Au départ, un séjour linguistique « banal ». Deux jeunes gars doivent le passer dans une famille d’accueil catholique irlandaise. Pourtant, l’un va se retrouver dans une famille plutôt huppée et l’autre dans ce que l’on a appelé « le ghetto de Belfast ».
Nous sommes en 1987 et l’IRA –l’armée républicaine irlandaise- est en véritable phase armée contre l’armée britannique, laquelle « occupe » une partie de l’Irlande du Nord. Et cette révolte va prendre une telle ampleur que le séjour des deux ados va se transformer en véritable enfer.
En 1987, j’avais 34 ans. Et les attentats en Irlande faisaient souvent la « une » des journaux, tant télévisés que dans la presse écrite. Je me souviens d’ailleurs de ce que l’on a appelé le « Bloody Sunday », fin Janvier 1972 : treize civils abattus à Derry par des parachutistes anglais. Quelques semaines plus tard, l’IRA fera exploser un mess d’officiers anglais : plusieurs morts encore.
Tout ceci pour quoi ?… pour une question principale que je me suis posée en début de lecture de cet opus : POURQUOI, en tant que parents « responsables », envoyer leurs enfants en séjour linguistique dans une région où l’on sait pertinemment bien qu’il y a de très gros risques ?… Hein, vous le feriez, vous ?!?…
J’ai donc lu cet album avec une certaine aigreur. En le lisant, j’ai revu des images télévisées, des photos qui m’avaient quand même un peu marqué à l’époque : la pluie quasi omniprésente, les militaires patrouillant bardés d’armes lourdes, les barrages à tous les coins de rue, les regards fuyants –ou haineux- des civils… Tout ceci est d’ailleurs bien rendu dans le scénario et le graphisme de cet opus lequel, d’ailleurs « monte » en crescendo au fil des pages.
Un bon album, oui, prenant aux tripes par moments MAIS où la question que je me suis posée au début du tome m’est revenue à la fermeture de celui-ci. Et cette question m’est restée sans réponse…
Kris est à l’heure de l’analyse autobiographique, alors qu’il raconte ses premiers tourments amoureux dans "Les ensembles Contraires" ; le voici dans un récit sur ses « aventures » en Irlande du Nord, durant l’été 1987. Cette histoire est beaucoup plus centrée sur l’engagement politique mais réutilise aussi le thème de l’amitié présent dans "Les ensembles Contraires".
Hormis la fin tragique qui est une invention, tout est vrai dans ce récit initiatique. Kris fait donc une description de la situation politique en Ulster. Il prend, d’ailleurs, ouvertement parti pour les catholiques opprimés par les Unionistes protestants. Kris et son ami Nicholas sont placés dans deux familles distinctes : Kris vit dans la bourgeoisie protestante britannique unioniste tandis que Nicholas habite chez des Irlandais pure souche proches de l’IRA. Tous les événements que vivront Kris et Nicolas en Ulster les marqueront sans doute à jamais et leur permettront de découvrir chez eux une conscience politique.
Au dessin, on retrouve Vincent Bailly l’auteur d’Angus Powderhill qui fait son travail en couleurs directes. Son style est assez brute, mais s’adapte assez bien aux paysages nord-irlandais.