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Arnest Ringard et Augraphie
, Arnest Ringard et Augraphie
Posté le
04/02/2007
Arnest Ringard et Augraphie, voilà deux noms qui me rappelaient une annonce sur les 4e de couverture de mes "
Gaston Lagaffe
", ceux ou il y avait une avalanche de gaffes et où Gaston évoquait ses lectures favorites. Jannin, Delporte et surtout Franquin signent cet album, il n’en fallait pas plus pour éveiller ma curiosité.
N’allons pas par quatre chemins, cet album s’adresse surtout aux fans et nostalgiques d’une époque, celle du Trombone Illustré, éphémère publication alternative au Journal de Spirou, créée en 1977 par Franquin et Delporte. A l’époque Jannin crée la série "
Germain et nous
" pour le Trombone et reçoit de Franquin un projet jamais réalisé, une série à gags contant les déboires d’un homme un peu vulgaire et d’une taupe. La série a vécu dans le Journal de Spirou et un album au succès mitigé est sorti en 1981. Ensuite la série est tombée dans l’oubli jusqu’en 1993 où elle renait dans le Journal de Spirou. Jannin décide en sus de redessiner tous les gags sur base des précieux conseils de Franquin. C’est cette version qui est rééditée par les éditions Marsu Productions, l’ensemble des gags initiaux revus par Jannin plus les gags des années ‘90 jamais sortis en album.
Au niveau du dessin, c’est du Jannin classique, proche de ses autres séries et on sent ici et là l’influence de Franquin dans les ombres, les décors et les mouvements. Petit bémol, cela manque un peu de précision et le dessin de la taupe est parfois très approximatif. Signalons qu’à la fin de l’album, les éditeurs ont eu la bonne idée de publier les crayonnés de Jannin « corrigés » par Franquin.
Les gags sont plaisant mais ne m’ont pas fait rire. L’univers d’Arnest Ringard ne m’a pas tellement convaincu, difficile d’accrocher à cette histoire de taupe intelligente et le personnage principal est tellement grossier qu’il est difficile d’éprouver la moindre sympathie pour lui. Bref, le lecteur reste distant, un peu comme devant une chronique de faits divers ringards dans un journal.
Je signale au passage que le caractère grossier d’Arnest est retranscrit via des contrepéteries du genre « Mortel de Berthe ». Elle sont parfois assez osées pour ce type de BD (à propos de fleurs : « ces causes de mes rouilles »), cela a pu choquer à l’époque et refroidir la maison d’édition mais c'est, selon moi, un des aspects intéressants de l'album.
Bref, une BD destinée à ceux qui veulent tout lire sur le monde et les amis de Franquin, les autres passeront leur chemin car chacun des trois auteurs a publié de bien meilleures histoires par ailleurs.
Asterix
, Tome
24
: Astérix chez les Belges
Posté le
11/10/2006
A l’heure où les nouveaux albums de la série sont tous plus décevants les uns que les autres, il est bon de se rappeler que le tandem Goscinny-Uderzo nous a offert, avec Astérix, des aventures mythiques, exemplaires tant au niveau du scénario que du dessin, sans parler de l’humour monumental.
Astérix chez les Belges est un très bon cru, un enchaînement d’anecdotes et de fines observations sur la Belgique qui pourrait ravir particulièrement le lectorat belge célèbre pour son auto-dérision. Tout y est : les clichés (moules-frites), mais aussi des côtés plus fins comme les petites différences de langage (le dîner à midi...) ou la complexité politique du pays (les deux chefs en dispute continue) et des hommages (Brel et Hergé entre autres).
Le tout est bien rythmé, dans un scénario assez simple mais qui laisse aux auteurs l’occasion de se défouler et d’aligner un nombre impressionnant de références et autres allusions amusantes que le lecteur prendra beaucoup de plaisir à relever.
Accompagnez Astérix chez les Belges… ou plutôt « allez avec » !
Asterix
, Tome
33
: Le ciel lui tombe sur la tête
Posté le
11/10/2006
Après les nombreux avis ci-dessous, il n’y a pas grand chose à ajouter. Le numéro 33 est une imposture, ce n’est pas un vrai Astérix, c’est manichéen, sans humour et terriblement ennuyeux. Relisez plutôt un des très bons albums de la série (ceux de l’époque où il y avait un scénariste).
