Voilà un rêve qui se réalise pour Jiro Taniguchi : faire une BD européenne ! Alors que beaucoup d’auteurs européens souhaitent faire du manga, lui, c’est l’inverse et un honneur pour la BD européenne dont il est fan depuis plusieurs années !
Voilà donc 63 planches pour un premier essai, mitigé à mon goût.
Le scénario est assez simple et pourrait être résumé en quelques phrases. De plus, j’ai l’impression de lire une BD adaptée d’un film de Miyasaki sans grande originalité. On retrouve d’ailleurs au dessin le design fétiches de Taniguchi mais cette fois-ci en couleur. Il faut quand même souligner que le dessin de Taniguchi est très beau, toujours aussi soigné avec de beaux décors. La mise en couleur est propre mais le papier épais de cet album et l’impression mat y sont pour quelque chose.
Par rapport à un manga, la BD européenne comprend beaucoup moins de pages et il faut condenser le scénario. C’est donc très différent et le rythme lent de Taniguchi est difficilement adaptable. Cependant, je trouve que cet album est un très beau conte, avec une part de fantastique et d’imaginaire qui devrait beaucoup plaire à un public jeunesse ; il manque un peu de contenu pour un public ado/adulte.
Voilà donc un album agréable à lire mais un peu trop jeunesse et déjà vu à mon gout.
Plusieurs lecteurs avaient déjà franchi le pas vers le manga grâce aux œuvres Jirô Taniguchi, c’est maintenant l’auteur lui-même qui franchit le pas en sens inverse avec son premier one-shot à l’occidentale. Un album cartonné, en couleurs et dans un grand format «à l’européenne».
Tout comme "Le journal de mon père", le récit se déroule dans la ville natale du mangaka : Tottori. Taniguchi reprend tous les thèmes qui lui sont chers. Tout d’abord, la montagne, qui joue un rôle central dans cette histoire, comme laisse présager le titre de l’album. Une montagne déjà mise en avant dans "Le sommet des dieux" et "K", et qui incarne ici le côté fantastique du récit, tout en rendant hommage à la nature, comme dans maintes œuvres de l’auteur ("Seton, le naturaliste qui voyage", "L'homme de la Toundra"). Ensuite, il y a le côté familial et l’enfance, que l’auteur exploita déjà à merveille dans des œuvres comme "Quartier Lointain", "Le journal de mon père" ou "Un ciel radieux". La recette étant déjà bien connue, ce tome a donc un petit côté déjà-vu inévitable pour les aficionados.
De plus, l’histoire est trop prévisible, se lit assez vite et ne surprend pas vraiment. Le scénario n’atteint jamais la densité et la richesse de ses meilleurs œuvres ("Quartier Lointain", "Le journal de mon père", "Le sommet des dieux"). Malgré cela, étant un Taniguchi, cette fable reste sympathique à lire, pleine de sensibilité et de mélancolie.
Au niveau graphisme, malgré l’étonnement de retrouver une œuvre de Taniguchi entièrement colorisée, le trait fin de l’auteur continue de faire mouche. La colorisation pleine de douceur et le papier épais apportent une touche inhabituelle, mais assez plaisante, à son dessin.
Malgré l’effort d’atteindre un lectorat franco-belge encore plus large de la part de l’auteur, je conseillerais aux néophytes de tout de même découvrir Taniguchi à travers une de ses histoires plus aboutie.