Pas mal du tout, cette histoire de Sarah ; laquelle accepte de quitter New York pour rejoindre son mari à Salamanca, une petite ville perdue en Pennsylvanie. Problème pour la jeune femme : elle se sent observée, épiée en permanence ; une sensation étrange dont elle ne sait se départir.
Un bon album qui conjugue talents narratif et graphique. Raffaele y fait montre d’un dessin à vous procurer des angoisses ; balançant des atmosphères dans lesquelles on se sent parfois comme prisonnier.
Bec, lui, y va d’une histoire calibrée qui fait monter la tension ; la travaillant d’une façon telle qu’il en arrive à faire sentir de vraies impressions de terreur. Et cette jeune femme qui, de par son déménagement, pensait oublier un douloureux passé, va se rendre compte qu’elle n’a pas gagné la partie.
Via Sarah on passe par diverses phases de lecture qui mêlent la fragilité, la peur, le doute… mais aussi la combativité d’un être. Un album qui surprend, étonne, dont on plonge vraiment dans l’histoire dont certaines facettes sont même fascinantes. Vraiment bien bon.
Voilà la nouvelle série scénarisée par Christophe Bec, scénariste prolixe s'il en est depuis quelques ans. On y retrouve aussitôt l'ambiance qui est propre à la majorité de ses oeuvres, une ambiance relativement proche des films américains à suspens, aux intrigues sombres où le fantastique peut surgir à chaque instant.
Même au niveau du dessin, Christophe sait s'associer à des auteurs dont le style rappelle un peu le sien. Ici, Stephano Raffaele, déjà auteur de "Fragile", a un trait réaliste qui s'apparente à certains comics polar ou dark fantastic. Pas toujours très clairs en ce qui concerne les visages des personnages, il se révèle cependant très vite efficace et agréable.
Quant au récit, il rappellera par bien des aspects les trames de films d'horreurs à l'américaine : une famille qui s'installe dans une maison reculée dans la forêt, aux abords d'une petite ville aux habitants étranges qui semblent tous cacher un secret inavouable. Et voilà qu'une créature dangereuse rôde dans l'obscurité de la cave de ces nouveaux venus.
Un tel scénario me laisserait assez indifférent, je l'avoue, car n'apportant rien de neuf et n'étant pas en mesure, tel que raconté ici du moins, de faire monter l'angoisse en moi.
Mais si je n'ai pas été effrayé par ma lecture, j'ai néanmoins été troublé, ma curiosité attisée. Car l'intrigue horrifique n'est pas tout. Il y a quelque chose d'étrange concernant l'héroïne elle-même. On apprend rapidement qu'elle a subi d'atroces humiliations dans sa jeunesse et qu'elle en est restée plus ou moins schizophrène, parlant dans sa tête à une certaine Kelly dont on apprendra plus tard qui elle est. L'atmosphère l'entourant est glauque, tout aussi glauque que l'abominable description de ce qu'elle et d'autres enfants ont dû endurer lorsqu'elle avait six ans.
Mais tout cela entraîne le doute sur tous les évènements qui l'entourent : est-ce une trame banale d'horreur ou est-ce que tout cela ne serait pas lié à elle, à son esprit troublé ? Quel lien y a-t-il entre elle et la créature de la cave ?
Le ton de cette BD est clairement noir, voire rebutant dans certaines scènes. Mais l'ambiance est assez troublante et a su m'intéresser, suffisamment en tout cas pour que je veuille vraiment en savoir plus et lire la suite.