Imaginez… quelques notes de « l’homme à l’harmonica » titillent vos oreilles, les vrillent bientôt. Le vent, le sable, la chaleur s’insinuent dans votre esprit. La musique enfle, gonfle ses notes et vous emmène là où les auteurs souhaitent vous rencontrer : dans « il était une (autre) fois dans l’ Ouest ».
Le scénario ?… une ville de ce vieil Ouest sauvage, un shérif aux méthodes radicales qui en ont fait une sorte de légende, un rien de sexe, de la violence et –surtout- un inconnu qui y débarque en traînant deux cadavres. Seulement voilà : l’homme dit s’appeler Jedediah Cooper, comme le nom inscrit sur la tombe du dernier homme qui avait osé défier le shérif… alors : « résurrection » ?.. ou ?…
Je m’attendais à quelque chose d’explosif. En réalité, il s’agit plutôt –et c’est ce qui en fait sa force- d’un western intimiste où l’image « parle » souvent plus qu’un texte. Cette ville d’ailleurs est une sorte de personnage à part entière. Elle respire et vit, tirant sa substance de ce que devait être l’Ouest de la fin des années 1800. Ce western tire aussi sa force visuelle par une colorisation aux tons « crépusculaires » qui préfigure elle aussi cette sorte de « fin du temps des cow-boys ».
Au dessin ?… Guérineau (Le chant des Stryges) montre ici –et de quelle façon- une autre facette de son talent. Jouant des archétypes du genre, il distille la tension, joue sur les regards des intervenants, effectue des cadrages serrés… un peu comme ces « spaghetti westerns » qui me sont chers. A sa façon, Guérineau fait « sentir » ses pages, balance des silences qui sont d’autant efficaces.
Un grand western ?.. sûrement. Un « autre » western ?… aussi. Un scénario ciselé, efficace, diabolique dans sa construction se marie avec un dessin somptueux par moments. Histoire, dessin, couleurs : une excellente alchimie des trois genres pour un tome vraiment captivant.
C'est pour des découvertes comme celle-là qu'on est content d'avoir atterri sur CoinBD.
Depuis quelques temps, je m'ouvre au western en BD, genre que je n'affectionnais pas tellement sur ce support. Pourtant, je suis un grand amateur des Sergio Leone au cinéma. Bref, une réticence inexplicable, qui se corrige petit à petit grâce au site. Mais surtout grâce aux auteurs de petites perles comme ce "Après la nuit".
Si ça commence d'une manière très classique avec des cadrages qui nous rappelleront à tous certains plans de westerns mythiques, on s'aperçoit au fil de notre lecture que nous avons affaire à un OVNI du western. Tout ce qui nous semble acquis (car rappelant les poncifs du genre) au cours des premières pages vole littéralement en éclats à la fin. Tout n'est qu'illusion et aucun des personnages n'est ce qu'il semble être initialement. Et ces renversements de perspective sont faits avec une telle intelligence et une telle fluidité qu'on ne peut qu'être admiratif.
Autre atout de cette oeuvre : son ambiance. L'espoir est totalement absent. Si parfois on "espère" avec les personnages, la page suivante nous ramène très vite dans le sombre, le sale et le glauque. Glauque comme la scène de sexe, très crue. En feuilletant le livre, j'étais déçu de voir cette scène de sexe que j'avais jugée hâtivement comme racoleuse. Mais à la lecture, celle-ci est mise en parallèle avec une autre autour d'un axe de symétrie "de l'espoir". Elle fait partie du récit et est tout sauf gratuite.
Au niveau du dessin, j'ai trouvé ça très bon. Je n'ai pas lu la version NB mais je trouve la colorisation très réussie. Le dessin est précis et accompagne parfaitement l'ambiance. Mention spéciale à la couverture que je trouve superbe. Je vous conseille vivement de vous attarder sur les planches afin d'apprécier de trait de Guerineau car les dialogues vous laisseront tout à fait le loisir de les apprécier pleinement. En effet, tout ça n'est pas très bavard mais les non-dits ont énormément d'importance. Le côté psychologique du scénario est indéniable et dialogues et silences y contribuent grandement.