Et si, par erreur (comme des millions d’autres), vous avez déjà acheté l’album et ne savez pas quoi en faire, vous pouvez l’utiliser sur les marchés pour emballer du poisson, voire pour allumer un feu de cheminée ou un barbecue.
Balade au bout du monde
, Intégrale du 1er cycle
Posté le
23/05/2007
Balade au Bout du Monde fait partie de ces grandes séries qui ont marqué le 9e art. Le duo Makyo (scénario) et Vicomte (dessin) a créé ici un mythe, non seulement par un scénario hors du commun mais surtout par une ambiance incomparable. Difficile de ne pas être complètement intrigué, voire envouté par le destin de ce photographe qui se retrouve plongé dans un monde mystérieux, enfermé dans une prison moyenâgeuse sans en comprendre les raisons.
La lecture du premier cycle de balade au bout du monde réserve son lot de suprises et, si les quatres albums sont liés par un fil conducteur -le Royaume de Galthédoc-, chacun des tomes a sa propre ambiance, finalement assez unique.
La première partie dans la prison est excellente et captivante. Les souterrains obscurs et glauques créent une ambiance oppressante où les futiles rivalités entre prisonniers ajoutent encore une dimension stressante à la situation.
Ensuite, lorsque Arthis découvre Galthédoc et le Grand Pays, bien des mystères s’éclaircissent pour le lecteur mais Makyo relance alors son scénario avec une intrigue sur fond de rivalités entre notables du royaume de Galthédoc. Cette seconde partie est plus classique même si Makyo nous propose quelques personnages intéressants comme Apis, le Mage aux cent mille vierges (sous-exploité selon moi) ou Rabal, un horrible petit gnome détenteur de la pierre de folie. Au dela des rivalités du royaume, Makyo étoffe la psychologie de ses personnages et n’hésite pas à mettre en exergue l’ambiguïté des relations entre les différents protagonistes. Moins captivante que la première partie dans la prison, cette fin de cycle est de bonne facture, complexe et bien construite sans être absolument originale. Elle peut laisser un petit goût de trop peu, surtout en regard des débuts très prometteurs.
Les dessins de Vicomte évoluent fortement au fil des pages. Plutôt fades et approximatifs au début (surtout les personnages), ils se révèlent très beaux et travaillés sur la fin du cycle.
Bref le premier cycle de "
Balade au bout du monde
" est une oeuvre riche et intense dans un univers particulièrement créatif. Après plusieurs lectures, je reste envouté par la balade...
Balade au bout du monde
, Intégrale du 2e cycle
Posté le
23/05/2007
« Un soupçon de magie, un parfum de légende, la Balade déploie à nouveau ses sortilèges… », voici comment cette intégrale du second cycle est présentée en 4e de couverture.
Après le mythique premier cycle, nous avons le plaisir de retrouver Arthis et ses mystères. Cette fois, Vicomte a cédé le crayon à Herenguel pour le dessin, ce dernier assure très bien la continuité tout en mettant l’accent sur les personnages, là où Vicomte s’était plutôt concentré sur les ambiances. Herenguel multiplie les plans hyper rapprochés sur les visages et les corps, ce qui est bienvenu dans une histoire de transgression des âmes et des corps. Le scénario de Makyo est original, c’est une histoire étrange qui n’a pratiquement aucune connection avec le premier cycle de la Balade au Bout du Monde. Pas de chevaliers, ni de Pierre de Folie mais une nouvelle quête pour Arthis, à nouveau envouté par une jeune et jolie femme brune qui va l’emmener au bout du monde, en Inde mais aussi au bout de lui même en expérimentant l’envol des âmes tels qu’il est pratiqué dans certaines sectes d’Asie.
Makyo pousse très loin son scénario, malmenant le corps et l’esprit d’Arthis créant une atmosphère lourde et stressante qui fonctionne particulièrement bien. Le sommet est atteint dans une scène du dernier livre (tome 8 de la série) où l’antinomie, teintée d’érotisme, est totale.
