Didier Tronchet a désormais une jolie liste d'albums derrière lui. Ceux qui, comme moi, l'ont découvert à l'époque des premiers "Jean-Claude Tergal", "Raymond Calbuth" et autres "Les damnés de la terre associés", savent que l'auteur a pris un virage moins humoristique depuis quelques années ("Là-bas", "Ma vie en l'air"...). "La gueule du loup" poursuit cette exploration d'histoires où la dérision a moins de place, sans toutefois la délaisser. Et c'est peut-être ce qui explique que l'album ne soit que partiellement réussi.
"La gueule du loup" est un polar. On peut le dire après avoir terminé l'album, mais au début de la lecture, ce n'est pas si évident. Le personnage du gynécologue et, plus encore, celui de Jacky, ont des réparties qui se seraient volontiers glissées dans la bouche de Jean-Claude Tergal. Je pense par exemple au gag récurrent de la femme qui éternue, que Tronchet met en scène avec le savoir-faire humoristique qui le caractérise. Sachant que cet humour n'abandonne jamais tout à fait le récit, on a un peu de mal à prendre au sérieux l'intrigue principale, pourtant pas drôle. Mais il n'est pas simple de flipper quand tous les personnages sont à poil dans une soirée et que Jacky drague misérablement une blonde à forte poitrine !
Ce mélange des genres nuit ainsi à l'histoire. Choisir plus résolument un style ou l'autre aurait clarifié les choses et aurait peut-être permis à l'album d'être plus réussi. "Là-bas" était touchant et à recommander, de même que les "Jean-Claude Tergal", dans des genres très différents. Trocnhet a-t-il voulu ratisser large ? Probablement pas de manière consciente, mais son album hybride, pas désagréable à suivre, n'est pas pleinement convaincant.
Le lecteur se retrouve aussi bien que François embarqué dans ce récit qui commence sagement pour mieux nous piéger.
Au début, impossible de savoir où l'on va, bluette romantique, roman d'espionnage, récit d'une folle, mais qu'est ce qu'Iléna manigance ?
Les personnages de François et de Jacky se découvrent tout au long du récit, et les rebondissements ne manquent pas. De leur histoire passée, on ne connaitra que des touches, mais on ne préfère pas que celui d'Iléna soit explicite. Pas d'inutile, pas de superflu, la narration est efficace, et le roman rose devient noir...
Le dessin suit parfaitement le rythme. Scènes d'action aux traits nerveux, scènes de répit lumineuses, Tronchet nous ballade aussi bien par le dessin que par la mise en scène.
Bien que François et Jacky soient des types ordinaires, ils se débrouillent très bien, et Tronchet ne jouent pas ici avec la figure de l'anti héros. Il semble plutôt montrer qu'on peut être étonné de la manière dont on peut réagir en situation de crise. C'est crédible tout le long, et ça c'est bien agréable.
Voilà un one-shot d’environ 120 pages qui démarre de manière assez originale, pour terminer en thriller rural plus classique.
Tout démarre par une soirée speed-dating, où le héros de l’histoire va faire une rencontre étonnante qui va l’embarquer dans une aventure bien étrange. Cela débute de manière assez originale et légère, les situations amusantes s’enchaînent et le personnage d’Ilona (la speed-daté) devient de plus en plus ambiguë et fait basculer notre bon père de famille célibataire dans une histoire plus sombre et bien moins romantique qu’il espérait. Le récit entre alors dans le genre thriller, mais le tout est développé de manière un peu trop rocambolesque. On se laisse néanmoins facilement emporter par l’intrigue, que l’auteur a la bonne idée de dévoiler au compte-gouttes afin d’entretenir le suspense.
Cet album qui vogue entre la comédie et le thriller va également permettre à Tronchet de livrer une légère chronique sociale, en pointant du doigt les filières d’immigrées de l’Est qui alimentent les réseaux de la prostitution, ainsi que les soirées perverses d’une partie de la société dite ‘respectable’. Le trait épais et typique de Tronchet offre une grande lisibilité et contribue à la lecture rapide de cette lecture très plaisante.