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Ada dans la jungle
, Tome
1
: Ada dans la jungle
Posté le
19/01/2003
Quoi de plus savoureux que de lire «Ada dans la jungle», le chef d'oeuvre d'Altan?
Cette dernière se caractérise par un esprit subversif et des répliques jouissives: Altan joue sur les stéréotypes et les détourne (ne prenez que le titre: «Ada dans la jungle», ça ne fait-il pas un peu trop roman colonial?), les personnages passent leur temps à persifler...
Tout le travail scénaristique de l'auteur tend à rendre chaque case mémorable, d'un humour venimeux; l'utilisation simultanée de trois focalisations (focalisation interne: le point de vue des personnages; focalisation externe: le travail descriptif; focalisation zéro: les commentaires de l'auteur sous chaque case) est remarquable et permet la création de constant décalage. Car, si à l'instar d'un «Idées Noires», les scènes d' «Ada dans la jungle» sont particulièrement décapantes, il faut en remercier l'auteur dont les commentaires ironiques et pertinents créent un décalage permanent (prenez la scène de l'héritage, au début -Ada: 'Cest idiot de se voir dans des circonstances aussi tristes.' Nancy: 'Eh! Ce vieux sac est en train de mourir, si dieu le veut.' l'Auteur: 'Nancy accablé de tristesse.').
D'une certaine façon, le ressort profond d' «Ada dans la jungle» est la question de la mise en scène; mise en scène formelle via l'utilisation que fait Altan du principe du commentaire (sur son propre scénario éculé de clichés!), mise en scène de l'ouvrage même qui se veut parodie du roman d'apprentissage, mais aussi mise en scène de personnages conscients de jouer un rôle (les noirs jouant aux «bons sauvages», Ada à l'héroïne romantique...) et s'en émancipant quand ils le veulent!
Le cocktail explosif de personnages -sardoniques, égoïstes et profiteurs- est doublé d'un noir et blanc les dotant d'un graphisme inoubliable (traits ronds, nez en trompettes, bedaines...) tandis que le monde colonial est décrit comme loqueteux, poussiéreux, à la manière du «Coup de torchon» de Bertrand Tavernier.
Même si le scénario peu devenir un peu lassant sur la fin (jeu répétitif, dialogues et commentaires plus attendus, etc...), l'oeuvre d'Altan reste incontournable.
Un modèle de la bande-dessinée parodique.
Alack Sinner
, Tome
1
: Viet blues
Posté le
28/06/2005
Un avis laissé, un peu esseulé, sur le site des éditions Casterman résume bien l'ambiance si particulière d'Alack Sinner:
http://bd.casterman.com/catalogue/avis.php?i=2-203-33478-9
Je pense être d'accord en tout point avec ce lecteur.
"
Alack Sinner
" est une bande dessinée merveilleuse, et triste.
C'est le reflet d'un monde désabusé, celui des années '70 aux Etats-Unis.
Un monde qui nous parait aujourd'hui bien lointain, pétri par le Viet Nam, les luttes contestataires... et puis surtout la crasse.
Dis comme ça, ça à l'air bête, mais en lisant "
Alack Sinner
", on ressent comme une moiteur, une torpeur sale.
Saleté des rues, des comportements.
On a l'impression, non pas que le monde est pire, mais que ces mauvais aspects sont plus visibles.
Ca tient quelque part surement au magnifique trait de Muñoz, qui nous tailles des atmosphères, des gueules... une vraie loupe.
Ces grandes appliques sombres, épurées, contrastent avec ses traits aiguës, comme des griffures au crayon: le dessin oscille entre l'esquisse et le baroque. On ne résume pas, on surcharge.
Surchage d'atmosphère, de tension... toujours suggérée... la violence des rapports, leur crudité aussi, qu'on soit entre amis ou ennemis.
Souvent, là aussi, on est à la limite du stéréotype, comme souvent dans quand on touche à un genre aussi pratiqué que le polar.
Pourtant, "
Alack Sinner
" reste au dessus d ela mélée. Il a ce quelque chose en plus qui fait qu'il les résume tous, sans jamais paraitre ridicule.
"
Alack Sinner
" est sombre, de la même façon que les romans d'Easton Ellis sont brillants. Dans les deux cas il s'agit d'un portrait de génération, mais l'ambiance à changer entre temps... on est passé de l'esthétique du jazz et du rock-punk à celle du clip Mtv, et ça change beaucoup de chose.
Reste la poisse, le désenchantement, et toujours la rengaine de la vie qui passe outre le désespoir.
Un sacré chef d'oeuvre.
Alack Sinner
, Tome
2
: Flic ou Privé
Posté le
02/03/2003
«Flic ou privé», le présent album, a été réédité chez Casterman en deux tomes: «Mémoires d'un privé» et «Souvenirs d'un privé».Il est généralement considéré comme le meilleur volume d'Alack Sinner avec «Nicaragua»; on peut sans conteste dire que c'est un ouvrage mythique.
