Tout d'abord une précision : j'ai lu cette album en version colorisée. N'ayant pas eu entre les mains la version N&B commentée par les posteurs précédents, je ne suis pas en mesure de donner les mérites comparés de l'un ou l'autre choix. Il s'agit donc ici d'une critique de la version couleur uniquement. Notons que la couverture est différente, et à mon sens, plus belle dans cette nouvelle édition... Mais entrons dans le vif du sujet !
j'ai cru entendre un harmonica mélancolique en commençant ma lecture. En effet, la scène d'introduction rappelle très nettement un certain nombre de westerns bien connus des 70s... Mais la suite s'en éloigne progressivement pour lorgner vers une veine beaucoup plus sombre, voire désespérée (dont Impitoyable est un bon exemple...).
Ici, pas d'exaltation du héros solitaire, taciturne mais droit dans ses bottes... Même si l'un des personnages semble au début proche de cette image, on est au final bien loin de cette façade ! De même, le shérif, justicier impitoyable, se révèlera fort différent de son image...
En fait, l'intérêt de ce one-shot réside dans sa quasi-totalité dans la psychologie, assez fouillée et surtout clairement moteur de l'action, des protagonistes. Et le duel final, attendu, prendra une forme bien différente de celle auquelle l'amateur est habitué !
On est littéralement happé dans l'ambiance de cette ville de l'ouest, de laquelle l'espoir est absent, ou bien vite anéanti quand il apparait... Le dessin contribue énormément à ce ressenti, par un travail sur les expressions notamment, sur les décors fouillés, et des choix de cadrages et de découpages propres à souligner à la fois l'action (mesurée) et les réflexions des acteurs...
Au final, je suis impressionné par ce western tout en ambiance, où peu de choses se passent, où peu de paroles sont exprimées, et pourtant d'une grande richesse, émotionnelle et visuelle !
A signaler que cet album paraîtra en version couleur au mois de juin. Voilà un très bon western crépusculaire. Cet ouvrage m’a rappelé les excellents films de Clint Eastwood comme Impitoyable ou le magnifique The assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford d’Andrew Dominic (un film à voir, d’ailleurs, bien que boudé par le public).
Cette histoire : c’est celle d’un homme qui cherche à faire sa réputation par le colt, un peu comme Robert Ford l’assassin de Jesse James était persuadé de trouver une gloire future en tuant un homme célèbre. On pouvait s’attendre à un western plein d’action, Guérineau étant un spécialiste de ce genre de bd (voire sa série sur les Stryges…). Mais, pas du tout… les deux auteurs nous servent un scénario où la psychologie tient une place prépondérante. Si l’histoire peut paraître simpliste et rappeler un peu les films de duels classiques caractéristiques du bon vieux temps de Sergio Leone ; l’affrontement entre Stanton le shérif et l’inconnu se teinte d’interrogations métaphysiques…
Le côté inhospitalier de la ville est parfaitement rendu. Le récit se déroule, d’ailleurs, dans une forme de huis clos assourdissant. Derrière les masques et la violence parfaitement réelle ; se cache, finalement, un profond désespoir que l’on retrouve chez tous les personnages de la prostitué au shérif...
Au dessin, je trouve que le noir et blanc permet à ce livre de trouver toute sa dimension émotionnelle. Encore une bonne surprise de cette année 2008…