Un très beau récit intimiste qui évoque l’enfance de Jean Regnaud. Cette histoire est toute en sensibilité et en nuance. Jean est victime d’une terrible machination familiale qui vise, en fait, à le protéger.
Les auteurs oscillent, sans arrêt, entre moments d’émotions et passages plus drôles. Le monde de l’enfance est très bien décrit et me rappelle un peu l’album "Leçon de choses" paru chez Dupuis.
Au cours de chapitres très courts, les auteurs font une très belle description du monde de l’enfance. Le dessin de Bravo s’adapte parfaitement au récit, avec une parfaite lisibilité. La narration introspective de Jean nous mène dans ce jeu de piste particulièrement intéressant.
Un livre qui mérite de figurer au palmarès d’Angoulême.
Pour une BD pour enfant, je peux dire que c'est vraiment bien fait.
Est ce une surprise quand on connaît le parcours d'Emile Bravo ? Sûrement pas !
Alors oui, ça regorge d'intelligence, de moments que "nous aussi on a connu dans notre vie", d'instants un peu faciles, certes, mais qui touchent la corde sensible, le fibre émotionnelle.
Ah, la famille, jouer avec est un délice pour les scénaristes, la richesse proposée frôle l'infini, la variété l'absolu.
Mais, une fois encore, ici l'usage qui en est fait dépasse largement l'habitude commune.
Comme en plus le dessin est beau, les pages sublimes avec un papier somptueux et doux au toucher, ça donne un sacré petit livre, pas des plus originaux, mais subtilement mené, et riche.
Agréable à lire, il ravira au final un public large.
N'importe qui ? Oui, presque.
Je rapprocherais cette BD de Chaque chose, parue chez le même éditeur. Comme Julien Neel y racontait quelques épisodes romancés de sa propre jeunesse, Jean Régnaud raconte sa propre enfance dans Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill.
C'est l'enfance d'un petit garçon qui vient d'entrer au CP, qui vit avec son petit frère, son père "patron d'entreprise" trop souvent absent et Yvette, la jeune fille qui s'occupe d'eux. Dans cette famille, plus de mère car elle est "partie en voyage". Mais personne n'a expliqué au jeune Jean et à son frère ce qui se cache derrière ce voyage et personne ne leur a dit qu'elle ne reviendrait pas.
Sous la forme de nombreux chapitres courts, nous suivons la petite vie des deux enfants, l'école, les questions qu'ils se posent, les moments qu'ils aiment ou aiment moins, les séjours dans la famille ou chez les amis. Parmi tout ce monde-là, personne ne veut expliquer à ces garçons encore ingénus mais sensibles pourquoi leurs grands-parents pleurent quand ils parlent d'eux, pourquoi le psychologue de l'école pose des questions insistantes sur leur maman, pourquoi leur père est toujours renfrogné et si absent. Tant et si bien que la jeune voisine, sachant que Jean ne sait pas lire, décide de lui faire croire qu'elle reçoit des cartes postales du bout du monde que sa maman écrit à Jean et de les lui lire en cachette.
Le dessin d'Emile Bravo, comme on l'a vu dans la formidable série Jules, colle parfaitement à cette ambiance enfantine, sensible et intelligente. Il donne les expressions parfaites à ses personnages et les sentiments passent d'eux-mêmes.
Le récit, pour sa part, est sympathique et on sent l'authenticité et les souvenirs amers derrière cette autobiographie.
Cependant, malgré tout mon intérêt pour cette histoire et mon affection pour le rendu graphique et narratif d'Emile Bravo, je dois dire que je reste un peu sur ma faim après lecture. J'ai un peu l'impression d'avoir suivi quelques tranches de vie d'une enfance un peu morne sans qu'il en ressorte plus que des faits et quelques sentiments attendris pour ces deux pauvres frères orphelins sans le savoir. Le récit manque en effet d'un peu de relief à mes yeux. Seule la fin m'a vraiment touché avec cette poignante comparaison entre l'existence du Père Noël et celle d'une maman.
Par contre, je dois dire avoir bien apprécié les interludes disséminés au long de cet album : leur humour contraste très agréablement avec l'aspect sérieux du reste.
C'est une bonne BD, très bien illustrée, intéressante et touchante notamment sur la fin. Mais elle n'a pas su me toucher autant qu'un tel sujet l'aurait pu, je le crains.