Je me suis longuement questionné avant de commencer une critique d' «Alack Sinner»; si cette oeuvre des argentins José Muñoz et Carlos Sampayo regorge d'idées, qu'elles soient graphiques ou scénaristiques, en faire une analyse si minable soit-elle, n'en est que plus difficile.
A la suite de la lecture du résumé, les personnes n'ayant pas déjà lu la série doivent se demander de quoi il en retourne, question naturelle. Elles se rendent bien compte que nous nous trouvons en face d'un polar urbain noir et violent, où une New-York digne de la Babylone biblique est la cité de tous les vices et de tous les maux, «salad bowl» d'ethnies ne cherchant pas spécialement à coexister entre elles.
Le problème est bien que la série ne peut se targuer d'avoir une intrigue claire et poursuivie tome après tome, si ce n'est la vie même d'Alack; emprunte d'un réalisme noir, cette dernière n'est qu'un bien maigre fil conducteur: comme toutes les nôtres, on pourrait y chercher des mois une raison et une finalité propre sans les trouver (...)
Peut-être qu'en réalité l'une des qualités de l'intrigue est là : dans un univers dur mais malheureusement assez réaliste, la vie du personnage principal n'échappe pas à la règle générale ; elle n'est idéalisée ni en bien ni en mal, on n'y trouve pas de grand méchant loup, et bref, c'est une suite assez décousue d'enquêtes et d'histoires où Alack n'est qu'un observateur.
L'atmosphère générale est plus que bien trempée; la violence et la misère y sont omniprésentes (et sans vouloir en déplaire à certains, il est amusant de remarquer que depuis la Cour des miracles pauvreté et violence sont associées; l'Ordre moderne ne serait-il qu'une conception esthétique où l'on frapperait le miséreux de peur que sa «maladie» ne vienne contager nos alignements de lotissements aux haies blanches, et la propreté de nos couloirs dignes de Gattaca? La question reste posée.): chicanos ostensiblement armés, putes sur les trottoirs, ivrognes gueulant rituellement à leurs portes... ce qu'on appelle le «règne de la nuit» semble avoir gagné les heures diurnes de New-York-sur-Loire.
Si la violence est omniprésente, c'est qu'on la voit sourdement: Alack déambule dans les quartiers populaires, et on la voit affichée sur les murs, le macadam; on sait qu'elle peut agir à tout moment mais elle ne le fait que rarement : le lecteur est d'autant plus tendu avant qu'elle n'entre en scène.
On peut dire qu'une des caractéristiques d' «Alack Sinner», est que la tension y est plus suggérée que réellement appliquée (on pourrait s'attendre à ce qu'elle soit visible réellement [fusillades, etc...] en arrière-plan de chaque case -ce n'est pas le cas, mais on la ressent pourtant... étrange sensation), un peu au contraire de «Sin City» de Franck Miller [à relativise, je n'ai pas d'autres exemples à l'esprit à l'instant] : on sent que la violence peut surgir à chaque instant, on est obligé d'en tenir compte car on la sent quotidienne, même s'il elle se fait parfois attendre...
C'est ce côté d' «Alack Sinner» qui nous rappelle les films noirs des années '50 (en plus, Alack, en privé éreinté et noyant son quotidien dans l'alcool, n'est pas sans évoquer d'autres figures du genre...) avec Humphrey Boggart notamment («The deep sleep», etc...) ou plus récemment «Taxi Driver», l'un des premiers Scorsese où De Niro est encore jeune.
Comme vous avez du le comprendre, le scénariste, Carlos Sampayo, maîtrise son ambiance et sa narration; qu'en au dessinateur, José Munõz, il est à son habitude formidable: son dessin hiératique, entrelacis de bandes noires et blanches, parfois difficile à lire mais ô combien singulier et subtil, reste sa marque de fabrique qu'il n'a cessé depuis d'explorer...
On ne peut donc s'étonner que cette paire, de plus soudée par l'amitié, soit devenue l'une des meilleures griffes de la bande-dessinée contemporaine.
«Alack Sinner» est un polar urbain noir, moderne et réaliste, à la violence quotidienne suggérée plus que mise en avant, au personnage de privé usé jouant avec les archétypes; bref une référence!
*On sait que Muñoz et Sampayo aiment le jazz, leurs univers baignent dedans, allez donc voir sur:
http://www.coconino-world.com/s_expo/index.html
*Je conseille d'écouter avec «Alack Sinner» du jazz (Charles Mingus, Hank Mobley, Joshua Redman ou Charlie Parker...) ou du rap (Cannibal Ox, A Tribe Called Quest, Cypress Hill...)
Au temps de Botchan
, Tome
1
: Tome 1
Posté le
27/01/2003
«Au temps de Botchan» est la première bande-dessinée que je lis de Jiro Taniguchi et Natsuo Sekikawa, son scénariste. Et je dois avouer que je suis agréablement surpris.
Kinnosuke Natsume, dit Sôseki, est un célèbre auteur japonais (peut-être toujours le plus lu, mais Mishima le talonne) de l'ère Meiji; son oeuvre reflète mieux que toute autre cette période où le Japon, déjà un état moderne, se rêvait encore tel qu'il était il y a alors quarante ans... Japon ancien, celui des auberges et des courtisanes, celui dont les romans de Kafû («Du côté des saules et des fleurs», «Le bambou nain»...) reflètent les derniers instants avant sa mort.
