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Hub, auteur de ''Okko''

Interview : Hub, auteur de ''Okko''

 
 

A l'occasion de la sortie du tome 7, Coin BD est allé poser quelques questions à son créateur, Hub.

Vous trouverez ci-dessous la retranscription d'une agréable discussion téléphonique, dont certaines questions ont été proposées par Chalybs.

 
 

Piehr : Bonjour Hub ! En 2006, nous avions réalisé avec toi une première interview alors que tu terminais le premier cycle de ta série phare, Okko. Voici que tu entames le dernier élément avant le Cycle du vide. Avec le recul, l'écriture d'Okko s'est-elle déroulée de la manière dont tu l'imaginais il y a 5 ans ?


Hub : Tout ne peut jamais vraiment se dérouler comme on l'imagine, et heureusement d'ailleurs ! Ce serait tout de même trop linéaire, et sans surprise ! Mais disons que globalement, j'ai l'impression depuis la création de Okko de faire un rêve éveillé, de vivre un conte japonais, ou les choses sont assez positives.

Depuis 5 ans, ma façon de travailler à évidemment évolué, les gens qui m'aident aussi (par exemple Emmanuel Michalak qui m'a rejoint pour m'aider sur le découpage, mon amie Li qui m'a rejoint comme coloriste). J'ai du forcément acquérir un peu plus d'expérience !
Mes personnages aussi ont évolué : le personnage d'Okko, par exemple, a changé avec le temps. J'ai voulu tome après tome le caractériser encore plus, avec des traits vraiment prononcés. Ce qui est logique, d'ailleurs : dans la plupart des séries, même classiques comme "Blueberry", "tintin".. tous les personnages sont forcément amenés à bouger avec le temps. Ce qu'il faut, je pense, c'est qu'il n'y ait pas de révolution, dans le sens ou ça perturberait le lecteur. Si l'évolution est naturelle et qu'elle tend vers un mieux, c'est souhaitable. J'espère y arriver, en tout cas je fais tout pour. Toujours rester sur ses gardes, ne pas tomber dans une routine !

Dans le dernier cycle, j'ai essayé de me mettre en danger, car j'ai abordé une histoire compliquée : beaucoup de personnages et d'événements... je voulais écrire cette histoire, maintenant je pense qu'elle est plus difficile à mettre en place parce qu'on peut facilement perdre le lecteur, à de nombreux niveaux d'ailleurs.


Piehr : Depuis 6 ans que tu travailles sur cette série, est ce que tu ne fini pas par te lasser de tes personnages ? Comment fais-tu pour garder ta motivation artistique ?


Hub : Non, je ne me lasse pas de mes personnages. Je me lasse parfois du train-train... Je ne veux pas rentrer dans une sorte de rythme trop standardisé, je veux avoir une vie un peu trépidante à ce niveau là, ce qui n’est pas une mince affaire lorsque l’on fait de la bande dessinée (rire) ! Mes personnages, par contre, je ne m’en lasse pas du tout dans le sens ou ils ont une sorte de logique qui leur est de plus en plus propre. Lorsque j’écris une nouvelle histoire ou de nouvelles actions, je m'aperçois après coup que les personnages se déclinent logiquement par rapport à ces actions là. Je ne me lasse vraiment ni de les dessiner, ni de leur écrire des aventures.

Par contre, à la fin du tome 7, Le cycle du feu, j’étais vraiment très fatigué, donc il y avait une sorte de lassitude. Les quatre derniers mois avaient été vraiment à fond, à bloc, sans prendre de jour de repos, avec une récupération minime. Là, j'ai connu une sorte de saturation. Mais très rapidement, elle s’est évanouit, et j’ai retrouvé de nouveau du plaisir à reprendre la série. Quelques jours après la fin du tome 7, j’étais déjà en train d’écrire et de peaufiner le huitième tome au niveau du texte. Mon amie m’a vraiment prise pour un grand malade ! Ca prouve tout de même que l’enthousiasme est toujours la.


Piehr : Lors de notre dernière interview, tu nous avais annoncé mettre une moyenne de 9 mois pour écrire un album. Est-ce toujours le cas actuellement ?