Moins onirique que dans le premier cycle et surtout complètement différente (elle aurait pu faire l’objet d’une autre série), cette deuxième aventure d’Arthis reste particulièrement intense et créative.
Souvent décrit comme nettement inférieur au premier, j’ai pourtant trouvé ce second cycle de la Balade au Bout du Monde captivant. Sous-estimé selon moi !
Balade au bout du monde
, Intégrale du 3e cycle
Posté le
23/05/2007
Troisième cycle d’aventures pour Balade au bout du monde, cette fois nous avons droit à une ambiance sombre teintée d’ésotérisme et de mystères vaguement inspirés des côtés obscurs de la religion catholique.
Tout celà est très en ligne avec la mode actuelle (Da Vinci Code pour ne citer que lui). Le scénario de Makyo démarre à Paris et nous fait découvrir la rivalité entre certains mouvements sectaires et la course qu'ils mènent pour découvrir la date de l’apocalypse. Ceci aurait pu être assez prometteur mais finalement tous ces efforts scénaristiques servent surtout de prétexte pour ramener Arthis (et le lecteur) au royaume de Galthédoc découvert dans le premier cycle. Et là, ça ne marche pas, les ficelles sont grosses, les pièces du puzzle ne se mettent en place que de façon laborieuse et le tout se termine par une grande bataille médiévale sans grand intérêt. Quant-à la révélation de la date de l’apocalypse, elle est certes surprenante mais surtout assez décevante. Que reste-t-il? Un bon récit d’action, quelques scènes intéressantes mais c’est tout. L’erreur de Makyo a peut-être été de vouloir trop en faire, de multiplier les intervenants, les histoires parallèles et en fin de compte cela nuit à la lisbilité de l’ensemble et laisse une impression un peu brouillonne. Dommage!
Au niveau du dessin, Faure s’en sort bien mais sans éclat, surtout après les excellentes ambiances de Vicomte (1er cycle) et la maîtrise de Herenguel (2e cycle) pour les corps et les visages.
Bref, la note est dure mais elle reflète la déception d’un lecteur enthousiasmé par les deux premiers cycles et qui se retrouve devant une histoire réchauffée et sans véritable saveur. Bof...
Chéri-Bibi
, Tome
1
: Fatalitas !
Posté le
04/06/2006
Chéri-Bibi est la prometteuse adaptation en BD d’une des oeuvres de Gaston Leroux, romancier français principalement connu pour son autre héros « Rouletabille » dont l’aventure la plus célèbre est « Le Mystère de la Chambre jaune ».
Concentrer un roman sur une bonne cinquantaine de planches BD n’est pas une mince affaire et le scénariste Pascal Bertho s’en sort plutôt bien en nous proposant un récit émaillé de souvenirs relatés par Chéri-Bibi lui-même. Hormis certains passages un peu rapides, ce premier tome est intéressant. Le lecteur découvre en parallèle les péripéties du Bayard le bateau-prison sur lequel Chéri-Bibi est enfermé et, en flash-back, les meurtres pour lesquelles il se retrouve derrière les verrous. Tout n’est cependant pas dévoilé dans ce premier tome qui sert principalement à mettre le récit en place. Le mystère qui entoure les crimes de Dieppe est entier…
Récit d’une injustice et de la lutte pour la vérité, cette nouvelle série nous présente la France de la fin du XIXe siècle entre Dieppe et Cayenne, époque charnière entre deux siècles où les classes sociales sont encore très marquées, où les mariages arrangés sont la norme et où la justice expéditive s’embarrasse parfois assez peu de la vérité…
Les dessins de Marc-Antoine Boidin sont superbes, le travail sur les couleurs, les ombres et les lumières est impressionnant, bref c’est un plaisir pour les yeux. Les expressions des visages, ou plutôt des trognes, sont également remarquables.
Pour conclure, disons que le premier tome de Chéri-Bibi constitue une belle entrée en matière, le dessin est vraiment très bon, l’histoire prometteuse, espérons simplement que le passage du roman à la BD n’imposera pas trop de raccourcis qui pourraient nuire à la lisibilité de l’ensemble.