Le Japon de Meiji fut déchiré entre ce passé qu'il transforma en mythe, et sa présente modernité empruntée à l'occident; il se demandait en quoi il était encore japonais et non pas une dérisoire copie de l'Europe. Ce déchirement se ressent dans l'oeuvre de Sôseki, et dans sa vie même, emmuré dans sa névrose et ne se supportant pas lui même, pétri qu'il était de culture anglaise. Et, ô joie, «Au temps de Botchan» est aussi marqué du sceau de ce déchirement entre passé et modernité.
Vous me direz donc (et à juste raison) que, aussi estimable soit-elle, la transcription du sentiment d'une époque en bande-dessinée n'intéresse guère de monde.
«Au temps de Botchan» marque par son atmosphère de flottement: alors que tout s'accélère autour d'eux, Sôseki et ses compagnons semblent vivre au ralenti; ils discutent, s'égaient, se saoulent, comme si le temps était suspendu.
Le dessin de Taniguchi, détaillé mais restant sobre (ses contours nets et marqués, et le peu d'effet d'encrage, ne sont pas sans rappeler la ligne claire), est d'une grande qualité, quoique un peu classique; il convient néanmoins ici parfaitement à une histoire elle aussi classique, la complétant et la renforçant. Ses effets de lumière (brume, fumée, lumière vive ou matinale...) sont particulièrement travaillés: les ombres sont représentées en pointillés, la lumière fait varier l'intensité du gris et «perce» le dessin de sa blancheur lorsqu'elle est crue.
Pour finir, on peut sans conteste dira qu' «Au temps de Botchan» est une bande-dessinée forte, marquée par une ambiance et un graphisme soignés; néanmoins son thème particulier, son scénario recherchant le ton de la biographie, ne le destine à priori pas à la majorité du public, qui plus est européen.
«Mon seul travail consiste à lâcher les personnages dans cette atmosphère [celle du Tôkyô gagné par la modernité]. Ensuite ils n'ont plus qu'à y nager à leur guise... de fil en aiguille, les lecteurs et l'écrivain vont être conquis par l'atmosphère... Tout sera ordinaire. Je ne provoquerais rien d'insolite.»
Big Man
, Tome
1
: Big Man
Posté le
29/01/2003
Vous vous dites, encore une histoire sur l'amitié qui vainc les différences: après le super héros qui s'intègre dans une communauté paysanne [Superman], l'éléphant qui veut se voir considérer comme un être humain [Elephantman], la femme que son bambin oedipien croit omnisciente [Portnoy et son complexe alias Big Maman] voilà l'homme trop grand nouant une amitié sincère... «Big Man».
Et bien, je ne vous détromperais pas; c'est bien de cela dont il s'agit ici. Tout l'art de David Mazzucchelli consiste à jouer sur le pathétique sans trop forcer le dose.
Pathétique, son histoire l'est sans trop de difficulté: on est en face d' un homme différent, qu'on imagine exilé par les siens -emprisonné sur un radeau- et qui ne peut être accepté par des gens par trop différents, ne pouvant communiquer avec eux mais étant néanmoins un être humain sensible (bon... j'avoue que je ne sais pas s'il aime Berlioz)... sortez vos mouchoirs.
D'un autre côté, Mazzucchelli ne cherche pas à en faire trop: son dessin est juste, réaliste, marqué par des ombres noires et brunes, simple et rugueux à l'image de cette communauté paysanne qu'il décrit. Ces dernier ne sont ni des rustres ni des militants humanistes accueillant à bras ouvert le colosse; bref, ils sont humains et leurs réactions sont sensées, sans plus d'arrières pensées que la peur légitimement inspirée par l'imposant géant.
Au final le graphisme brun et rugueux, simple et pourtant très maîtrisé de Mazzucchelli sert une nouvelle version d'un thème maintes fois abordés. S'il ne le révolutionne pas, il le traite avec une sensibilité certaine, toujours à la limite du pathétique mais sans jamais verser dedans. S'il n'est pas excellent, «Big Man» vaut toujours le coup d'oeil.
Billet, SVP
, Billet, SVP
Posté le
25/02/2003
Je ne peut dire si l'incipit de cette histoire approche de quelque façon que ce soit la vérité;
Killofer prétend avoir recours au sieur Lewis [Trondheim], ami avec lequel il est l'un des fondateurs de l'Association, quand il n'a pas d'idées.
Au vu de cet album, ce ne doit pas être une maladie très courante dans sa famille.
Recueil de courts récits de quelques pages (de 2 à 4), «Billet, SVP» se compose de tranches de vie de contrôleurs ferroviaires dans leur métier et avec leur entourage.
