Première BD d’une jeune auteure qui n’a sûrement pas fini de faire parler d’elle, tant son talent de dessinatrice est évident, Groenland Manhattan raconte une singulière et triste histoire, d’autant plus touchante qu’elle est véridique. D’ailleurs à ce sujet, merci à l’éditeur pour le supplément documentaire en fin d’album ; voir les vrais protagonistes de l’histoire que l’on vient de lire est particulièrement émouvant.
Cependant, je n’ai pas été aussi touchée par cette histoire que j’aurais dû l’être. Peut-être le format de one-shot n’était-il pas adapté, trop court, peut-être aurait-il fallu 2 tomes afin de mieux développer la psychologie du jeune survivant et le terrible destin des siens. Toujours est-il que je n’ai pas ressenti avec assez de force, d’intensité, la détresse légitime du personnage principal.
La douceur ouatée du dessin, parfaite pour les paysages de neige est peut-être aussi un peu fautive. En tous cas, je trouve qu’elle atténue le tragique de cette histoire, qu’elle la rend un peu irréelle.
C’est évidemment une impression très subjective, et compte tenu de l’originalité de ce scénario et de la beauté de l’objet, je vous invite chaudement à vous faire votre propre opinion.
Une histoire vraie. Celle de Minik, un enfant esquimau ramené –avec toute sa famille- par un explorateur en 1897. Tous vont se retrouver à Manhattan. Mais le choc des cultures est si grand que seul Minik va survivre. Etranger en Amérique, il le sera également lorsqu’il rentrera dans son pays.
Histoire émouvante, bien mise en images par l’auteur. C’est vrai, Chloé Crichaudet aurait pu tomber dans une sorte de facilité, surcharger ses pages d’émotions (il y a matière), en « remettre une couche » ; mais elle a réalisé l’ensemble d’une manière plutôt émouvante, laquelle fait que l’on se prend ainsi d’amitié pour Minik et que l’on vit ses malheurs avec lui. On va ainsi le suivre, par tranches, pendant les différentes saisons de sa vie ; ce jusqu’à sa fin prématurée à l’âge de 28 ans.
Un album témoignage mais qui ne fait l’objet d’aucune réelle lourdeur. Le graphisme est clair, calibré, réalisé de façon telle que l’on est pour ainsi dire invité à suivre les pérégrinations de Minik.
Il est venu. Il a vu. Il a vécu. Il est parti. Il n’avait rien demandé à personne sauf –mais il ne l’a pas dit- le droit de vivre chez lui. Tout simplement. Mais il aura eu une triste vie d’apatride, et tout cela au nom de la « culture ».