Ben voilà, ça y est, je l'ai lu ! Et j'ai bien peur de faire entendre un son discordant dans le concert de louanges dithyrambiques qui entoure cet ouvrage...
Est-ce la faute du graphisme, auquel je n'ai pas réussi à m'habituer ? Est-ce ma méconnaissance quasi totale de l'univers des comics, et a fortiori de celui des héros costumés, ou justiciers masqués ? Ou encore une incapacité à dépasser le premier, voire le second niveau de lecture ? Sans doute un peu de tout cela, et d'autres choses aussi. Mais je n'ai pas été transporté d'admiration par cette œuvre, si ce n'est par sa taille !
Passons donc sur le graphisme, qui de l'avis général n'est pas le point fort de "Watchmen", pour s'intéresser au récit. Une galerie de personnages, vieilles gloire des justiciers masqués, forcés de se remettre en cause suite à la mort de l'un d'entre eux...
Sur la forme, la mise en place est forcément longue, puisque que l'on doit apprendre à connaitre chaque protagoniste. Et finalement, cette partie couvre un bon tiers de l'ouvrage, avec peu de rythme et assez peu de révélations également, durant lequel il m'a été parfois difficile de continuer la lecture. Le deuxième tiers fait plus de part à l'action, sans pour autant oublier de prendre en compte les motivations et la psychologie des personnages précédemment présentés avec force détails. Enfin, la troisième partie tient vraiment en haleine, c'est à mon sens la partie la plus réussie, combinant avec maestria action, réflexion, philosophie, et coup de théâtre final assez bluffant ! Mais globalement, trop d'éléments n'apportent rien, ou si peu, à l'ensemble (un exemple : la lecture du gamin au kiosque, présente tout au long : le parallèle est évident, mais qu'ajoute-t-il réellement ?). Au final, l'impression d'ensemble reste un peu poussive...
Sur le fond, les réflexions sur la nature humaine, sur la nature plus ou moins névrosée de ces anciens héros (qui n'ont rien de super), sur la déliquescence de la société à travers ceux qui la composent, sur l'impuissance de la psychiatrie à comprendre les hommes, toutes ces pistes sont intéressantes en soi, mais le traitement global en fait une juxtaposition manquant de cohérence. Seule la conclusion revêt un aspect assez inattendu, et atteint une vraie force d'évocation et une réflexion qui va plus loin que le simple constat. Mais là encore, ce n'est pas la panacée attendue : ce n'est pas réellement crédible (peut-être pas assez développé ?), et ce n'est pas réellement la révélation (révolution ?) absolue qui transporte le lecteur et le laisse pantois...
Je retiendrais donc une œuvre ô combien ambitieuse, mais que sa réalisation n'arrive pas à faire atteindre les sommets... Lecture très intéressante, riche, mais qui laisse sur sa faim. Cette attente suscitée dans l'esprit du lecteur est déjà en soi une réussite. Répondre réellement à cette attente aurait peut-être permis de classer "Watchmen" parmi les chefs d'oeuvre...
Non, ce n'est pas ma millième chronique sur Coin BD (J'en suis encore loin !). Et non, cela ne fait pas longtemps que je connais "Watchmen". A vrai dire, je l'ai découvert à la suite de sa récente adaptation au cinéma. Lorsque j'ai vu les premières photos, je me suis dit qu'il devait s'agir d'un navet quelconque qui profitait de l'immense et mérité succès de "The Dark Knight". Ce n'est que plus tard, en lisant une revue, que j'ai commencé à entendre parler du comics original.
Et alors ? Un comics de super-héros de plus ? Oui. Sauf que cette oeuvre a révolutionné le genre, à la manière du film de Christopher Nolan.
Publiée de 1986 à 1987 par Allan Moore, le père d'autres chef-d'oeuvres du neuvième art tel "V pour Vendetta", l'histoire qu'il créera sera d'une profondeur inégalée avant lui.
Et cette profondeur dans le récit est la principale qualité de l'oeuvre, extrêmement riche et complexe. Le scénario de Moore est très recherché, la psychologie de chaque personnage longuement étudiée. L'histoire est ponctuée de flash-backs, d'arrêts sur image, de mises en parallèle digne d'un film.
