelait La légende des cinq anneaux, qui faisait la part belle à un Japon fantastique. Mais il était aussi très documenté sur les aspects sociaux du Japon féodal. Les films de Miyazaki m’ont aussi pas mal inspiré, et m’ont donné le goût de cette civilisation. Je me suis documenté, j’ai lu pas mal de livres. Je ne suis pas allé au Japon, j’ai peur de l’avion. Peut-être qu’un jour je vaincrai cette peur et que je partirai. Mais je ne suis pas sûr que ce soit nécessaire, à des fins de documentation. Je préfère fantasmer ce Japon fantastique, me placer sur un plan onirique…


Spooky : Prenons un exemple précis : les Pennagolans, les vampires que l’on voit dans le tome 2, sont-ils des personnages existant dans le patrimoine légendaire nippon ?


Hub : Absolument. Ils sont l’une des visions du vampirisme asiatique. Pas la seule, mais l’une des interprétations. D’ailleurs, ce qui est intéressant, c’est que cette vision soit également présente dans d’autres pays, comme les Philippines, je crois… D’ailleurs, l’un des buts de Okko, c’est aussi de présenter une créature fantastique différente, à chaque cycle. Une créature pas forcément très connue. Il y a d’autres choses, des ressorts psychologiques, un côté aventure, quête, le tout dans un cadre exotique. Histoire de renouveler un peu le genre.


Spooky : Le prochain cycle d’Okko va représenter quel élément ? Quelle créature y verra-t-on ?


Hub : La terre. La haute montagne. Pour la créature ou le mythe, je ne le dévoilerai pas. Ce sera la surprise. Par contre, ce sera très différent des créatures du premier cycle. Il faut savoir surprendre le lecteur, bien sûr. Il y aura 5 cycles d’Okko, on finira par le vide. 2 albums pour chaque cycle.


Spooky : On peut constater une évolution graphique entre les deux premiers tomes d’Okko, et même à l’intérieur du premier. Okko, par exemple, a le visage plus allongé dans le second tome.


Hub : C’est tout à fait juste, dans le sens où Okko, dans les premières planches, n’était pas encore fixé, je n’avais pas encore trop défini ses caractéristiques physiologiques. Dans le tome 2, c’est plus régulier, plus fixe, mais c’est normal. Il y a peu de séries où tous les personnages sont fixés physiologiquement dès le départ.


Spooky : Combien de temps mets-tu pour faire un album ?


Hub : Environ neuf mois. J’ai trouvé mon rythme de croisière à présent.


Spooky : Sur ce tome 2, tu n’es pas tout seul à réaliser les couleurs…


Hub : Déjà, sur le tome1. J’ai fait les 28 premières planches, puis un de mes très bons amis a voulu faire un essai, ça a été concluant, et voilà. En fait, on travaille à deux sur les couleurs, je définis des gammes de couleurs, puis Stéphane Pelayo les réalise. Quand je dessine, j’ai tout le temps des couleurs en tête. On essaie de les tirer à l’extrême, pour faire ressortir certaines symboliques de certaines scènes. On en discute, il commence à faire les sélections, les ambiances, je reviens dessus, il les reprend… C’est vraiment du travail à quatre mains, et deux cerveaux.


Spooky : En tout cas, c’est réussi. On réussit bien à se mettre dans les ambiances.


Hub : Merci. Je fais, au niveau des couleurs, toutes les ombres en feutre, sur des photocopies des planches originales, je les scanne et les remonte après. Cela me permet de mettre un peu de « bruit » dans les couleurs numériques. Je pense que c’est une particularité que l’on voit dans très peu de bandes dessinées.


Spooky : Est-ce qu’on va voir d’autres personnages importants dans la suite ?


Hub : Il va y avoir des rencontres. D’autres personnes vont croiser le fer, ou la route, de notre petit groupe. Celui-ci va évoluer au fil des albums.


Spooky : Quels sont les auteurs qui t’influencent ?


Hub : Je cite Michetz, qui pour moi, est arrivé à un sommet du récit sur le Japon médiéval. Je me suis d’ailleurs dit qu’il ne fallait pas que je m’attaque à l’historique, car j’aurais été risible par rapport à sa science. Par contre, mes références BD sont plutôt classiques. Je ne lis pas trop de bande dessinée, j’ai une très petite collection. Donc je n’ai pas vraiment de référence.


Spooky : Ta technique, tu l’as acquise par ta formation ?


Hub : Non, petit à petit, vu que ça fait un moment que je suis dans le milieu du dessin, j’ai eu le temps de la peaufiner, de la tester sur d’autres designs, comme dans le jeu video.
J’ai fait une école de dessin avant de débuter, mais j’ai surtout eu l’impression d’en apprendre beaucoup à la sortie de cette école. Car à l’époque, j’ai rencontré pas mal de maîtres du dessin. Je me suis alors rendu compte que le chemin serait très très long, que la route serait pavée de difficultés et d’embûches.

Ce qui est intéressant, c’est de se rendre compte de ses défauts, et d’essayer d’y remédier, de gravir la colline. Le jour où l’on atteint une forme de perfection, le monde doit sembler bien monotone.


Spooky : Que vas-tu faire après ces 10 albums ?


Hub : Je vais prendre quelques vacances bien méritées, je pense. (rires) Je ne sais pas ce que je ferai après. Je partirai peut-être sur la Lune, je construirai ma fusée, je ferai un grand voyage interstellaire. Mais d’ici là, il faudra que les scientifiques mettent un coup de booster, parce que leur navette spatiale n’est pas très performante… (rires) Sinon, je n’ai pas forcément d’envies de collaboration avec quelqu’un en particulier. Je me sens bien seul. Ce n’est pas de la misanthropie, mais j’aime bien écrire mes propres histoires, c’est un exercice fascinant.


Spooky : Hub, merci


Hub : Eh bien c’est moi qui te remercie.

 

Je vous invite à aller voir l’excellent site officiel d’Okko : http://www.okko.fr.

Interview réalisée par Spooky le 28/01/2006