Hub : Je n’ai pas accéléré, mais je n’ai pas décéléré non plus. Je me maintiens à mon rythme de croisière, je dirais que c’est le temps qu’il me faut. Là où c’est un peu plus compliqué et chaotique, c’est qu’une fois le découpage finie (car je ne commence pas une planche tant que le découpage n’est pas fini, validé par mon éditeur et revu par Emmanuel Michalak avec mon accord) et que je suis vraiment content du scénario, satisfait de ce que j’ai, j’attaque toutes les planches en même temps.
C’est à dire que là, pour le dernier album, les 62 planches ont été dessinées en parallèle ! Je peux ainsi dessiner les choses que j’ai envie de dessiner. C’est le chaos ! C’est sympa car, quelque part, je vais piocher selon mes envies : j’ai envie de dessiner, un arbre ? Je vais dessiner un arbre !

Mais par contre, pendant très longtemps, je ne vois absolument pas l’avancée de l’album. C’est à dire que les 62 pages, j’avais du mal à les finir ! Je faisais tout en parallèle : pour être raccord, il faut faire super gaffe et avoir un storyboard nickel, sinon, on peut facilement faire beaucoup d’erreurs. Il doit y en avoir une ou deux à gauche à droite (rire). Pendant très longtemps, je ne voyais donc pas l’avancée, et ça, c’est un peu compliqué. On est un peu perdu, car pour être sûr que l’on va pouvoir rendre l’album en temps et en heure.. c’est déconcertant.


Piehr : Toutes les créatures rencontrées dans Okko sont-elle issues de la mythologie japonaise, ou t’es tu amusé à broder autour en inventant de nouvelles entités ?


Hub : Je me suis énormément inspiré de la mythologie japonaise. Par exemple dans mon dernier album, la seule créature fantastique que l’on rencontre, c’est un Kappa. Le Kappa est un pur produit de la mythologie japonaise. Une petite créature, pseudo-maléfique, qui vit dans les marais et que l’on peut attirer avec des concombres.

Par contre, dans le premier cycle, les pennagolans sont des créatures issues de différents mythes asiatiques, et dont je me suis amusé à tordre le concept pour arriver à ce que je voulais. Leur système de reproduction n’a à ma connaissance jamais été décrit nulle part. Je me suis donc imaginé comment cela pourrait se passer, de là en est née l’histoire que je proposais dans le premier cycle.


Piehr : Tome après tome, on sent qu’Okko est plus dur avec ses compagnons de route. C’est une évolution voulue de ta part, ou est-ce un changement inconscient dans ton processus de création ?


Hub : C’est tout à fait exact. Il est en effet de plus en plus dur avec ses compagnons. Au début, il était froid, mais inconsciemment, je trouve que l’ensemble gagne en crédibilité : il a un petit coté despotique, surtout par rapport à Noshin. Cela m'intéresse, parceque je n’ai pas envie d’avoir une bande de héros qui s’entendent super bien, qui se tapent dans la main. J’aime créer des tensions, elles rendent le personnage d’Okko encore plus ambiguë et antipathique. J’aime ce héros, finalement, qui est loin d’être le stéréotype d’un héros classique.


Piehr : il te reste encore 3 albums avant la fin d’Okko (NDLR : 1 album de conclusion du cycle du feu, + 2 albums de conclusion qui composent le Cycle du vide). Les scénarios sont déjà dans la boite ?


Hub : Tout à fait, et depuis le début ! Surtout concernant le Cycle du vide. Maintenant, tout n’est pas figé et écrit à la ligne près. Les choses ont évolués et se sont bonifiées avec le temps. Je connais les grands secrets que je vais dévoiler prochainement, mais les choses changent malgré tout avec le temps, l’age, l’expérience.


Piehr : A l’époque, tu nous avais dit que tu aimais vraiment travailler seul. Aujourd’hui, on voit sortir "Aslak", série pour laquelle tu travailles avec d’autres auteurs. Comment en es-tu arrivé là, tu avais une vraie envie de "voir du monde" ?