Moore y exprime tout son talent, tout son génie. Les héros du récit, classés comme "super-héros" sont pourtant loins de tous les clichés du genre. Ils doutent, ils ont des complexes voire ce sont de véritables brutes.
Moore n'a pas fait qu'écrire une histoire. Il a réécrit l'Histoire. "Watchmen" est en effet une uchronie, liée à l'apparition du Docteur Manhattan et de ses fantastiques pouvoirs. Mais les auteurs n'ont pas laissé de zone d'ombre dans ce monde parallèle. Tout y est détaillé, notamment par l'intermédiaire d'extraits de romans, de rapports de police ou de revues scientifiques, inventés bien sûr, mais qui renforcent le réalisme du récit.
Le trait de Dave Gibbons est à la hauteur du scénario, et c'est peu dire. Les cadrages se rapprochent beaucoup de ce qu'on peut voir au cinéma. Rien n'est laissé au hasard. Une multitude de détails sont présents dans les planches. Alors oui, les couleurs sont très "old school", mais elles sont employées à bon escient. Et une fois que l'on est immergé dans cette sombre histoire de super-héros, elles n'en paraissent que plus belles.
J'ai du mal à exprimer tout le bien que je pense de cette oeuvre. Sachez quand même que "Watchmen" est rentré en tant que roman graphique dans le top 100 des "Meilleurs romans de la langue anglaise depuis 1923" du Time Magazine et que le Festival de la BD d'Angoulême lui a décerné le prix du meilleur album étranger.
Un chef-d'oeuvre.
Je vous le recommande d'ailleurs en VO. Certains passages sont assez difficiles, notamment ceux en argot, mais l'actuelle traduction française est catastrophique.
C’est ma millième chronique sur coinbd. J’ai donc choisi pour l’occasion un album que j’adore depuis longtemps. J’ai mis le temps pour l’écrire ici mais je le clame haut et fort : "Watchmen" est un chef d’œuvre.
Quand l’album est sorti en 1987, il a très vite été remarqué. Zenda en a proposé une traduction française (assurée par Manchette, excusez du peu) dès 1988, en six volumes portant chacun le nom d’un personnage (du Comédien à Ozymandias). Une intégrale en deux volumes est ensuite parue. Aujourd’hui, c’est en un seul tome, forcément très épais, qu’on peut (re)découvrir cette formidable saga.
Alan Moore est un génie. C’est sans doute le plus grand scénariste de bande dessinée en exercice. Rappelons qu’on lui doit "V pour Vendetta", "From Hell", "Batman – Souriez !", "Top Ten", autant de titres qui marquent par leur qualité exceptionnelle. "Watchmen", malgré les vingt ans qui nous séparent de sa parution, est époustouflant par sa construction. Moore multiplie les passerelles à l’intérieur de son récit, les cases se répondent graphiquement, les dialogues sont mis en relation avec des événements passés ou parallèles. La lecture de "Watchmen" est déjà un délice quand on prête simplement attention à la manière dont le récit est construit.
"Watchmen" est également un formidable suspense. Bien avant "Rising Stars" ou "Batman – Dark Victory", l’intrigue s’organise autour d’un possible tueur de héros. Dans un contexte où les héros costumés ont perdu de leur superbe (non seulement une loi a interdit leur activité, mais les anciens types en collants sont devenus des timides bedonnants ou des femmes ridées nostalgiques de leur corps d’antan), Moore utilise les ficelles du polar dans le monde des comics. Ce n’était pas courant à l’époque. Cela marche à la perfection.
"Watchmen" est aussi une réflexion sur les super-héros, sur le monde à l’époque de la guerre froide, sur la nature humaine. Le dessin de Dave Gibbons a vieilli, surtout à cause d’une mise en couleurs plus que douteuse pour un regard actuel. Mais la finesse et la précision du trait permettent de dépasser ce sentiment mitigé. Et allié au scénario, le dessin ne limite en rien le puissance de cette lecture.
J’envie le lecteur qui n’a jamais lu cet album. Il va pouvoir le lire et surtout le relire : la qualité du scénario nécessite d’y revenir sans modération pour en apprécier et en saisir toute la subtilité.
Bon, ça y est. J’ai enfin lu Watchmen !
