Quel étrange second tome. A la fois dans la continuité narrative totale du premier opus, à la fois en clivage complet avec le style abordé précedemment.
On tombe ici dans une histoire beaucoup plus proche de "Criminal Macabre" que de "30 jours de nuit", l'ambiance ayant fait place à une sorte d'enquête beaucoup plus commune, classique.
C'est dommage car le premier tome se suffisait amplement à lui-même, ce nouvel album n'ayant donc qu'un intérêt limité.
Evidemment, ce tome se tient : prenant, étrange, il saura captiver le lecteur. Mais je regrette ce tournant complet, abandonnant toute l'originalité du premier opus...
Reste le dessin de Templesmith. On dira ce que l'on voudra : il a la classe. Pris case après case, il est commun et baclé. Dans son ensemble, il donne vraiment un style fort et original à la série. "30 jours de nuit", c'est avant tout un travail précis sur la mise en couleur qui à elle-seule permet à l'auteur d'exprimer la quasi-totalité des évènements de l'histoire. Impressionnant !
Un tome étrange, donc.. à la fin déroutante, qui nous permet de penser que le troisième et dernier tome sera au moins aussi bon que celui-ci. Ce qui n'est déjà pas mal !
Après plusieurs années d’attente (malgré une parution des épisodes de «Dark Days» aux Etats-Unis dès 2004), les amateurs francophones d’ouvrages gores ont deux raisons de se réjouir. Il y a d’abord l’adaptation cinématographique du carnage de Barrow (mise en scène par David Slade) qui vient de sortir en France, mais également la publication par Delcourt de cette suite imaginée par le duo Niles/Templesmith.
L’efficacité du volet précédent reposait fermement sur un postulat de départ extrêmement original : là où les victimes potentielles attendent généralement d’être sauvées par le gong d’un soleil se levant avec la régularité d’une horloge suisse, l’aube se faisait désirer pendant près d’un mois à Barrow. En quittant ce terrain de chasse angoissant pour les uns et paradisiaque pour les autres, ce nouvel album replace les vampires dans une configuration plus classique. Souverains en Alaska, la survie de ces monstres ne repose maintenant plus que sur l’incrédulité des gens qui, afin de se rassurer, refusent pertinemment de croire en leur existence malgré les preuves.
En mettant en scène les femmes/mères des protagonistes principaux de l’histoire précédente et en reprenant son final, cette suite sans véritable raison d’être donne l’impression de vouloir rouvrir une hémorragie qui semblait sous contrôle. S’il est amusant de voir les anciens traqueurs pourchassés dans cette suite moins violente, le cadre plus traditionnel, composé de ruelles sombres, cimetières et maisons hantées, souffre de la comparaison avec son prédécesseur. De plus, avec l’apparition du traître Dane, les créatures de la nuit perdent en bestialité, pour retomber partiellement dans un rôle d’êtres romantiques et torturés.
Au niveau de la mise en image, la griffe de Templesmith ("Fell", "Criminal Macabre", "Silent hill") frappe à nouveau très fort dans ce comics d’ambiance au rythme soutenu. Une puissance graphique qui sort de l’ordinaire et accentue l’atmosphère macabre, oppressante et malsaine développée par Steve Niles. Un dessin au caractère particulier, assez déconcertant, qui plante un décor approximatif, restituant parfaitement le côté angoissant du scénario. Une ambiance glauque, un monde d'ombres qui semble filtrer la lumière et l’espoir et qui baigne le tout dans un brouillard aux couleurs tamisées. Une pénombre qui oblige le lecteur à se focaliser sur les détails importants et d’où surgissent régulièrement des crocs acérés effrayants et des giclées d’hémoglobine. Des traits hachurés, torturés, irréguliers et des teintes travaillées qui permettent au dessinateur australien de mettre l’horreur en scène avec grande maestria. Et en guise de dessert : six couvertures originales de toute beauté.
A l’inverse du premier récit aux airs de one-shot, «Jours sombres» démontre clairement l’irrésistible envie de vouloir à nouveau faire couler le sang. Avec «Retour à Barrow» et un quatrième album des mains de Bill Sienkiewicz, Steve Niles tiendra assurément ses lecteurs en haleine durant encore de nombreuses lunes.