Pour quelqu'un comme moi, qui a lu le roman avant de lire la bande dessinée, ce tome est très réducteur. En effet, c'est la partie la plus subtile de l'oeuvre, celle où Adam Reith affronte la Terre, le quatrième élément, qui est aussi le nom de sa planète. Autant dire que s'il en sort vainqueur, il a tout gagné. Et toute l'ambiance du récit d'origine contribue à cela, chose que je n'ai pas retrouvé dans cet album. On pourrait même accuser le scénario de se planter dans les à peu près. Page 24, Adam Reith demande son nom à la jeune Pnumekin, qui répond "ZAP 210". On sait que plus tard, dans l'oeuvre originale, c'est le héros qui donnera lui-même un nom à la jeune femme, car elle n'en a pas en réalité, se contentant d'être une simple femelle. Et puis page 33 , on a droit à la quasi-intégralité de ce passage du roman, où Adam Reith fabrique son nom à partir de son quartier, secteur, zone et numéro. C'est ballot.
Autre reproche que je voudrais faire au scénario, mais avec complaisance. Dans l'oeuvre du romancier, certains termes sont volontairement accompagnés de notes en bas de page, comme "Le censeur silencieux : traduction approximative de "Manga Glasha" qui traduit l'idée d'observateur, de mentor, d'acuité et d'omniscience". Ces notes sont recopiées dans la bande dessinées, à la verticale, avec un renvoi à la limite du lisible. C'est dommage, bien évidement, mais comment faire ?
Oui, de manière générale, comment faire pour retraduire en images, et en longueur imposée, ce que l'écrivain (Jack Vance) a eu tout le loisir de raconter, décrire, exposer cet univers mystérieux et souterrain qu'est l'antre des Pnumes. Dont notre héros finalement s'évade très facilement en regard des obstacles originaux du roman, de même que la drogue absorbée par Zap 210, le Diko, est traité plus que légèrement, et avec un jeu de mot simplet qui dans le meilleur des cas est absurde : on a vu Adam Reith débarquer en ne parlant que l'Anglais, on voit mal comment il peut faire un jeu de mot sur "diko" et "dictionnaire" dans la langue de Tschaï. Mais bon, passons.
Le dessin, lui est devenu très correct, voire même franchement bon. Mais d'un côté ce n'est pas sublime, d'un autre, ce qui est mon reproche majeur, il ne parvient pas à retraduire la magie de l'univers que Vance savait créer en nous par sa seule description. Bien sûr, c'est subjectif : je me suis fais une idée en lisant le roman que je ne retrouve pas ici.
Dans l'ensemble, une bande dessinée honnête, sans plus, qui malheuresement ne tiendrait pas la route sans les tomes précédents. Et qui ne tiens pas non plus le choc face à son équivalent de la première partie du roman de Jack Vance (Tschaï tome 4 : Le Pnume). Mais qui s'intègre quand même bien en tant que maillon entre les tomes précédents et le suivant (et dernier). Un maillon faible, peut-être, mais indispensable quand même. Un tremplin vers le final .......