Sacré pavé qui m’a demandé 5 jours pour en venir à bout.
Je crois que tout a été dit dans les avis précédents. Je pensais que l’album traitait de superhéros mais je crois que le terme justicier est plus adéquat comme le souligne Alix. Ce n’est pas parce qu’on porte des pentys, un caleçon et un cape qu’on est un héros et super qui plus est. Alan Moore impressionne de par la richesse de son scénario, son sens de la narration et sa capacité à captiver et surprendre le lecteur.
Mais un peu comme avec "V pour Vendetta", je suis passé à côté de l’album à lire les avis ci dessous. Certes les dessins sont bien meilleurs que ceux de Lloyd (pas difficile me direz vous) même s’ils font très eighties. Complètement dépassées, les couleurs témoignent de l’époque de l’édition en VO. En cela, elles ne me dérangent pas plus que ça.
Alors c’est vrai qu’il y a pas mal de longueurs. Le passé de chaque watchmen est passé à la loupe avec en prime une psychologie des personnages très travaillée. Mais ça en devient lourd et finit par rendre la lecture fastidieuse. J’ai du me forcer pour la terminer. Heureusement la narration devient plus dynamique sur le dernier quart avec un final assez surprenant et fort logique finalement. Bref, certainement du grand Moore mais ses bds ne sont, jusqu’à présent, pas trop ma tasse de thé.
Je dirais qu’il faut avoir lu Watchmen au moins une fois mais je doute que je m’y replongerai même si c’est le genre de bd qui nécessite plusieurs lectures pour en apprécier toute sa substance.
Quand j'étais ado, je lisais beaucoup les comics américains contant les (més)aventures de super-héros. Et puis j'ai grandi, et j'ai arrêté. Et puis, après une remontée d'acné, j'ai craqué, attiré par la couv' des Watchmen. Et là, ô bonheur ! Voilà une série qui avait mâché et digéré toutes les séries de mon adolescence, et ressorti le comic ultime. Et cette leçon d'écriture (pas de dessin, car il y a des Ricains qui font aussi bien sur ce plan-là), ce sont des Anglais qui la donnent ! Une très bonne claque à la suffisance outre-Atlantique, en même temps qu'un chef-d'oeuvre. Mais qui pourrait attendre moins d'Alan Moore ?
Et puis, bien des années après, j'ai encore relu "Watchmen". C'est encore la claque. Cette seconde lecture, avec la bouteille, tout ce que j'ai pu lire, entendre, regarder depuis ma dernière lecture (qui doit atteindre les 10 ans), m'a permis de voir énormément de détails dans ce monument. Enormément de choses, des petites comme des grandes, mais aussi d'apprécier une nouvelle fois le trait de Dave Gibbons, son remarquable sens du cadrage, son découpage cinématographique (avec des travellings hallucinants).
Le génie des deux auteurs pour créer des visuels, des silhouettes qui restent gravés dans l'esprit du lecteur : le smiley avec cette drôle de tache de sang qui se retrouve un peu partout, le cadran horaire dont on ne comprend la signification qu'à la fin, la silhouette de "Nostalgia"...). Oh bien sûr, si on veut chipoter, on reprochera à Alan Moore d'avoir laissé quelques lourdeurs dans l'ensemble, mais sur les 400 pages de cette oeuvre pharonique, qui le remarquera réellement ?
Attention toutefois, "Watchmen" doit, pour être bien assimilé, être lu à plus de 25 ans, et relu plus tard, encore et encore.
Un monument de la bande dessinée mondiale, Moore et Gibbons s’attaquent au mythe du super héros américain et s’interrogent sur l’implication réelle de ces personnes hors du commun dans la société.
La fin des années 80 a marqué un vrai renouvellement dans la galaxie comics avec des auteurs comme Miller (et son fabuleux Batman - Dark Knight) et bien sûr Alan Moore. Watchmen est une œuvre magnifique, sorte de testament des super héros.
Mais, attention, car cette œuvre est très complexe et il est parfois difficile de l’aborder convenablement lors d’une première lecture tant celle-ci est riche. Au dessin Gibbons est l’héritier de la tradition des comics américains des années 80, dans le style d’un John Byrne. Certains regretteront le manque de virtuosité graphique de ce dessin, mais, à mon avis, il colle parfaitement à l’intrigue et lui donne toute sa substance.