Le choucas
, Tome
1
: Le Choucas rapplique
Posté le
09/11/2005
Nouvelle série impliquant un détective privé, le Choucas annonce d’emblée un ton décalé et une approche originale.
Le dessin tout d’abord : Lax crée un univers ou les couleurs fétiches du polar dominent, beaucoup de noir et de jaune. Un cadrage peu commun, différent d'une case à l'autre, qui évoque bien le mouvement. Nous sommes loin du dessin statique et léché de bon nombre de séries policières.
Le héros ensuite : Le Choucas est un personnage original qui erre dans les ruelles mal éclairées de Paris. Il pourrait être le cousin de Nestor Burma ou du Poulpe mais son profil est tout de même différent. Il y a un « looser » en lui mais on suit ses aventures (et parfois mésaventures) avec un sourire au coin des lèvres. Le cynisme, l’humour, les très nombreux jeux de mots et les références multiples y sont pour quelque chose. L’album se savoure aussi à la relecture tant les trouvailles sont nombreuses.
Le scénario de cette première affaire, après une brève introduction du héros, s’oriente vers un complot concernant un championne de scrabble. Le Choucas va y fourrer son nez et y croiser quelques personnages secondaires intéressants dont le coup de main sera parfois bien utile. Tout s’accélère au fil des pages pour aboutir à un final un peu énorme quoique original et bien dans le ton de l’album.
L'atmosphère est installée, les prochains dénouements d’intrigues devront toutefois être un peu plus solides mais les débuts du Choucas en BD sont prometteurs.
Pour ceux qui aiment l’ambiance polar des ‘60-70s (on pourrait voire débarquer Delon, Gabin ou Ventura au coin de la rue), une chouette et étonnante rencontre. Un bel hommage aussi à la Série Noire de Gallimard.
Le choucas
, Tome
2
: Le Choucas s'incruste
Posté le
13/11/2005
Pour sa deuxième affaire, le Choucas voyage. Dans les rues sombres de Paris pour un rendez-vous anonyme et mystérieux, dans toute l’Europe à la recherche d’un disparu et enfin en province pour le dénouement de cette intrigue à tiroirs en compagnie de tous ses protagonistes.
« Vous et votre obstination ! Vous êtes un vrai kyste, Choucas »
La machination se met en place lorsqu’il doit récupérer un colis chez « ma tante » (l’autre nom du crédit municipal de Paris), les rouages se coincent un première fois lorsqu’il perd le précieux colis et petit à petit les différents éléments de l’affaire se mettent en place.
Le ton très décalé du premier tome est toujours de rigueur. Le Choucas mène l’enquête sans jamais dominer les événements. Malgré les échecs et les revers, son obstination le mène toujours plus près du but.
A nouveau Lax nous gratifie de quelques personnages secondaires amusants, plutôt stéréotypés comme le concierge statisticien et parfois sympathiques comme les deux voyoux lettrés
Dans ce deuxième volume, Lax persiste dans les couleurs sombres. Seul le jaune de la chemise du Choucas donne un peu de chaleur aux planches où le noir domine. Le mouvement est très bien rendu par les cadrages variés (parfois inspirés du cinéma). De même, les gros plans révèlent d’une part les émotions des personnages et d'autre part leur humanité et leurs faiblesses.
Bref, nous suivons les aventures du Choucas avec plaisir, ses traits d’humour et son cynisme nous arrachent même quelques sourires. Le scénario est bien construit mais se révèle un peu trop provoqué dans son déroulement pour être vraiment crédible. Un bon deuxième album malgré ses excès.
Une note de sympathie tout de même pour les amateurs de vin : la cuite des planches 38 et 45 (pages 40 et 47) est particulièrement « millésimée ».
Le choucas
, Tome
3
: Le Choucas enfonce le clou
Posté le
20/11/2005
Habitué du clin d ’oeil, Lax s ’amuse à nouveau en multipliant les hommages plus ou moins discrets, nous pourrons ainsi découvrir un poster du Faucon Maltais dans l ’appart du Choucas ou un « baiser de l ’Hôtel de Ville » que n ’aurait pas renié Robert Doisneau.
