Intrigué et attiré par les critiques dithyrambiques concernant un album dont la planche présentée ne m'attirait pas vraiment, j'ai quand même décidé de lire "Caravane". Et bien m'en a pris, car je suis très vite tombé sous le charme de cette histoire, et encore plus de la façon dont elle est contée.
Tout d'abord le récit : passé quelques pages de présentation, on entre assez vite dans le vif de l'action. Typée western, mais dans un contexte original teinté de fantastique, l'histoire aborde des thèmes pas franchement anodins : la différence, le racisme, la violence (agressive ou défensive), l'innocence, l'amitié... etc. Ca fait beaucoup de choses pour un seul album, et certaines se sont qu'ébauchées, mais chaque thème semble abordé avec finesse. A part les villageois, la frontière entre le bien et le mal est floue, notamment au sein de la caravane où les sentiments exacerbés entrainent facilement des excès... Je ne m'attendais pas non plus à la dureté croissante du récit, cependant parfaitement légitime dans ce contexte. Enfin, la chute finale pose pas mal d'interrogations, et donne réellement envie de découvrir les développement futurs.
Maintenant, le dessin. Dans un premier temps, je n'ai pas accroché, le travail me donnait presque une impression d'amateurisme... Puis je m'y suis habitué, et au fil des pages j'ai commencé à apprécier de plus en plus ce graphisme éclatant de couleur. Je ne qualifierai toujours pas ce dessin de chef d'oeuvre, mais l'adéquation entre trait et personnages (quelle galerie de monstres !) est réelle, et au final, j'aurai beaucoup de difficulté à imaginer cet univers dans un autre style !
Ce premier album de "Caravane" est un superbe premier tome !
Nous attendions Olivier Milhiet au tournant depuis sa série "Spoogue" qui a plu à grand nombre de lecteurs à sa sortie.
Ici, l'auteur nous propose une histoire aux antipodes de son délire médiéval-fantastique. La base de "Caravane", plus sérieuse, traite en arrière plan de sujets sociaux d'actualité tels que l'exclusion, le rejet de la différence... d'une manière fantastique.
L'histoire est très prenante et promet une suite de qualité. Pas de temps mort, elle nous présente une troupe de "monstres" humains, aux particularités pour le moins originales, dans un univers où la "normalité" est un pré-requis pour pouvoir s'insérer dans la société. Et c'est par les yeux de la petite Mila et de son père que tout à coup les habitants bouseux du village où débarque la troupe semblent monstrueux, décadents...
Le dessin est superbe, et la couleur géniale. A mon sens, une véritable évolution a eu lieu depuis "Spoogue" dans le traitement des ambiances, dans la qualité des planches et le découpage. Attention, vous ne trouverez pas dans cet album la tonne de délire d'arrière plan auquels nous avait habitué "Spoogue". Le ton est résolument plus sérieux, et le graphisme s'en ressent fortement...
Que dire d'autre ? J'attend la suite de "Caravane" avec impatience. Toutefois, si il est une chose que "Spoogue" nous a appris, c'est que Olivier Milhiet n'est pas un foudre de guerre.. Il va donc falloir s'armer de patience avant de découvrir le second tome de cette originale histoire.
Plusieurs années après la conclusion de "Spoogue", Olivier Milhiet récidive chez Delcourt avec une série totalement différente.
La caravane que l’auteur fait défiler dans un décor désertique est celle d’une bande de "Freaks" pour le moins surprenante. Si ses passagers sont monstrueux, c’est pourtant au sein du petit village traversé par ce cortège atypique que se situe l’animosité. Ce récit original se développe en effet principalement autour de thèmes tels que l’intolérance, le racisme et l’intégration. Des sujets actuels qui sont abordés sans manichéisme et de manière très intelligente.
Olivier Milhiet livre un casting pour le moins surprenant avec d’un côté une bande de monstres dont la caravane passe et de l’autre un bled rempli de xénophobes dont les aboiements invitent les étrangers à passer leur chemin ou à sentir leurs crocs. Au milieu de ses deux camps : une petite fille nommée Mila, véritable lumière au milieu d’un monde bien sombre. Une gamine espiègle qui contribue à humaniser ces nomades et à les rendre attachants et qui n’est pas encore contaminée par la bêtise des villageois.
Le genre oscille entre le western, le polar et le fantastique, le tout dans un environnement post apocalyptique très réussi. Les dessins sont efficaces, la colorisation splendide, le rythme de lecture parfait et la conclusion très prometteuse.
Bref, un premier tome excellent, qui va au-delà de la simple mise en place d’un univers que l’on imagine encore plus riche.