Le traitement proposé par Killofer va à l'encontre de ce que l'on pourrait attendre pour un tel récit: ce n'est pas dans une narration sociale réaliste (on n'est pas chez Ken Loach non plus...) mais un ensemble d'historiettes mêlant fantastique et humour (le coup du jeune rocker voyageant sans billet, poursuivi par les contrôleurs, sortant à la prochaine gare, se réfugiant dans une salle avant de sortir pas une fenêtre et de se faire renverser sur les rails est, je le pense, symptomatique...).
Si le traitement ne passe pas par le «social», ce ne veut pas dire que l'ouvrage de Killofer en est exempt; la misère psychologique, la solitude, et, en contrepartie, l'agressivité des contrôleurs sont biens mises en avant. Mais ce n'est pas un traitement social dans le sens où l'auteur ne propose pas de thèse, de continuité (ce sont des éclats de vie.), mais bien plutôt une vague ambiance tel que peut la ressentir le passager moyennement empathique.
L'humour noir de la plupart des scènes et les chutes qui tombent à plat ne sont pas fait pour rire; au contraire, il me semble que l'auteur s'en serve pour faire monter le malaise...
Le réel humour est plutôt à rechercher du côté des scènes scatologiques et de la perspective fantastique (le contrôleur prédisant l'avenir uniquement à partir des billets valables est vraiment pas mal!).
En parlant de fantastique, hors le déroulement parfois irréel des scènes, il touche aussi le dessin (pas mal comme transition, hein?). Ce dernier, jouant sur toute la palette des gris, semble comme patiné et donne lieu à un graphisme tout en rondeur (les ombrages dont la lisière parait estompée y sont aussi pour beaucoup); cette rondeur est accentué par la régulière difformité des corps, qui touche particulièrement les orifices buccaux, nasaux, etc... (...) dont l'ampleur est telle qu'on dirait que la tête de certains personnages est composée de doughnuts.
Et avoir à vos courses un contrôleur à la tête en doughnuts, c'est clairement identifiable comme irréel, voire fantastique!!
Bref, «Billet,SVP» est une bande-dessinée somme toute sympathique de Killofer, mêlant habilement malaise social, traitement lorgnant vers l'onirisme et dessin underground.Les courtes histoires brodent un canevas d'ambiance générale plutôt qu'un vrai scénario, et c'est la vrai faiblesse de l'ouvrage.
La cité de Verre de Paul Auster
, Tome
1
: La cité de Verre
Posté le
29/01/2003
Risquer une adaptation de «La cité de verre» de Paul Auster, livre culte (et que je n'ai pas lu, pour être franc), en narration figurative comme on dit pour faire sérieux, semble à première vue une entreprise difficile; et ce, même en considérant l'équipe de choc mise aux commandes: illustrations de David Mazzucchelli (qui pour la petite histoire collabora avec Frank Miller pour les «Batman Year One»), Art Spiegelman au poste de responsable graphique (l'auteur de «Maus», la seule oeuvre dessinée jamais récompensée pour le Pulitzer, mais aussi un ancien du U-Comics au côté de personnes comme Deitch ou Williamson) et Paul Karasik à l'adaptation narrative.
Si je ne peux, n'ayant pas lu le roman de Paul Auster, juger l'adaptation dudit ouvrage en bande dessinée, je peux par contre tenir compte de l'intérêt propre de cette dernière.
Sans vouloir trop en dévoiler, je dirais que le rythme créé par l'écriture est envoûtant, doublé d'un travail scénaristique fin: si il y a une nette prédominance de l'écrit sur le dessin, ce dernier reste toujours porteur de sens et permet d'explorer les deux niveaux de lecture de l'oeuvre (si vous préférez, la traduction graphique de la narration de Paul Auster rend le deuxième niveau de lecture du récit plus évident).
Parmis ceux-ci, je pense en particulier à l'impression de dédoublement que donne le héros, le travail réalisé sur les moyens de contourner le langage pour communiquer, ainsi qu'à l'isolement provoqué par la cité même (New York) qui permet ce dédoublement; la «Grosse Pomme» devient un labyrinthe hiératique, où le héros se perd au sens propre...
Le graphisme développé par Mazzucchelli, s'il est techniquement simple, tente de coller au récit et à ses métamorphoses (la tonalité du graphisme accompagne celle de l'histoire: lorsque cette dernière est réaliste, le dessin l'est aussi, lorqu'elle bascule dans des visions émotives propres à la conscience d'un personnage, ce dernier devient plus surréaliste et se métamorphose à la façon d'un Fabrice Néaud...) et y réussit plutôt bien.
«La Cité de verre de Paul Auster» est donc ce qui s'approche le plus d'un roman graphique au sens littéral du terme, et pour cause, c'est l'adaptation d'un roman. C'est une oeuvre au rythme envoûtant et au thème (que je vous laisse découvrir!) traité de manière particulièrement pertinente. A lire.
*inteview de Mazzucchelli:
http://www.pastis.org/jade/aout01/mazzucchelli.htm
La comète
, Tome
1
: La comète
Posté le
02/02/2003
«La Comète» de Vincent Vanoli est un ouvrage agréable à lire. C'est le récit d'une folle course poursuite entre une révolution prolétarienne et le crash d'une comète sur terre; la question est posée, dans ce climat de tension sociale et psychologique (les personnages, même s'ils refusent d'y croire, voient bien la comète se rapprocher...): qui des deux bouleversements renversera le monde en premier?