Le style graphique colle très bien à l’ambiance générale de la série, tout comme dans les albums précédents. La mise en couleurs, toujours assez sombre, est avare en teintes éclatantes, hormis la chemise jaune et les chaussettes rouges du Choucas. Les visages sont particulièrement expressifs et côté personnages, les seconds rôles toujours très typés.
Le scénario est divertissant, nous suivons les traces du Choucas à la recherche des copains de classe du commanditaire de cette enquête. Le voyage à travers la France est émaillé de rencontres savoureuses: entre révolutionnaires corses et anciens lanceurs de pavés en ‘ 68, les bons mots sont souvent de circonstances. Retour aussi, pour notre plaisir, de Aristides Alibi et Gabin, deux des acteurs de la première affaire. Enfin, le final dévoile une machination plutôt efficace et sympathique.
Le contexte de l ’album est largement inspiré du monde pourri du petit écran avec toutes les dérives actuelles liées à une course à l ’audimat dépourvue de retenue et d ’esprit critique. Le personnage central de cette illustration est Jean-Christophe d’Aubaine, alias JCDA, star omniprésente du petit écran et charognard assoiffé de ragots. Lax nous livre ici une peinture au vitriol de ce milieu hypocrite et sans scrupules. A contre courant de la masse des tétéspectateurs, le Choucas boycotte assidûment JCDA et la télé poubelle. Pour reprendre ses mots: « il suffit de zapper un p’tit coup... ».
Exemple à suivre!
Le choucas
, Tome
4
: Le Choucas n'en mène pas large
Posté le
27/11/2005
Le quatrième Choucas est un très bon cru, la série arrive ici à maturité. L’album se déguste avec plaisir et bonne humeur tant le scénario est efficae et original. Je tiens aussi à souligner l’humour très présent, particulièrement au travers des pensées du héros, souvent piquant mais lucide dans son analayse de la situation. Lax s’amuse visiblement beaucoup avec les mésaventures de son anti-héros.
L’enquête nous mène tout d’abord dans un petit village de montagne où le curé local mandate le Choucas de retrouver son frère et de le sortir du pétrin dans lequel il se trouve. La suite des événements se passera à Madère et en Amazonie, bref le dépaysement est total. Les personnages rencontrés au cours de cette affaire sont savoureux et colorés : citons en vrac le verbe du curé de Touzet-le-Haut, le «charme» de la femme de César ou le flegme d’Abel. Les dessins enfin sont toujours intéressants, l’album est truffé de petites trouvailles visuelles, le cadrage est mobile et dynamique (inspiré du cinéma), les mises en couleurs et les ambiances (Alpes, Madère et Amazonie) sont parfaites, avec une mention spéciale pour l ’Amazonie, chaude, infestée de moustiques et particulièrement moite. Au niveau références (aspect classique dans la série), certaines scènes rappellent clairement le Salaire de la Peur de Henri-Georges Clouzot.
Un album supérieur à ses prédécesseurs, Lax trouve ici le rythme adéquat pour nous tenir en haleine de la première à la dernière case, tout en nous faisant rire par son ton décalé et par les déboires de son héros.
Le choucas
, Tome
5
: Le Choucas met le feu aux poudres
Posté le
30/11/2005
Les dernières élections présidentielles françaises ont visiblement inspiré Lax pour cette cinquième affaire. Sur fond de campagne eléctorale, la dérive à droite est clairement illustrée et la caricature de Paris vaut le détour. Le choucas vit avec son temps et la peinture sociale de notre époque, jamais dénuée d’humour, est une des principales qualités de cette série.
Toujours aussi savoureux, les dialogues font mouche et les bons mots se ramassent à la pelle. Au fil de ses pérégrinations, notre détective sans nom croise bon nombre de personnages originaux, voire improbables. Comme dans les autres épisodes, ces rencontres ponctuent l’album de quelques scènes caustiques et font peu à peu avancer l’enquête. Quant aux dessins, c’est du tout bon, découpage efficace et mise en couleur adéquate, Lax maitrise l’esthétique de la série.
