J'avais bien aimé la lenteur et la fraîcheur des deux premiers tomes. Disons-le tout net, ce troisième opus met la barre encore plus haut pour un résultat (presque ?) parfait.
J'ai dévoré ce livre de bout en bout. Pourtant, il se passe toujours aussi peu de choses. On est toujours dans ce petit village du Québec des années 20-30. L'intégration de Serge au sein de la communauté semble être acquise et le restaurant va bon train, rendant heureux tous ceux qui y sont conviés. Mais tout n'est pas si simple puisque "les hommes" vont rentrer de leur travail hivernal. Et le petit grain de sable qu'est Serge dans leurs petites habitudes va très vite les agacer.
De l'insouciance des premiers tomes, on passe à une violence assez importante. Violence physique, mais aussi psychologique. On découvre certains traits de personnalité qu'on ne soupçonnait pas chez les personnages. Même Marie s'énerve ... c'est dire !
La violence est également présente au niveau des sentiments. L'amour, la haine ... tout ça est très proche. Et même si le renversement de situation concernant Serge était assez prévisible, il n'empêche que ça sonne vrai.
Et c'est justement la force de cette série (et de ce tome en particulier) : les personnages jouent juste et bien la comédie de la vie. C'est un véritable petit théâtre vivant où joies, peines, déceptions, jalousies, amour, haine, incompréhensions, silences et non-dits se côtoient allègrement.
Le tout est évidemment servi par le dessin hybride magnifique de Loisel et Tripp qui régalent nos rétines à chaque case. Le trait est agréable, les couleurs sont superbes et les personnages ... réalistes. Réalistes dans le sens où ils ne sont ni trop beaux ou trop moches. Des gens normaux.
Je finirai sur les dialogues qui sont pour ma part, très réussis avec des expressions locales (il faut parfois s'accrocher pour comprendre) sympathiques.
Bref, je ne saurai trop vous conseiller de lire cette série qui, j'en suis sûr, vous ravira autant que moi.
Quel bonheur de retourner au fin fond du Québec des années 1920-30, dans la petite paroisse rurale de Notre-Dame-des-Lacs, habitée par quelques familles … et par Serge, dont les talents culinaires ont fait fureur dans le tome précédent. Mais, avec le retour des hommes de leur campagne d’hiver, c’est tout l’équilibre de cette petite communauté campagnarde québécoise qui se voit perturbé. Un retour empli de jalousie et qui va déclencher une véritable guerre des sexes au sein du village. Par rapport à la quiétude et la solidarité qui animaient encore cette microsociété harmonieuse durant les fêtes de Noël du tome précédent, ce tome va sombrer dans une violence rare (Marie va carrément aller jusqu’à lancer un tabouret, c’est tout dire).
Mais, blague à part, malgré cette rivalité soudaine qui vient perturber le quotidien des habitants, on reste bel et bien au milieu d’une chronique sociale gentillette. Une histoire qui continue de mettre en avant le caractère des différents personnages hauts en couleurs et, malgré tout, remplis d’humanité et de générosité. Et afin d’augmenter l’authenticité de ce petit village dans la prairie, les auteurs (avec l’aide du montréalais Jimmy Beaulieu) ont également opté pour une narration franco-québécoise compréhensible des deux côtés de l’Atlantique et riche en expressions locales savoureuses.
Le dessin hybride Loisel – Tripp continue de faire mouche, avec Régis Loisel ("Peter Pan", "La quête de l'oiseau du temps", "Le grand Mort") au crayonné des planches et Jean-Louis Tripp à l’encrage et à la finalisation des dessins. Une alchimie magnifique entre ces deux grands talents, qui nous reproduisent cette tranche de vie québécoise avec brio et nous livrent plusieurs planches muettes merveilleuses.
Initialement prévue en 3 tomes, cette tranche de vie québécoise devrait finalement en compter 6. Hostie, ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre !
Comme l’indique le titre, c’est maintenant vers les Hommes que se tournent les regards. Ils rentrent, comme d’habitude de leurs campagnes hivernales de bucheronnage, et ils découvrent leur village, leurs femmes complètements changés. Leurs réactions vont être épiques.
Merveilleuse histoire qui nous plonge dans cette ambiance de village rural au fond du Québec, ou il suffit d’une personne différente pour bouleverser en profondeur l’existence des habitantes de ce village. Début d’évolution pour des Femmes peu habituées aux raffinements, dialogues du pays dans un accent parfois difficile à déchiffrer, personnages empreints d’une grande sensibilité, c’est un régal que de se plonger dans ce troisième opus qui nous transporte avec allégresse. Pourtant, j’aime sans plus le dessin qui ne rend pas les personnages très beaux, mais qui rend à la perfection l’ambiance travailleuse, bigote, rude de cette vie rurale isolée.
Donc, ce troisième opus continue dans la même ligne que les deux premiers, même si l’ambiance y est moins légère.
Un régal…