Le deuxième tome de la série avait sensiblement changé de ton. "La terre du prophète pâle" se révèle tout aussi novateur : visiblement, Wilfrid Lupano et Virginie Augustin ne sont pas du genre à s'endormir sur leurs lauriers.
Changement de contexte, avec de nouvelles contrées explorées par ceux qui pourchassent Alim. Changement de situation, avec un Alim en curieuse posture et, surtout, qui se retrouve seul. Changement de point de vue avec de nombreuses scènes où le héros est absent ou en retrait, comme si l'univers prenait le pas sur l'aventure individuelle.
En vérité, le monde imaginé par le duo d'auteurs s'étoffe et les intrigues politico-religieuses deviennent essentielles. Certes, elles ont toujours été importantes puisqu'elles poussent Alim à fuir dès le premier tome, mais elles sont traitées ici moins comme une toile de fond que comme le coeur du récit.
J'avoue que je préférais l'ambiance du premier tome, plus émouvante et moins tournée vers les intrigues de palais. Cela n'empêche pas cette troisième livraison d'être globalement réussie. En clair, si vous avez acheté les deux premiers, investissez aussi dans celui-ci puisqu'il vous donnera envie de poursuivre l'aventure.
Ce troisième tome débute par un bond de dix années qui peut surprendre, mais qui grâce à un prologue efficace, s’effectue de manière assez fluide. L’évolution des personnages dans le temps est d’ailleurs très bien gérée.
Dans la lignée d’un deuxième tome qui mettait en avant une dramatique plus importante (notamment avec la mort de Pépé), ce début de troisième tome réserve également quelques scènes touchantes, tels que la mort de la femme d’Alim, l’emprisonnement d’Alim et la disparition de la petite Bul.
Ce troisième tome est également marqué par un nouveau changement de décor. Après le monde montagnard plus froid et moins ensoleillée du tome précédent, le lecteur se retrouve à nouveau dans un décor digne des 1001 nuits, dans un monde aux couleurs pastels et chatoyantes. Le dessin de Virginie Augustin est d’ailleurs toujours aussi plaisant. Les personnages ont vieillis, mais ont des bouilles toujours aussi attachantes et sont animés de main de maître par cette ex-employée de Disney. Les planches sont magnifiques, l’aventure dépaysante et la colorisation douce apporte une touche d’optimisme et d’espoir à cet univers qui vit sous la dictature.
Wilfrid Lupano continue d’ailleurs de développer les thématiques de la religion et de la colonisation, tout en conservant le côté aventureux et humoristique du récit. Quoi qu’il en soit, la découverte des reliques de Jésameth par Alim et Bul n’a pas fini de faire vaciller les fondations religieuses de cette société.