Cet argument scénaristique -un peu tiré par les cheveux- mis en scène par Vanoli lui permet de décrire la folie des hommes quand les événements s'emballent: l'égoïsme des dirigeants faisant construire en secret un bunker pour survivre à l'impact, les divergences mesquines des courants révolutionnaires, les instincts animaux qui reprennent le dessus à l'approche de la mort... Et si le motif donnée par la comète à cette course poursuite semble faible, il n'en donne pas moins un réel dynamisme au récit: l'action s'accélère de plus en plus, mais on a l'impression qu'elle n'arrivera jamais à vaincre la limite de temps imposée par l'approche de la collision. Le résultat est jouissif.
Le dessin de Vanoli, mélange de «cartooning» (nez en trompettes à la Altan, traits simplifiés parfois difformes...) et d'expressionnisme (contours marqués rappelant la xylogravure, encrages en noir et blanc soulignés...), sert aisément l'histoire avec son côté un peu grotesque.
«La Comète» est une oeuvre plaisante, un peu folle, au graphisme aisément reconnaissable.
David Boring
, David Boring
Posté le
05/02/2003
Beaucoup de personnes n'aiment pas le style de Daniel Clowes; pourtant, parmis elles, peu nombreuse sont celles affirmant que «David Boring» n'est pas différent.
Cette question touche sûrement à l'évolution du style de l'auteur*, qui, après de nombreux récits satyriques plus ou moins féroces, a peu à peu laissé transparaître l'humanité de ses personnages -sans jamais oublier de peindre la vacuité de leurs vies (comme celles d'Enid et Becky, héroïnes de «Ghost World» qui, au passage de l'adolescence, évacuent leurs propres angoisses en vitupérant sur leurs proches).
D'ailleurs, quel meilleur symbole du vide des vies des 'héros' que met en place Dan Clowes que ce simple titre: «Ghost World»?«David Boring» n'y échappe pas. La vie de son protagoniste (mais en est-il vraiment un? en quoi fait-il réellement progresser l'action?) éponyme est plate et banale. Une des forces du récit de Clowes est de nous faire nous intéresser à ce personnage que pourtant rien ne prédispose à être le héros d'un quelconque récit.
Il faut avouer qu'il a du talent, notre auteur, qui réussit à construire une histoire faisant successivement confronter ses personnages à trois types de narration: celle de l'autobiographie dans une première partie (la vie banale de l'inquiet David Boring), puis celle du récit noir un tantinet claustrophobique (règlements de compte familiaux sur une île) et enfin celle de la comédie sentimentale (David au coeur qui balance, ou Naomi, Judy et Wanda)... mais l'ambiance générale reste dominée par le mystère. Peut-être que ce dernier résulte de la difficulté à cerner des individus complexes dans leur banalité (j'entends par là que leurs vies sont aussi étranges que chacune des nôtres); il faut aussi avouer que les changements de styles (de l'autobiographie à la comédie sentimentale) dans la narration n'arrangent rien.
C'est cette impression de mystère baignant la vie de personnages somme toutes banaux qui peut expliquer que l'on compare fréquemment l'univers de Daniel Clowes à celui développé par le cinéaste David Lynch (réalisateur, entre autres, de «Twin Peaks», «Lost Highway» ou le récent «Mulholland Drive» primé à Cannes pour sa mise en scène).
Ce parallèle, souvent affirmé, mérite d'être précisé si l'on ne veut pas le voir qualifier de péremptoire. En quoi Clowes est-il «lynchien»?Les milieux sociaux de leurs personnages se rapprochent: ils traitent globalement de la middle-class américaine (souvent dans ses milieux les plus aisés pour Lynch). Le traitement de leurs récits présente des points communs: des individus ordinaires sombrent dans des récits entre conscience et inconscience, marqué par une atmosphère fantastique; mais ici, le parallèle ne va pas plus loin: l'ambiance fantastique ressort de visions nées du fantasme chez Lynch, tandis qu'elle est marque d'une certaine trivialité chez Clowes (sauf dans «Comme un gant de velours pris dans la fonte», son récit le plus fantastique; on remarquera d'ailleurs que c'est un fantastique 'trivial': ses personnages ne sont pas horrifiés par la présence de figures extra-terrestres par exemple...).
Ce qui m'amène à dire que, si dans l'univers de Lynch, c'est la difficulté à distinguer ce qui est réel de ce qui est fantasmé qui crée le mystère (multipliant les possibilités de lecture: cette scène est-elle vraie ou projection du trouble de tel personnage?), dans le monde de Clowes, c'est la banalité et ses ressorts qui devient source du malaise. Si comme je l'ai dit cette banalité peut-être complexe, elle ne sort jamais de sa platitude. Au final, l'atmosphère des intrigues de Clowes sont donc plus proche de celle d'un auteur comme Richard Brautigan, par exemple, lorsqu'il écrit «Un privé à Babylone», voire ce qu'écrit Thomas Mac Guane («Embuscade pour un piano»); la mise en abîme par la trivialité reste donc une spécificité anglo-saxonne!