Concernant l’histoire ; des super héros sur le déclin et vieillissants sont progressivement éliminés par un mystérieux assassin. A partir de ce postulat assez classique, Moore va élaborer un scénario qui lorgne vers la philosophie. L’action se situe dans une Amérique alternative, où les Etats-Unis ont gagné la guerre du Vietnam, mais sont aux bords de la guerre nucléaire.
Mis au ban de la société par des lois qui leur interdisent de porter des costumes, les super héros se sont peu à peu effacés ou cachés. Ce qui est intéressant c’est que ces super héros n’ont aucun super pouvoir (sauf Doc Manhattan sorte d’homme-machine qui a lui seul symbolise la force de frappe américaine). Les autres ne sont ou n’ont été des super héros que parce qu’ils étaient masqués : leur reconversion est plus ou moins douloureuse si Adrien Veidt semble avoir magnifiquement réussi, le Hibou est en plein doute et hésite à rendre son costume quant à Rorschach l’un des personnages plus intéressants, il est tiraillé entre des excès de violence et une déception vis-à-vis de l’humanité qui l’entraîne dans un déséquilibre psychologique.
Alan Moore, derrière sa vision pessimiste des super héros, s’interroge sur une possible « fin de l’histoire » liée à l'apocalypse nucléaire. Le choc final est de toute beauté.
Pour être original, je vais dire que c'est excellent comme l'ont déjà dit mes camarades avant moi.
Cependant, ce n'est pas parfait : le graphisme (même si on s'habitue très vite, et même si ça devient secondaire face à la richesse du scénario) fait assez "vieillot" et il existe certaines lourdeurs scénaristiques et narratives.
La fin, bien que spectaculaire et (assez) inattendue me laisse toutefois un léger goût d'inachevé (que je ne saurais expliquer rationnellement car c'est quand même très bon).
Il n'en reste pas moins que cette lecture imposante est totalement incontournable, que ce soit pour la qualité du découpage (l'accélération finale est magique !!!!!!!), du scénario ou des personnages.
Une oeuvre pleine de sens, qui se lit en plusieurs fois et qui nous fait nous poser des questions.
Foncez acheter ce bijou malgré son prix élevé : il vous le faut absolument !
Un chef d'oeuvre de la BD. Une histoire originale, un scénario très intelligent, des personnages fouillés et originaux, un univers uchronique travaillé, une mise en scène exemplaire : tout fait de cette BD un énorme recueil de lectures et de relectures toujours aussi plaisante et captivante. Et c'est bien parce qu'il y en aurait trop à dire tant je trouve tout parfait dans cette BD que je n'arrive pas à exprimer en plus que ces quelques mots ce que je ressens.
Ma BD préférée.
Entrez dans un comics avec vue sur les coulisses, le ridicule et l’impuissance des super-héros ! Les "super" héros de Moore sont vieux, fatigués, alcooliques, bedonnants, psychopathes, corrompus, et j’en passe !
A l’aide d’un scénario complexe et intelligent, cette parodie profonde sur les super-héros place un miroir devant les héros américains.
Le Comédien, le Hibou, Ozymandias, Dr. Manhattan et le fantastiquement névrosé Rorschach parviendront-ils à éviter une guerre nucléaire alors que minuit, l’heure fatidique, approche ? Moore vous le fera découvrir en temps réel pour vous mettre KO à la fin de ce chef-d’œuvre !
Voilà, après trois séances de lecture assez intenses, je viens de terminer Watchmen. La chose indéniable qu’on doit reconnaître à Alan Moore, c’est son ambition. On est face à un pavé de 400 pages (originellement paru en 6 tomes), très verbeux finalement pour une BD sur des super-héros où l’on s’attendrait à voir l’action prendre le pas, agrémentés d’inserts de biographies, d’extraits de journaux, d’études scientifique et ce, à chacune des fins des 12 chapitres, le tout nous entraînant dans une analyse plus que détaillée de la société et de ses travers.
