Une bien bonne suite à cette histoire d’anticipation écrite au présent. Via l’album, je suis à nouveau entré dans une France qui a sombré dans une sanglante guerre civile. Des groupes régionalistes s’opposent, tentent de prendre leur part de pouvoir car –au vu du délabrement de l’armée régulière- ils créent leurs propres milices. Et pourtant, pour la plupart des gens, il faut bien vivre ; même si cela comporte de plus en plus de risques.
Costaud, une fois de plus, car en fin de tome une question se pose à nouveau à l’esprit : « et si ça se passait vraiment , qui serai-je ?… que ferais-je ?… » Et aucune réponse probante ne vient à l’esprit car –en temps de guerre- on ne sait prédire à l’avance son propre comportement face à des situations inhabituelles.
Un bon album : solide, au scénario bien charpenté et « mis en musique » par le graphisme nerveux, réaliste et efficace de Gaultier.
Avec ce deuxième volet, les auteurs ne s’épargnent rien et plongent cette guerre civile française encore un peu plus dans l’horreur.
Si on ne connaît toujours pas la véritable origine du chaos, l’intérêt majeur de cette série est d’imaginer la réaction de personnages bien réels en temps de guerre. Car l’originalité de cet album demeure le fait que les trois auteurs (Christophe Gaultier, Jean David Morvan et Sylvain Ricard) se mettent eux-mêmes en scène au milieu de cette guerre civile fictive qui frappe la France. En éliminant les personnages qui servent généralement d’intermédiaires entre auteurs et lecteurs, ce récit reçoit un parfum de BD-réalité.
Le fait d’intégrer des faits autobiographiques professionnels et familiaux renforce encore cette sensation d’authenticité et permet au passage aux auteurs de plaisanter sur leurs carrières respectives avec une autodérision très amusante et même de pointer du doigt certains fans aux comportements extrêmes. Car si la célébrité comporte des avantages et des inconvénients dans la vie réelle, ceux-ci s’avèrent décuplés aux frontières du chaos. Les différents comportements peuvent paraître illogiques en temps normal, mais en situation désespérée le chasseur de dédicaces porte bien mieux son nom lorsqu’il est armé. Confrontés au stress et à la peur, les auteurs réagissent de manière imprévisible, mêlant héroïsme stupide et lâcheté compréhensible à de l’humour et de l’hystérie. Le cocktail est pour l’instant efficace et maîtrisé.
A l’aide d’un rythme soutenu les auteurs nous plongent de plus en plus profondément dans cette fiction au parfum de réalité qui fait froid dans le dos. Si l’humour fait souvent surface, la tension demeure toujours présente et le futur de plus en plus incertain. Le dessin de Christophe Gaultier contribue également à accentuer la sensation de spontanéité et de réalisme de ce récit d’anticipation.