Je rappellerai en conclusion que le style graphique de Clowes, très statique et plutôt réaliste, arrive à servir le malaise se dégageant de ses récits.On peut actuellement considérer que «David Boring» est son chef d'oeuvre.*le site suivant vous aidera à comprendre l'évolution stylistique de l'auteur vue au travers de son magazine «Eightball».www.ecritetdessine.org/affiche.php?nom=clowes
De cape et de crocs
, Tome
2
: Pavillon noir !
Posté le
23/03/2003
Well.
Parmis les bandes-dessinées d'aventures «historiques», on peut distinguer deux catégories: celles qui apportent de nouveaux éléments au joyeux pot-pourri contenant nos repères culturels -par exemple, sur la période romaine, «Murena» apporte un nouveau point de vue sur la vie de Néron, «Péplum» une nouvelle ambiance... Et puis, il y a les ouvrages se servant plus spécifiquement de ce même pot-pourri pour entourlouper le lecteur -ce bon vieux «Astérix» et, j'y viens, le fort réussi «De Cape et de Crocs»...
J'imagine sans peine la [longue] réclame qui nous vanterait ses mérites: «Une chasse au trésor mystérieuse, sur fond de romance, duels, piraterie (...) de l'humour, du sexe, de la traaagédie-e-euh!»
Il faut dire que nos amis Ayroles et Masbou font fort: le scénario suit plusieurs protagonistes consécutivement, se recroise, se divise de nouveau... les dialogues et situations forment un cocktail bourré d'humour, de références plus ou moins parodiées, de quiproquos, l'exotisme en prime.
De plus, le dessin est vraiment pas mal, avec de très bon points pour ce qui est du dynamisme (les scènes en mouvement sont un régal) et la colorisation (dont la tonalité s'adapte à chaque situation).
Bref, «De Cape et de Crocs» est un régal: une parodie de récit d'aventures réussissant l'exploit d'être plus saisissante que les originaux. Je vous parle de la série en général mais ce tome deux reste mon chouchou; le passage aux îles Tangerines qui suit est aussi très bien, un peu plus azimuté.
une critique bien développée, quoique un peu longue:
www.la-peniche.com/mag/art.php?idart=490
Le dérisoire
, Le dérisoire
Posté le
23/06/2005
Le problême du "
Le dérisoire
", c'est bien sur de parler de son scénario alors qu'il s'agit avant tout d'une fable, d'un rêve.
Le graphisme, dont on a vanté les qualités, est effectivement très beau. Ses dominantes colorées variant au ryhme du ton de l'histoire.
Quelque part, les couleurs du "
Le dérisoire
" en sont le vrai poul.
De ce point de vu, il s'agit dune claire réussite.
Malheureusement, j'au eu du mal à entrer dans ce rêve d'un capitaine scotché à un navire en éternelle construction -comparé à un poids terrible sur ses épaules.
Qui découvre? Qui découvre quoi exactement? Le rêve, la vie? La mort?
Un peu de tout ça.
On peut toujours interpréter l'histoire, et son aspect oniriquz s'y prête bien.
Il n'y a ici nul dirigisme dans ce qu'on devrait penser.
Maintenant, quelques facilités ont été prises: l'architecture sombre du bateau-machinerie qui broie l'homme (avec le jeu des escaliers infinis p. 13 faisant penser à Escher (l'artiste aux escaliers tortueux, repris partout depuis le "Nom de la Rose"), la représentation de la luxure p.38-39 (les classiques masques à la vénitienne, concertistes nus, monocle, mélange hommes-animaux dans un même espace rendu ainsi bestial... on est pas loin de la scéne de la "Chûte de Brek-Zarith" dans Thorgal), le jeu navire-machine contre navire-plaisance...
Je ne vais pas plus m'attarder dessus, mais il y a un côté cliché un peu pesant parfois, qui plombe du coup le rêve comme le navire broie le capitaine.
Au final, un gout un peu mitigé, mais on garde à l'esprit cette histoire du capitaine et de son "
Le dérisoire
". Quelques images, une référence, qui font que cette oeuvre reste marquante malgré ses défauts.
Docteur Jekyll et Mister Hyde
, Docteur Jekyll et Mister Hyde
Posté le
02/02/2003
Adaptation libre de la nouvelle de Stevenson, «Docteur Jekyll et Mister Hyde» est réalisé par le célèbre dessinateur milanais Lorenzo Mattotti et son compère Kramsky.
Cette fameuse oeuvre fantastique retranscrit l'hypocrisie de la «bonne société» anglaise du début du vingtième siècle; cette société duale, dont les apparences prudes et moralistes sont l'héritage du passé victorien, cache dans ses tréfonds une profonde perversité (notamment sexuelle), d'ailleurs peut-être provoquée par la rigueur du comportement public de ses membres. Ces deux facettes sont représentées par la personnalité double du Dr Jekyll (aux noms célèbres: phonétiquement 'Monsieur Caché' et 'Docteur Je tue'...).
