Le postulat de départ de cette histoire repose sur un fait assez curieux et véridique. A la veille des attentats du 11 Septembre 2001 à New York, des places financières ont constaté d’importants mouvements d’argent. Et ces transactions boursières n’ont, à ce jour, pas encore été élucidées.
Smolderen a ainsi élaboré un scénario haletant ; ce en projetant le lecteur une vingtaine d’années après les faits. Je me suis retrouvé dans une histoire qui mêle habilement la finance, l’espionnage, l’actualité internationale, le terrorisme. Si le narratif est de bien bonne facture, lui et ses développements sont surtout bien mis en évidence par le graphisme de Bertail. Ce dernier fait usage d’un trait réaliste net, précis, minutieux ; et joue de ce dernier dans une mise en page créative, aux nombreux éclatés qui attirent l’œil, le retiennent.
Ce graphisme est bellement inscrit dans une mise en scène au découpage évoquant une sorte de story-board d’un film. L’ensemble –assez complexe d’un premier abord- est d’un rythme pourtant trépidant et l’on reste scotché de la première à la dernière page. Je n’oublierai pas de mentionner la belle colorisation qui charpente carrément les cases, leur donnant véritable ampleur et profondeur.
Un bien chouette premier tome que cet « argent fantôme ». Argent dont on n’a pas fini de parler… et de rechercher…
N'ayant pas beaucoup de choix dans mes lectures en ce moment, je prends un peu ce qui passe au hasard de mes séjours en grande surface…
Ghost money avec sa couverture ultra sobre, discrète et plutôt classe est loin d'être l'exemple typique de ce qui attire mon regard.
En ouvrant l'ouvrage, mon regard a subi un peu le même effet. Le trait, assez gras, de Dominique Bertail parait maladroit dans un premier temps et dépouillé. L'épaisseur de son trait l'empêche de donner du détail dès que l'image se réduit accentuant l'impression de simplicité.
Pourtant, au fil des pages on découvre, tout comme pour la couverture, un style sobre mais pur et élégant. Au final, toutes les petites maladresses qui parsèment les images passent rapidement au second plan devant l'esthétique (trop) sage de Bertail. La mise en couleur y est surement pour quelque chose aussi, mélangeant a priori la couleur directe remaniée d'une pointe d'informatique, le mélange est là encore discret mais d'une belle efficacité.
Pour conclure, ce chapitre dessin, Bertail nous livre une belle vision de notre futur proche. Sans excès, sans dérive dans son imagination, il propose en environnement tout à fait crédible. Son type architectural comme automobile est là encore racé mais sobre. Classe, en somme.
Mais c'est l'histoire qui m'a le plus surpris.
Deux trames se mélangent étrangement. Les premiers comparatifs qui me viennent à l'esprit sont un mélange de Shojo pour la trame principale et de Shonen pour la trame de fond. Nous avons en effet droit à l'idylle romantique et amicale de deux amies, faisant appel à des sentiments profonds d'amour et d'amitié, surfant innocemment sur une trame beaucoup plus sombre et violente basée sur le trésor de guerre d'Al Quaida gagné lors de l'effondrement des tours le 11 septembre 2001.
En fait, le début et la fin de l'album font appel à l'action, pendant que toute la partie centrale nous fait découvrir le monde merveilleux et fantastique de Chamza, richissime personnage dont l'origine de la fortune reste bien mystérieuse…
Je me méfiais de cette opposition de style entre cette "déesse" vivant dans des cercles hyper fermés, disposant d'avion suborbitaux et cette jeune fille timide, modeste. Un grand classique souvent annonciateur d'un scénario conventionnel.
Je pense qu'enquiquiner méchamment avec ces histoires de lèche-vitrine autour du monde, avec ces histoires de piscines entre copines…
Je me méfiais de ce scénario basé sur une énième supposition concernant les raisons de l'effondrement des twin towers…
Et bien non, la narration hyper fluide, le fond de mystère constamment entretenu, tout un tas de petits trucs qui créent des perturbations à chaque page, ont su garder mon attention de bout en bout.