Hub : A l'époque ou j'ai attaqué "Okko", Je sortais d’une longue collaboration avec des amis : J’ai travaillé pas mal dans le cinéma, le jeu vidéo et d’autres médias. J’avais envie de refaire de la bande dessinée. La BD, je voulais l’attaquer de façon seule. Un échec aurait été difficile, mais je n’aurais pas eu à me chercher de bouc émissaire. Cette expérience, je la mène à peu près seul (même si mon amie, mon éditeur, Emmanuel Michalak m’accompagnent à certains moment). Je me sens tout de même globalement, une grande partie de l’année, un peu solitaire sur cette barque japonaise.

Comme je m’épanouis complètement avec Okko, il est plus facile maintenant d’avoir une expérience collective avec des amis. C’est le projet "Aslak", qui est né de cette envie de faire quelque chose en commun.


Piehr : La fin d'Okko arrivant maintenant dans 3 albums, as tu d'autres projets ?


Hub : De façon personnelle, rien de prévue après "Okko". Mais "Aslak" a une vie complètement dissociée de "Okko". Lorsque cette dernière sera terminée, il restera encore un album ou deux pour "Aslak".

En tout cas, c’est très épanouissant !


Piehr : As-tu fini par visiter le Japon ? Ou travaille-tu toujours par photos et imagination interposées ?


Hub : Ma phobie n’a pas évoluée d’un iota car je n’ai pas pris d’avion depuis 5 ans (rire) ! Je me suis fait le pari (et j’ai promis à mon amie) de visiter le japon une fois que j’aurais terminé ma série. Normalement, j’aurais du faire l’inverse, mais j’ai envie de fantasmer un Japon sans me mettre de barrière, d’idéaliser. J’irais ensuite sur place pour vérifier les points de concordance et de dissonance entre mon imagination et la réalité. Visiter les châteaux, les temples, la campagne... J’ai bien sûr aussi envie de visiter le japon ultra-moderne mais les reliquats du Japon féodal m’attirent particulièrement.. mais après la fin de ma série !


Piehr : Quelles sont tes différentes sources d'inspiration qui t'aident à créer le background d'Okko ?



Hub : C’est vraiment difficile de répondre : mes inspirations sont plurielles, et surtout j’ai du mal à les référencer. Elles sont parfois inconscientes.. Il y a énormément de formes qui existent déjà dans la réalité, je me suis parfois surpris à inventer des designs que j’ai ensuite découvert dans d’autres BD, d’autres films.. et je m'apercevais qu'elles étaient très proche de ce que je croyais être complètement original. C’est très difficile d’inventer quelque chose de complètement nouveau au niveau de la forme. Tellement de dessinateurs sont passés par là !

Bref, il m’est compliqué de connaitre mes sources d’inspirations, tant elles sont multiples et hétérogènes. Nous ne sommes pas imperméable, et heureusement, à ce que fond les autres !


Piehr : Concernant le jeu de plateau Okko, la portée de ta participation s'est-elle limitée à son illustration ou as-tu donné ton point de vue sur la conception du jeu en lui-même ?


Hub : J’ai un petit peu donné mon point de vue, mais je souhaitais respecter les règles qui m’ont été proposées, et que je trouvais sympa. Ces règles ont été étudiées, développées, travaillées par Laurent Pouchain et me semblaient vraiment bien. J’ai bien sûr travaillé sur les illustrations, mais aussi sur la cohérence de l’univers. Essayer dans un premier temps que le jeu Okko réponde bien à l’univers de la série. On a du créer pas mal de nouveaux personnages, et on a beaucoup discuté avec Laurent Pouchain pour que ceux-ci rentrent en résonance avec mes livres. Certains nouveaux personnages m’ont d’ailleurs inspiré pour la suite.

Par contre pour les extensions suivantes, je suis humblement intervenu pour donner mon avis sur lequel le créateur du jeu à rebondi pour travailler. Mon principal soucis était la cohérence avec mon univers. C’était une super expérience, car le jeu de plateau est une de mes grandes passions. C’était assez extraordinaire de me proposer ce jeu, qui a plutôt bien marché : il a été réédité et est actuellement en rupture de stock !


Piehr : Hub, merci !


Hub : Merci à toi, à bientôt.

 

Interview réalisée par Piehr le 20/10/2011