Si les oeuvres sur le côté sombre de la période victorienne sont nombreuses (on pense instinctivement au «From Hell» scénarisé par Alan Moore), cette adaptation s'en détache par l'utilisation du graphisme habituel de Mattotti, légèrement stylisé, aux coloris vifs et expressifs, là où l'on s'attendrait plutôt à un noir et blanc torturé (voir le même «From Hell»)... Mais, ce contraste (intéressant au demeurant) mis à part, l'ouvrage reste globalement conforme au récit de Stevenson, sans grande originalité.
Il reste néanmoins que le découpage mis en scène par Kramsky rend très bien compte de l'ambiance de la nouvelle, pour le plaisir du lecteur.
«Docteur Jekyll et Mister Hyde» reste une adaptation classique sur le fond, mais où le graphisme expressif détonne, finalement plus à même de rendre contre du caractère sinistre de l'histoire. Un pari remporté pour Kramsky et Mattotti.
La fille du professeur
, Tome
1
: La fille du professeur
Posté le
21/06/2005
A mes yeux, "
La fille du professeur
" n'est pas n'importe quelle bande dessinée.
C'est celle qui m'a donné envie de plonger plus avant dans cette voie, de mieux la connaitre...
C'est vrai que la beauté des graphismes frappe en premier, et fort: le lavis de gris, les tons sépias... on se croirait plonger dans un vieux film des années '40.
D'ailleurs je suis prêt à parier que les auteurs s'en sont inspirés: on pense au "Port de l'angoisse" pour l'ambiance de la scène du port, par exemple.
D'ailleurs, les dialogues donnent aussi dans la même veine: plaisants, cédant à la facilité d'un bon mot mais toujours fins... avec un second degré très maitre de lui (scène devant la cheminée entre Imhotep IV et sa momie de père: "Eh bien quoi? Après trois mille ans, c'est tout ce que tu as à me dire?")... un humour distant, un brin parodique, rêveur.
On retrouve toute la capacité de Sfar à donner des répliques ciselées, et c'est un point qui participe beaucoup au plaisir de cette lecture.
Le seul point qui me rebut quelque peu, à la relecture, c'est le rythme...
L'idée de départ en elle-même est assez folle, mais diablement plaisante: cette histoire d'amour rocambolesque (le terme prend tout son sens ici !) peine toutefois.
Les évènements se suivent, et la rapidité des péripéties contraste -trop- avec l'aspect 'cinéphile' qui est plus contemplatif... on admire les couleurs, les dialogues, mais on se laisse plus porter par l'histoire qu'on ne la suit avec assiduité.
Du coup, on ne peut par moment pas s'empêcher de lire "
La fille du professeur
" avec un sourire détaché.
Pourtant, ça commencait très bien point de vu rythme, avec une introduction directe dans le récit: Liliane, la fille du professeur donc, tire Ihmotep hor de la demeure de son professeur de père... sa jambe dépasse du seuil, et parallèlement à cette image, on se fait directment tirer par la main pour entrer de plein-pied dans l'intrigue.
Comme le disait Dumas, il faut commencer par l'action.
"
La fille du professeur
" est un petit bijou qu'on lit avec distance, le sourire au coin des lèvres, la tête pleine d'aventures classiques.
De nos jours, ça ne fait pas de mal.
Garfield
, Tome
1
: Garfield prend du poids
Posté le
24/02/2003
L'humour anglais est comme le monstre oryctolagus cuniculus (un lapin...) de «Sacré Graal», le film des Monthy Python ; il ne faut pas se fier à son blanc pelage et ses doux yeux inoffensifs : un monstre dort...
Quoi de dangereux dans ces petits strips de quelques cases, aux situations souvent répétitives, peu développés, me direz-vous ? Dans le fait justement, qu'on nous oblige à intégrer dans nos têtes, à force de redites, les règles et la cohérence de ces petits univers... qu'on finit à s'y attacher, que l'auteur (ici, Jim Davis) peut alors jouer à sa guise sur le respect et la transgression de ces règles, sûr de tomber sur un auditoire attentif.
Le moyen de nous forcer à intégrer ces univers est simple : les média («OHH... my god ! horreur et damnation !» le terrible Kolik, génie du mal, vient encore de frapper, jouant sur la corde sensible de la soumission des porteurs de bérets au médium «rosbif»). La méthode est simple : les gags sont courts (quelques cases) et paraissent à un rythme régulier -bien souvent tous les jours - dans les journaux, pas possible d'échapper à leur emprise. Le lecteur est alors hy-pno-ti-sé par ces dangereuses images qui flattent ses zygomatiques : frêle, il ne peut échapper aux dialogues percutants et aux questions que se posent les acteurs du gag ; acteurs auxquels on la forcé a s'attacher, bien souvent un couple ou un petit groupe (les scènes de ménage d'«Andy Capp» de Smythe, les questions posés par les chères têtes blondes des «Peanuts» de Schulz ou de «Mafalda» de Quino).
Comme c'est bon de se faire mal, passons plus directement à «Garfield» de Jim Davis.
