Guy Delisle, avec ses albums entre récits de voyage et scènes de la vie quotidienne, a su se faire remarquer. Les bédéphiles connaissent désormais son nom et le fait que je sois déjà le cinquième à chroniquer son dernier album sur coinbd, prouve la notoriété grandissante de cet auteur.
Comme dans "Pyongyang", Delisle nous fait découvrir un pays asiatique soumis à une dictature féroce. Cependant, le côté personnel a plus d'importance dans "Chroniques Birmanes" : l'auteur a eu un bébé depuis son passage en Corée du Nord et se retrouve en position de père au foyer pour accompagner sa femme sur le sol birman. La gestion du petit bonhomme est omniprésente au fil des planches, et les relations avec les autochtones sont moins riches que dans "Pyongyang" puisque Delisle est beaucoup amené à cotoyer des expatriés.
D'ailleurs, le ton est globalement plus léger. On frôle parfois le format gag en une planche, qui n'est pas la marque de fabrique de l'auteur a priori, mais il semble s'être amusé à sourire de ses tracas asiatiques et de ses soucis de jeune père. L'ensemble se lit avec beaucoup de facilité et de plaisir ; on regrette juste un peu que le côté historico-politique ne soit pas plus développé. Toutefois, le lecteur curieux aura été suffisamment stimulé par cette bande dessinée pour aller chercher des informations supplémentaires dans des bouquins sur le sujet.
Lecture à recommander, et auteur à ne pas négliger si vous ne le connaissez pas encore.
A l'époque, j'avais été littéralement happé par "Pyongyang". Par la suite, j'avais aussi beaucoup aimé "Shenzhen". Je n'ai donc pas hésité à acheter Chroniques Birmanes dès sa sortie.
Hormis le passage chez Delcourt qui modifie la maquette et la couverture, nous retrouvons là presque strictement le même type d'ouvrage. Le dessin de Guy Delisle y a beaucoup gagné en assurance depuis les débuts de Shenzhen. Il est toujours aussi fluide et doué pour la narration. Et il sait toujours aussi bien insérer régulièrement de l'humour au fil de ses pages.
Seule différence notable, à l'époque de Shenzhen et Pyongyang, il était célibataire et en séjour dans le cadre de son travail, tandis que là il est en couple, avec sa compagne qui travaille pour MSF et lui qui est là en simple accompagnateur, homme au foyer chargé de s'occuper de son jeune fils. Cela modifie un peu la façon dont il visite le pays et ses relations avec les gens puisqu'il est là un peu en touriste, ou du moins sans l'appui social et psychologique d'un emploi bien établi.
J'avoue avoir été un peu moins marqué par ma lecture de Chroniques Birmanes que par Pyongyang. Je crois surtout que c'est le fait d'être désormais habitué à ce genre de récit qui fait cela : il n'y a plus d'effet de surprise.
Car dans les faits, il n'y a rien à reprocher, loin de là.
Comme à son habitude, Guy Delisle alterne moments de vie privée et ouverture davantage vers la situation du pays, politique, social, etc. J'ai trouvé un poil plus de vie privée ceci dit, dans ce livre-ci, mais je ne suis pas sûr que ce ne soit pas qu'une impression.
J'ai appris beaucoup, voire énormément de choses, sur la Birmanie (ou Myanmar), cette nation si fermée et mystérieuse. Certaines choses recoupaient des données que j'avais apprises à la télé, lors de reportages ou des récents évènements dans ce pays. Mais beaucoup d'autres, anecdotes et informations d'envergure plus importantes, m'en ont révélé énormément sur la vie dans ce pays en pleine dictature, et sur les aberrations dont peut être responsable cette dernière. Sous couvert d'un pays "tranquille", en tout cas pour les expatriés, la vie là-bas a parfois l'air... ubuesque, semble-t-il. Par contre, je n'ai pas réussi à ressentir la peur que doivent probablement éprouver les Birmans, l'album n'a pas véritablement su me la retranscrire. Probablement parce que l'auteur ne l'a lui-même pas véritablement vécu sur place.