Néanmoins, la sauce a un peu de mal à prendre. L’enchaînement des événements fait parfois trop appel au hasard ou aux coincidences (parfois énormes) pour que nous puissions vraiment suivre le choucas sans méfiance. L’album souffre également de quelques longueurs dans le récit. Certains événements ou certaines scènes donnent une impression de remplissage forcé, en vue des 46 planches, si bien que l’on s’ennuie par moment.
En conclusion, l’humour, le dessin irréprochable et les très bons seconds rôles cachent difficilement un scénario un peu faible.
Le choucas
, Tome
6
: Le Choucas gagne à être connu
Posté le
04/12/2005
Cette 6e affaire est une des meilleures, le Choucas n’est jamais aussi passionnant que lorsqu’il voyage. Il va ici traîner ses guêtres dans le Québec profond, pays dur et exigeant où la cohabitation entre nature sauvage, indiens et blancs débouche plus souvent sur la violence et le sang que sur les bons sentiments. Le sang, est d’ailleurs très présent dans cet album, tant au niveau du fond de l’enquête que dans son déroulement. Bagarres, explosions, exécutions ; le Choucas s’en prend ici à de très gros bras. Le nombre de morts dans cet album dépasse de loin, je pense, tous ceux des 5 affaires précédentes !
Cette aventure musclée est servie par une dessin toujours aussi précis et créatif dans le cadrage. Les scènes canadiennes sont remarquables, montrant un paysage automnal et brunâtre, une contrée rude où il fait bon se réchauffer dans les chalets autour du poêle, pour autant que l’étranger y soit le bienvenu...
Le scénario est efficace, enchaînant les révélations au fil des pages. Le Choucas parcourt la forêt pour le compte de Brumeuse et découvre peu à peu un univers abominable adminstré par des hommes cupides et sans morale. Lax dénonce ici une dérive possible (réelle?) et terrifiante de la société moderne, dont je ne peux rien dire de plus sous peine de diminuer l’intérêt de l’abum. A noter l’utilisation du québecois pour les dialogues, ce qui ne facilite pas toujours la lecture mais colore savoureusement l’ambiance de l’album. L ’humour comme d'habitude est présent au travers des réflexions -sur le vif- du Choucas.
Pour conclure, une lecture très prenante pour une série peut-être trop méconnue.
*** info ***
Il est possible que cette 6e affaire du Choucas soit la dernière de cette collection originelle. A l’heure où j’écris ces quelques lignes (décembre 2005), Dupuis annonce une nouvelle série, impliquant le déctective de Lax, appelée les "
Les tribulations du Choucas
" (Dupuis, Repérages) dont le premier album, « Trekking payant » devrait sortir en janvier 2006. Cette série devrait adopter, sous une couverture grand format, les mêmes techniques de dessin et de mise en couleurs que l’album "
L'aigle sans orteils
" (Lax, Dupuis Aire Libre). Source: www.dupuis.com
Le combat ordinaire
, Tome
1
: Le combat ordinaire
Posté le
16/02/2007
Un nouvel avis sur cette série qui en compte déjà énormément…
Un album qui mérite le détour et qui n’usurpe pas sa popularité…
Un scénario tout simple en première lecture, et tellement riche en seconde lecture…
Une histoire ordinaire, celle d’un photographe fatigué qui délaisse la photo…
Un combat attachant pour l’amour, l‘amitié, la vie quoi...
Après ma première lecture, je me suis dit boaf, pourquoi tant de bruit, moi je vais mettre 3 étoiles et puis passer à autre chose. Tout de même étonné par mon manque d’enthousiasme sur un album qui en suscite tant, j’ai décidé d’attendre un peu et de laisser mûrir mon avis. Je me suis alors surpris à repenser à cet album, souvent.
Je viens de le relire et la seconde lecture a été bien plus forte. J’ai fortement apprécié le travail sur les détails, l’humour, le dessin beaucoup moins naif qu’il n’y paraît, les dialogues riches, justes et parfois tellement forts. J’adore les « silences » de l’abum, ces cases qui ne disent rien et pourtant qui font passer tant d’émotions!
