L'histoire relate l'amour impossible qu'éprouve la momie d'un pharaon envers la fille de l'égyptologue anglais l'ayant découvert et ramené au pays ! Perdu dans le Londres victorien, Imotep, sous ses bandelettes vieilles de plus de trente siècles, retrouve toute sa vigueur pour tenter de fuir avec sa bien-aimée.
Surprenant ! Une fantaisie surréaliste pleine de rebondissements, évoquant aussi bien les vieux films comiques que l'univers fantastique de Tim Burton.
Le graphisme léger et enlevé, tout en volutes, de Guibert ajoute un grand charme à cet album.
60 pages de bonheur. Le jour où l'on me dira qu'un film a été tiré de ce scénario, je le croirai bien volontiers...
J'aime bien le dessin de cette BD. J'aime la palette de couleurs, même si elle est un peu terne. Je trouve le trait du dessin beau, notamment au niveau des personnages, qui même sans être détaillés ressortent bien et donne une impression de qualité et de beauté à cette BD. Je suis un peu plus réticent ceci dit pour les décors, qui sont souvent vides : j'aime qu'une BD offre un décor, même s'il est simple et dépouillé.
Quant à l'histoire, elle est évidemment originale, voire décalée dès le début. Elle est également assez intelligente, voire poétique. Cependant, en fin de lecture, j'en viens à me demander où l'auteur a voulu nous mener. J'ai lu cette BD avec un certain plaisir, disons plutôt sans déplaisir, mais elle ne m'a pas marqué ni vraiment intéressé.
Sympathique, voilà tout ce que je peux en dire, en réalité.
Voici donc Sfar à ses débuts... difficile de donner son avis sur un album aussi troublant que touchant. En effet, troublantes sont les planches de Guibert et touchant est le récit de Sfar... Récit qui met en image l'amour impossible d'un prince d'Egypte, Imhotep IV, pour la fille d'un archéologue réputé et so british, Liliane, qui ressemble trait pour trait à la défunte du pharaon.
Tout y est : de l'émotion, de l'humour, de la poésie en passant par le flegme britannique. J'ai même retrouvé à plusieurs reprises une pointe d'absurde à la Dumontheuil (comme dans "Malantendus" et "Qui a Tué l'Idiot").
Ajoutez à cela des dialogues bien choisis, un peu comme avec "Le chat du rabbin", et vous avez une bd décalée car elle ne ressemble à aucune autre... En voici un petit extrait :
Imohotep IV: "Bon sang! Liliane! il me faut un bateau."
Antiquaire: "J'ai un bateau."
Imohotep IV: "Et comment s'appelle-t-il, votre bateau ?"
Antiquaire: "Appelez-le comme vous voulez..."
Imohotep IV (à la vue de l’embarcation): "une barque..."
A mes yeux, "La fille du professeur" n'est pas n'importe quelle bande dessinée.
C'est celle qui m'a donné envie de plonger plus avant dans cette voie, de mieux la connaitre...
C'est vrai que la beauté des graphismes frappe en premier, et fort: le lavis de gris, les tons sépias... on se croirait plonger dans un vieux film des années '40.
D'ailleurs je suis prêt à parier que les auteurs s'en sont inspirés: on pense au "Port de l'angoisse" pour l'ambiance de la scène du port, par exemple.
D'ailleurs, les dialogues donnent aussi dans la même veine: plaisants, cédant à la facilité d'un bon mot mais toujours fins... avec un second degré très maitre de lui (scène devant la cheminée entre Imhotep IV et sa momie de père: "Eh bien quoi? Après trois mille ans, c'est tout ce que tu as à me dire?")... un humour distant, un brin parodique, rêveur.
On retrouve toute la capacité de Sfar à donner des répliques ciselées, et c'est un point qui participe beaucoup au plaisir de cette lecture.
Le seul point qui me rebut quelque peu, à la relecture, c'est le rythme...
L'idée de départ en elle-même est assez folle, mais diablement plaisante: cette histoire d'amour rocambolesque (le terme prend tout son sens ici !) peine toutefois.
Les évènements se suivent, et la rapidité des péripéties contraste -trop- avec l'aspect 'cinéphile' qui est plus contemplatif... on admire les couleurs, les dialogues, mais on se laisse plus porter par l'histoire qu'on ne la suit avec assiduité.
Du coup, on ne peut par moment pas s'empêcher de lire "La fille du professeur" avec un sourire détaché.
Pourtant, ça commencait très bien point de vu rythme, avec une introduction directe dans le récit: Liliane, la fille du professeur donc, tire Ihmotep hor de la demeure de son professeur de père... sa jambe dépasse du seuil, et parallèlement à cette image, on se fait directment tirer par la main pour entrer de plein-pied dans l'intrigue.
Comme le disait Dumas, il faut commencer par l'action.
"La fille du professeur" est un petit bijou qu'on lit avec distance, le sourire au coin des lèvres, la tête pleine d'aventures classiques.
De nos jours, ça ne fait pas de mal.
Commençons par ce que tout le monde n'a pas manqué de remarquer : les dessins de cet album sont tout simplement magnifiques, superbes, merveilleux. C'est un véritable régal pour les yeux, on ne se lasse pas de regarder cette petite merveille. Même la couverture (pourtant orange plus que vif !) est magnifique.
Bon, à part ça, il me semble que le classement de cet album dans la catégorie "humour" est complètement injustifié. (NB : il est ici classé en "inclassable", tant mieux; mais sa présence dans la collection "humour libre" me laisse sceptique).
Il s'agit plus d'un conte que d'autre chose (les autres choses pouvant tout de même être roman graphique, fantastique, ou encore inclassable, excusez du peu). Non seulement c'est injustifié, mais en plus cela induit en erreur le lecteur qui a l'intention de le lire. Et d'ailleurs comme album d'humour, il ne mériterait guère qu'un 3...
Mais bon. L'histoire est assez sympathiquement absurde, avec des rebondissements improbables et grand-guignolesques, les dialogues sont gentiment décalés (voir en particulier les premières pages) et très plaisants à défaut d'être franchement drôles. Certaines scènes sont tout de mêmes vraiment délirantes, particulièrement celles mettant en scène la reine. (Mais qu'a donc Sfar contre elle ?! )
Original, donc, comportant des dialogues fins, des situations burlesques, absolument superbe à regarder, cet album est rafraichissant comme une bouffée d'air pur (et ne venez pas me dire que cette expression est ridicule, où alors après l'avoir lu). A lire.