Car il ne faut pas vous faire d’illusion si vous ne connaissez rien à Watchmen, on n’est pas ici dans le Comics Marvel. Alan Moore étudie et s’interroge, avec ces super-héros vieillissants, sur des thèmes majeurs tels que l’auto justice (Rorschach, personnage à l’intégrité absolue n’en est pas moins un criminel), la violence légitimée et mise au service d’un état (le comédien dessoudant sous l’égide du gouvernement), la course à l’armement et le devenir de la planète tout simplement avec cette interrogation qui ne prend son sens que lors des trois derniers chapitres absolument magistraux : la fin justifie t-elle les moyens?
Bref, vous aurez compris avec ces quelques lignes qu’Alan Moore se fixe des objectifs élevés et à mon sens il les atteint. On ne ressort pas indemne de cette lecture, et comme avec les auteurs d’anticipation les plus brillants (Orwell dans "1984", Huxley dans "Le meilleur des mondes" ou Bradbury dans "Fahrenheit 451"), tout ceci fait peur parce que si on oublie la poudre de perlimpinpin entourant ces super héros en bas résille, tout est plus que crédible et plausible.
Moore est donc un scénariste ambitieux et talentueux mais il tombe malheureusement dans quelques travers scénaristiques qui rendent parfois la lecture ennuyeuse voir insupportable : qu’apporte donc l’histoire lue par le gamin, dont les cases se mêlent à l’histoire sans qu'il y ait un lien quelconque? C’est encore plus pénible quand Moore superpose des textes off de cette histoire de pirates sur des cases racontant l’histoire centrale. Déjà que Watchmen demande une grosse attention, là ça en devient fatiguant. Je n’aime également pas du tout l'idée du Dr Manhattan, seul vrai super héros ayant un pouvoir (et là, Moore ne fait pas les chose à moitié, il en fait l’égal d’un Dieu); les planches le mettant en scène, inutilement verbeuses et pseudo-philosophiques, sont d’un ennui mortel. Je pense que je les zapperai à la relecture, ce qui n’est jamais bon signe.
Gibbons assure pas mal au dessin également, en tout cas rien de comparable avec mon effroi à la vision de "V pour Vendetta" ou "From Hell". Les couleurs sont un peu trop comics mais le découpage est excellemment réalisé et les scènes d’action (oui, il y en a quand même) très prenantes. Le passage de Rorschach à Sing-Sing est à mon avis le meilleur moment du livre; il faut dire que ce personnage est fascinant. Si tous les héros sont vraiment bien développés, lui a quelque chose en plus ; on est coincé entre admiration et effroi: vraiment marquant…
Au final, moi qui ai une culture comics plutôt limitée, j’ai quand même pris beaucoup de plaisir à cette lecture. Cette œuvre et son propos sont clairement hors normes et la maîtrise d’Alan Moore a peu d’égal. Je comprends cependant les réticences de Piehr et j’en partage certaines, notamment concernant la fluidité de l’ensemble. J’ai même peur qu’une relecture fasse baisser mon intérêt et plaisir, ce qui m’empêche clairement et sans hésitation de mettre la note maximale. Au niveau formel, le traducteur aurait pu s'abstenir de conserver les mots en gras qui, s'ils ont un sens en Anglais, n'en ont aucun en Français; on se retrouve à accentuer des mots sans aucune raison et c'est plus qu'énervant.
En conclusion c’était passionnant mais à aucun moment, je n’ai été soufflé ou emporté comme je le pensais en m'attaquant au "mythe". Une série qui doit être lue bien évidemment.
Le génie a ceci de particulier qu'il est incomparable. Déjà avec "From Hell", Alan Moore nous laissait époustouflé. Mais avec "Watchmen", on reste hagard, assomé, ahuri. "Watchmen" dépasse de plusieurs ordres de grandeur l'écrasante majorité de tout ce qui existe actuellement en bande dessinée. Moore veut faire quelque chose ? Qu'à cela ne tienne, il se lance dedans corps et âme, et sans compromission réalise ce qu'il veut faire comme il le veut, le jet sur le papier d'un esprit démesuré qui brasse concepts et narration avec une aisance facile, comme si cela lui était naturel depuis toujours. De quoi rappeler à l'humilité beaucoup de créateurs, tous domaines confondus (vous aurez compris que ceci est mon impression, pas nécessairement la réalité).