Difficile d'en parler plus car il y aurait en fait trop de choses à dire et à commenter sur ce qu'on apprend sur la Birmanie dans cet ouvrage. De même, il y aurait trop à dire sur la façon légère, dynamique et pleine d'humour dont Guy Delisle arrive à nous raconter tout cela. Cela coule de source, c'est un album qu'on ne peut pas refermer (ou alors à grandes difficultés) avant de l'avoir terminé, et une fois de plus je me suis endormi à "pas d'heure" cette nuit parce que je n'ai pas réussi à me forcer à le reposer avant la fin.
Si vous avez aimé "Shenzhen" et "Pyongyang", vous apprécierez sans doute autant Chroniques Birmanes.
Après avoir raconté ses séjours en Chine et en Corée dans "Shenzhen" et "Pyongyang", Guy Delisle offre un aperçu d'un autre pays totalitaire, le Myanmar (la Birmanie). Par rapport aux deux ouvrages chez l'Association, la situation de Guy Delisle a quelque peu évolué étant donné qu’il est passé d’un célibataire opérant dans le cadre de son travail à un père de famille accompagnant son épouse en mission sur place pour MSF. C’est sous cette nouvelle perspective et donc un peu plus dans un rôle de ‘touriste’, qu’il partage ce séjour de 14 mois en Birmanie. C’est donc plus un récit de voyage qu’une véritable investigation que nous offre cet album qui vient s’ajouter à la bien belle Collection Shampooing ("Trois Ombres") de Delcourt.
Guy Delisle donne donc tout simplement un aperçu de sa vie quotidienne en tant que simple accompagnateur et homme au foyer. Une accumulations d’anecdotes intéressantes de la vie de cet expatrié, ainsi que les (més)aventures d’un père au foyer. Certes, l’ouvrage distille des informations intéressantes sur le Myanmar et ses habitants, mais d’un point de vue un peu trop ‘touristique’ et sans vraiment surprendre le lecteur. La lecture s’avère donc très agréable, emplie d’humour et d’autodérision, mais le côté ‘spectateur distant’ est un peu frustrant. Le dessin décalé est d’une grande lisibilité et malgré son apparence ‘simpliste’, il parvient tout de même à distiller énormément d’informations, d’émotions et de non-dits.
"Shenzhen" et "Pyongyang", dans leur style, était des albums assez géniaux. Tous deux illustrés et racontés par Delisle, basés sur la vie de l'auteur expatrié en Chine, puis en Corée du Nord, ils savaient être drôles, graves, réalistes et fantaisistes à la fois.
"Chroniques Birmanes" s'inscrit complètement dans cet esprit. Et c'est un véritable plaisir de retrouver la narration de l'auteur, qui donne beaucoup de sens à ses albums.
Ici, tout est différent tout de même : pour une fois, Guy Delisle ne part pas travailler dans l'animation, et ce retrouve pour le coup un petit peu perdu, à attendre sa femme très prise par Médecins sans Frontières. Ceci lui permet de découvrir plus profondément encore le pays, en compagnie de son fils Louis qui aura beaucoup de succès aux yeux des birman(e)s.
C'est drôle, et moins noir que Pyongyang. Le voyage, qui se veut réaliste, semble avoir aussi été moins dur pour l'auteur - peut être tout simplement parcequ'il était accompagné de sa famille.
Le graphisme de Guy Delisle touche aussi beaucoup, dans toute sa simplicité. En noir et blanc, il s'attarde plus sur des concepts et des idées que sur une représentation réaliste des choses. Associé à une narration précise, il transcende vraiment le récit pour lui donner tout son intérêt.
Excellent tome, donc, qui pour l'occasion se sauve de "L'association" pour atterrir chez "Shampooing", collection dirigée par Trondheim. Et personne ne s'en plaindra, d'ailleurs.