J’ai nettement moins apprécié la fascination de Marco pour les « gros pétards » et lorsqu’avec son frère, il fume en présence de Naima enceinte je le trouve vraiment très con. Quel intérêt Larcenet a-t-il vu à mettre tant d’emphase sur cet aspect de Marco et son frère? Cela reste un mystère pour moi.
Enfin, les horreurs banales qui parsèment l’abum m’ont touché, révolté et fait réfléchir. Et le dernière case est… pfffff waouw !
Une lecture subtile et qui laisse une trace, longtemps...
Le combat ordinaire
, Tome
2
: Les quantités négligeables
Posté le
16/09/2007
Le premier tome du Combat Ordinaire est une petite merveille de sensibilité, une BD particulièrement forte. Le deuxième tome poursuit sur la lancée en mettant un peu plus d’emphase cette fois sur la relation entre Marco et son père.
Et c’est de nouveau la claque, Larcenet est décidément en grande forme dans cette série qui me séduit un peu plus à chaque lecture. Entre son père malade et vieillissant, son frère qui tourne un peu en rond dans sa banlieue, les ouvriers de l’atelier 22 qu’il photographie en vue d’une expo et Emilie son adorable copine, Marco nous promène dans son monde où la vie ordinaire prend une nouvelle profondeur lorsque les aléas du quotidien touchent les proches, où les positions dogmatiques (à propos du vote FN par exemple) vascillent sur leur socle lorsqu’elles sont confrontées au désespoir et à l’amitié.
Côté dessin, c’est du Larcenet, efficace et expressif derrière l’apparente légèreté du trait. Le travail sur l’émotion à travers les yeux des personnages, par exemple, est remarquable. Ajoutons à cela, de temps à autres, une page de « photos » des ouvriers de l’atelier 22, sur laquelle Marco, à moins que ce ne soit Larcenet, nous livre quelques réflexions sur son combat ; j’aime particulièrement bien celle où, faisant référence à une star de la photo plutôt médiocre au quotidien, il parle de l’artiste dépassé par son oeuvre...
Si vous n’avez pas encore découvert le Combat Ordinaire, jetez vous dessus, lisez-le, dévorez-le, méditez-le et surtout relisez-le.
Le combat ordinaire
, Tome
3
: Ce qui est précieux
Posté le
04/10/2007
« Il faut laisser passer la beauté et préserver ce qui est précieux »
Troisième et avant dernier tome du combat ordinaire, Ce qui est précieux est un peu plus grave que ses prédécesseurs. Le contexte n’est pas non plus propice à la légèreté puisque l’ensemble de l’album est marqué par le deuil et le souvenir du père de Marco, ce qui nous donne une fois de plus l’occasion de réfléchir à ce fameux combat ordinaire…
Un des côtés impressionnants de cette BD est la trace qu’elle laisse après la lecture. Je me dis souvent : « tiens, ça me fait penser au combat ordinaire »... Je le mentionnais déjà dans la critique du premier tome mais, décidément, cela se confirme! Peut-être parce que je dois avoir à peu près l’âge de Marco, peut-être parce que je partage certaines de ses préoccupations mais probablement et surtout parce que tout ceci est particulièrement juste et exemplairement conté. Le combat ordinaire est hyper intime mais sans jamais être impudique, cet équilibre mérite les louages.
Revenons à ce 3ème tome plus posé, tout en profondeur. Le carnet de notes du père de Marco et ses souvenirs d’enfance viennent nourrir la réflexion de Marco, son dilemme plutôt, relatif au bébé que souhaite Emilie : elle l’aime et elle veut un enfant avec lui mais elle est aussi prête à partir si Marco s’obstine dans le refus. Entre le fils en deuil et le père potentiel terrorisé, Marco va devoir trouver son chemin…
Le dessin de Larcenet, faussement naïf (en premier coup d’oeil) est toujours aussi limpide, agréable à regarder et sert parfaitement le récit. Mention aussi pour la mise en couleur de grande qualité par Patrice Larcenet.
Signalons enfin la qualité des dialogues, ces petites phrases remarquables (fréquentes chez la mère de Marco par exemple) qui sont comme des gifles qui assènent les vérités sans non plus donner de leçon.
Le combat ordinaire est sublime. J’adore !