Car "Watchmen", c'est un monument. Rien que par la taille : 12 livrets d'une bonne trentaine de pages, agrémentés à chaque fois d'un petit dossier complémentaire, cela promet une lecture longue. Très longue. En plus en VO, le langage de la rue est relativement malaisé à comprendre.
"Watchmen" parle (entre autres !) de super-héros. Mais de super-héros vieux, usés, dépassés, à la retraite. De super-héros plus jeunes aussi, mais mis à l'écart, oubliés, soumis à la loi, et eux aussi perdus, désorientés. De super-héros humains, qui doivent faire de la musculation, s'entraîner incessamment pour rester en forme. De super-héros qui, comme Rorschach, n'ont rien de super-héroïque mais sont au contraire complètement humains. De super-héros qui malgré tout présentent une différence avec l'humanité, ce qui soulève immédiatement le problème de la différence, de la cohabitation, du rejet, thème qui est présent en toile de fond dans "Watchmen". Ouvrage apparemment fondateur, le sujet a depuis été repris par bien d'autres (voir "Powers" et "Kingdom Come", entre autres), preuve de l'originalité et de l'intérêt de la chose, comme pour Tolkien dans un domaine voisin.
Malgré tout, l'inrigue principale paraît mince, a posteriori, et on pourrait même le résumer en quelques petites lignes. Car ce qui fait l'incomparable richesse de "Watchmen", ce n'est pas le fil directeur de l'album, enquête certes bien menée, intéressante, mais finalement pas renversante. Non, ce qui fait cette richesse, c'est l'incroyable galerie de ces personnages absolument superbes, l'absolu cynisme d'Alan Moore, qui à travers ce livre nous jette à la face un regard froid et réaliste sur notre monde, sur la politique à grande échelle, sur nous en tant qu'humains, sur nos croyances et leurs raisons d'être.
Je ne vais pas entrer dans les détails, ce serait long et lassant, mais chacun des personnages principaux a une personnalité extrêmement marquée et marquante, symbolisant de façon parfois à peine couverte diverses notions pas du tout édulcorées (cf le Docteur Manhattan, quasi-omnipotent, et pourtant presque totalement impuissant, l'image même de Dieu, comme cela est suggéré tout du long). Moore, sous des dessous de fiction, la joue ici à la dure, à la réaliste, à la crédible, que même les meilleures saisons de X-Files peuvent aller se rhabiller.
De plus, les petits dossiers à la fin de chaque chapitre (dont la lecture est largement dispensable la première fois) sont très intéressants. Adoptant le point de vue de différents personnages (le Nite Owl original, le professeur Milton Glass...), ou montrant des documents annexes (coupures de journaux, casier judiciaire de Rorschach...), ils permettent de creuser l'univers dépeint, de lancer de nombreuses pistes pour le lecteur intéressé, et tout simplement d'entrer encore plus dans l'oeuvre et la réflexion associée. Loin d'être superflus, ils sont réellement enrichissants.
Rien que cela fait de "Watchmen" une lecture démesurément riche, trop en tout cas pour tout saisir en une seule fois.
Mais ce n'est pas tout. Il y a la mise en scène... elle aussi d'une richesse impressionnante... Découpage (pourtant a priori très austère, basé sur un gaufrier 3 x 3), cadrages, symboles leitmotivs, scènes en arrière-plan, utilisation d'une thématique pour chacun des douze livrets (c'est particulièrement visible pour le chapitre 4, sur Docteur Manhattan), chevauchement de la narration pour deux histoires différentes (le comics que lit le gamin, où le héros essaie déséspérément de revenir à Davidstown, dont les textes s'appliquent également -- mais avec une autre signification -- à l'histoire en cours, et dont le final éclaire cette même histoire d'une lumière intéressante), doubles-sens en pagaille (graphiques et textuels), etc. Bref, au niveau de la composition, c'est là encore impressionnant... La facilité avec laquelle cela semble être fait me rappelle d'ailleurs un peu David Lodge, qui n'hésite pas à utiliser allègrement à sa façon les genres littéraires existants.
Les couleurs par contre, il faut bien le dire, sont absolument ignobles. Palette chromatique plus que limitée et pétante à déchirer les yeux, aplats massifs, c'en est presque repoussant. Et le dessin, pas mauvais mais très standard façon comics quelconque, n'arrange pas vraiment les choses.