A priori, le dessin n'est ni nullissime ni génialissime : il est illustratif. Des contours nets, des ombrages simples formés d'aires de points, le trait plutôt rond (pas au point d'Eiichiro Oda dans "
One Piece
", quand même !), des personnages bien distinctifs aux yeux toujours mi-clos (au cas où le sommeil arriverait à l'improviste)...
Quand au scénario... peut-on réellement parler de scénario dans des gags de sept cases maximum ? Ce qui nous fait revenir au coeur du problème : le dialogue et la situation.
C'est là que «Garfield» excelle, car s'il est parfois lassant, il y aura toujours un gag pour relancer l'intérêt du lecteur, gag différent selon les personnes ; bon, c'est quand même dur de lire trois albums de Garfield d'affilé !
Jon et Garfield sont suffisamment plein de mauvaise foi et d'éxecrabilité pour être adorables; leur duo est unique. Leur monde est assez empreint de loufoqueries et d'irréalismes pour charmer le lecteur («Jon, si tu devines combien de biscuits se trouvent dans la boîte, tu gagneras son contenu» - «Tu les a tous mangés, n'est-ce pas ?» - [triomphal] «NOUS AVONS UN PREMIER PRIX !»). C'est inutile de chercher à comprendre, c'est comme ça.
«Quant à son temps, bien le sut dispenser:
Deux parts en fit, dont il soulait (avoir coutume de) passer
L'une à dormir et l'autre à ne rien faire.»
La Fontaine, Epitaphe d'un paresseux.
L'histoire du soldat
, L'Histoire du soldat
Posté le
28/06/2005
A l'origine pièce de théatre écrite pas Charles-Ferdinand Ramuz et dont la composition musicale fut réalisée par son ami Igor Stravinsky, ce conte est adapté en bande dessinée par Daniel Casanave
Ce n'est pas son premier travail d'adaptation, il a en effet déjà retranscrit "
Macbeth
", d'après Shakespeare, au travers d'une narration illustrée.
"
L'histoire du soldat
" reprend le thème de la lutte entre le faux bonheur (ici, l'argent) et la simple félicité.
Mais le principal intérêt de cette bande dessinée n'est pas là.
Ce n'est d'ailleurs pas plus mal, car en tant que tel, ce thème est usé jusqu'à la corde, souvent mis en avant dans une histoire se prévalant de plus de complexité... et retombant finalement dans le manichéisme.
Au contraire, il s'agit ici d'une histoire faussement simple.
Simple en apparence, car elle reprend le ton et le rythme d'un conte, d'uen fable.
Mais les artifices pour ce faire sont particulièrement bien vu.
Je pense au texte, reprenant la langue se voulant populaire de Ramuz (comme nous l'explique quelques notes en épilogue), mais en réalité frappé d'un nombre important de figures de style. Un débit plaisant, entre langue populaire et plus littéraire.
On utilise la rime est la sonorité du texte est assez envoutante.
La narration généralement indirecte amène à un certain détachement.
La structure du récit est de même assez complexe: retour en arrière n'en étant pas contre livre prévoyant le futur (jeu analepse/prolepse), utilisation de dénouements fantastiques (intervention de la conscience du soldat pour flouer le diable)... bref, on abuse de la structure classique du conte.
Le graphisme est du même acabit: on est entre l'illustration naïve et la représentation plus inquiétante.
Quelque part, ce n'est pas sans me faire penser au livre pour enfant présent dans l'intrigue de "
Monster
" d'Urasawa (vous savez, le conte tchèque...), pour cette double nature du dessin.
"
L'histoire du soldat
" est donc, une bande dessinée amusante, d'autant plus que le grand format, la qualité du papier la range définitivement dans la catégorie des beaux-objets.
Mais si le récit, dessin comme texte, est agréable aux yeux comme aux oreilles, il s'agit plus d'un ouvrage de détente, à feuilleter avec plaisir, que d'une lecture réellement prenante.
Ibicus
, Tome
1
: Tome 1
Posté le
12/01/2003
Ainsi commence le premier tome d'Ibicus, saga contant les péripéties arrivant à un opportuniste pendant les révolutions russes puis la guerre civile; oeuvre magistrale de Pascal Rabaté, rendant mieux que toute autre l'extrême climat de tension qui règna durant cette période charnière du 20e siècle.
Au niveau scénaristique, Rabaté adopte le point de vue d'un homme qui veut forcer sa chance lorsque tout semble permis. Là où le mythe né de la révolution russe voudrait voir figurer des «héros», on trouve le parasite Nevzorof. Curieux décalage, mais cet antihéros pris par la fièvre des événements ne rend-il pas mieux compte de l'époque? Au final, un pesonnage ambiguë auquel le lecteur, suivant ses pas, s'attachera à son corps défendant!
Ce premier tome démarre plutôt bien, avec quelques longueurs parfois, globalement dues à une volonté de rendre l'intrigue plus «contemplative». Heureusement, le lavis d'encre de chine épuré de Rabaté donne toujours envie de continuer la lecture.
Une oeuvre à mettre en toutes les mains!
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