Le combat ordinaire
, Tome
4
: Planter des clous
Posté le
19/03/2008
Quatrième et (apparemment) dernier tome de la série, Planter des Clous est une très bonne BD, dans le veine des trois albums précédents. Si vous avez aimé "
Le combat ordinaire
", allez-y, tous les ingrédients qui ont fait le succès de la série y sont : Marco, sa famille, ses interrogations, les dialogues étonnants de justesse, les planches en noir et blanc qui parsèment l'album et permettent de faire un pause réflexion, le dessin expressif et coloré de Larcenet, les sujets de société qui interpellent et même le retour d'un petit chat, comme pour boucler le cycle (rappelez-vous le rôle du chat dans le premier tome).
Et pourtant...
Je suis, malgré mon enthousiasme pour cette série, un peu déçu. Là où les 3 albums précédents faisaient mouche, m'épataient par leur message et leur précision, me touchaient, je suis resté un peu plus imperméable à ce quatrième tome. Des deux thèmes principaux -la paternité et la crise économique qui touche l'industrie- seul le traitement du premier m'a convaincu, réservant au lecteur quelques très bons moments (et bons mots). Par contre, tout le discour sur l'égoïsme de la société me semble un peu brouillon, l'utilisation de l'actualité récente (présidentielles 2007) n'ajoutant selon moi qu'un aspect anecdotique à une série qui jusqu'ici était plus universelle. Néanmoins, ne boudons pas notre plaisir, "
Le combat ordinaire
" reste une grande claque par un des grands auteurs de la BD actuelle et ses observations des petites choses du quotidien sont souvent un régal. La scène du cimetierre est un exemple de confrontation avec la réalité que j'adore chez Larcenet.
J'aurais aimé terminer par une note maximale et je ne mets "que" un 4 pour ce dernier album, très bon mais tout de même inférieur aux précédents. Mais c'est clair, la série est culte et relève du chef-d'oeuvre.
Epoxy
, Epoxy
Posté le
04/12/2006
Epoxy est une bédé un peu à part particulièrement pour son côté historique !
Bédé érotique parue pendant la révolution de Mai 68, elle marque un peu la rupture entre la vieille bédé bien pensante et réaliste qui abondait dans le journal de Tintin et les courants neufs et créatifs qui vont bousculer les codes et emmener la BD vers ses sommets actuels. Signalons que l’érotisme de l’album est assez léger et ne vire jamais dans la vulgarité.
Tout premier scénario du célèbre Jean Van Hamme, cela mérite d’être signalé. Ce récit conte la quête initiatique d’une jeune ingénue à la découverte des plaisirs de l’érotisme dans la Grèce Antique. L’interaction entre cette femme et les dieux, les rivalités entre ces derniers témoignent d’une bonne documentation sur la mythologie mais surtout pré-figurent d’autres situations quelque-peu similaires que le fan de Van Hamme pourra découvrir entre-autres dans le "
Le grand pouvoir du Chninkel
" et bien sûr "
Thorgal
". Ceci dit, la comparaison s’arrête là car ici Van Hamme débute et le scénario souffre vraiment d’un manque de liant : les scènes se succèdent sans vraiment de fil conducteur. Le scénario est essentiellement un prétexte pour permettre à Epoxy de croiser une bonne partie des célébrités de l’époque ce qui lui vaut quelques échanges intéressants, charnels ou spirituels, c’est selon…
Paul Cuvelier se fait plaisir et signe un album pour adultes au dessin réaliste, initialement paru en deux couleurs et habilement re-colorié par Bertrand Denoulet, le coloriste de "
Pin-Up
" et "
Niklos Koda
" lors de sa réédition aux éditions Le Lombard (collection Signé). Malgré les superbes couleurs, le dessin probablement moderne lors de sa sortie, reste celui d’une époque déjà lointaine et a clairement vieilli.
Epoxy est un peu comme ces vieux films qu’il faut avoir vu car ils ont marqué leur époque et parce qu’on y fait souvent référence mais qui ne répondent plus aux attentes du moment. Empruntez l’album et plongez vous dans cette lecture qui, à défaut d’être passionnante, sera intéressante si elle est replacée dans son contexte historique.