Alors malgré ce panégyrique, je ne mets que 4,5/5, car en effet le tout est très dense, beaucoup trop pour pouvoir être apprécié à sa juste valeur à la 1ère lecture... ce qui laisse entendre que ce sera très probablement culte à ma deuxième lecture.
- richesse de l'oeuvre : 5/5
- mise en scène : 5/5
- dessin : 3/5
- couleurs : 1/5
- plaisir de lecture : 4/5
Un dernier mot, sur la comparaison qui semble être faite par certains de "Watchmen" et "Kingdom Come". Les deux ont en commun une certaine thématique (l'intégration des super héros parmi l'humanité, avec tous les problèmes que cela comporte, aux niveaux personnel et politique), mais là où le premier présente une véritable richesse littéraire dans sa forme, rare même parmi les meilleurs romans, et profitant bien de la spécifité du médium bande dessinée, là où on sent l'esprit d'horloger d'Alan Moore avec un regard d'une profondeur fascinante, critique, cynique, décortiquant notre monde pour le retranscrire, le second -- bien qu'à mon avis excellent -- est très nettement plus terre à terre, plus premier degré... Mais à lire tout de même.
BOUM... là, je risque de faire grincer quelques dents... Non, pour moi, Watchmen n'est pas culte, hélas...
J'ai entamé Watchmen avec un grand enthousiasme : nom de nom, tout de même, 14 avis à 5/5 sur BDtheque ! tout cela ne pouvait qu'être synonyme de merveilleuses heures de lectures en prévision !
Et oui, j'ai aimé Watchmen... Je l'ai adoré, au fil de ma lecture... Après un départ certes un peu mou, mais qui pose bien le décor et les différents personnages, voici que Moore se penche un peu plus en détail sur Rorscharch, le personnage qui à mon sens donne son essence à toute la série. A cette période de ma lecture, Watchmen méritait donc un 5/5 bien frappé après un début, comme je l'ai déjà dis, assez bon.
Mais voila... Malgré un scénario irréprochable, ou presque, Watchmen ne m'a pas envouté. Et, au fil de ma lecture continue, les lourdeurs scénaristiques m'ont de plus en plus sautées aux yeux, sans pour autant qu'elles aient un sens (la lecture de la BD du jeune qui campe devant le marchand de journaux, par exemple).
Alors, oui, l'enquête est vraiment sans faille, et la conclusion assez etonnante (mais pas surprenante tout de même à mon gout, si l'on la compare à des fins telles que celles de La quête de l'oiseau du temps ou le grand pouvoir du Chninkel, qui m'ont réellement bouleversé, elles).
Le rêve de Veidt est atteint d'une manière qui n'est pas assez décrite pour paraitre crédible (la russie annonçant son soutient aux USA en temps de guerre, par exemple, et dans une période post-guerre froide...), et c'est surement là que le bas blesse à mon sens : j'attendais avec impatience la fin ultime qui me donnerait la joie de participer à toute cette effusion de critiques positives, et c'est raté.
La réalisation graphique est sans faille dans son découpage, et ce, dès la toute première page de la série (vue serrée sur le badge du comédien, puis fort travelling Ascensionnel qui nous fait découvrir l'action).
Aucun défaut de perspective, Gibbons est un maitre dans son domaine, même si son trait fait très classique "Marvel" maintenant.
La mise en couleur... est particulière. On s'y habitue vite, mais... il ne faut pas être rebuté par ce type d'illustrations, ça c'est clair !
Voila... déception pour moi, qui en contemplant l'ensemble de cette oeuvre, ressent un sentiment de "peu mieux faire". La raison ? Peut être n'ai-je pas encore la maturité nécessaire pour lire ce type d'oeuvre ? Pourtant, ne nous voilons pas la face : Moore est un grand scénariste, peut etre le meilleur dans son domaine. A mon sens, il fait parti des gens qui ont réellement porté la bande dessinée au rang de neuvième art.
C'est tout de meme frustrant de voir de telles trouvailles, de tels moments cultes dans une oeuvre dont l'interet général n'est pour moi que "bon", sans plus...