Encore une fois, changement radical de scénario pour Bruno Brazil et ses Caïmans. Après une série d'épisodes qui avaient quand même pour dénominateur commun des tentatives de domination du monde par des moyens technologiques avancés, voici un épisode, on pourrait même dire deux épisodes ("La nuit des chacals" forme un diptyque avec le tome 6 "Sarabande à Sacramento") dont le thème est : Guerre à la Mafia !
On voit mal au départ comment les services secrets vont s'ingerer dans cette histoire, et il faut en fait que ce soit un réglement de compte entre Gaucho Morales et les Caïds de Sacramento qui déclenche toute l'histoire. Car on ne s'attaque pas impunément à un membre du "Commando Caïman" !! Ce pauvre Gaucho prend dailleurs une raclée mémorable, ce qui tord un peu le coup au mythe du héros sans peur, sans reproche, et qui gagne toujours à la fin. Ici, Gaucho à perdu grave.
Cet épisode nous réconcilie définitivement avec les scénarii qu'on a pu juger quelquefois un peu bâclés dans la série, même si on nous ressert ici les bons gros personnages du pater familias qui respecte l'omerta, du journaliste trouillard qui se découvre une conscience, du curé de choc qui se pardonne lui même ses écarts, sans oublier les bandits mafioso, tous archétypes du genre, du plus grand au plus petit. Il faut reconnaître que le scénario sait les rassembler avec intelligence pour nous tenir en haleine jusqu'à la dernière page. Qui dailleurs ne se finit pas, puisque Bruno et ses amis déchirent les billets de l'avion qu'on leur conseille de prendre pour quitter la région. C'est sans doute cela qui manquait à l'étoffe du scénario de Greg, de s'étaler en deux tomes, pour être plus clair, plus cohérent, moins donner cette impression d'inachevé, ou de bâclé.
Fidèle à lui même, Vance dessine toujours bien ses personnages, leurs expressions, et on voit même des second rôles très interessant venir sur le devant de la scène. Quelques décors sont un peu déformés, les voitures par exemple, ou certaines devantures de magasin, ce qui est peut-être voulu. De même que les méchants ont un peu tous tandance à être maigres, avec un visage en lame de couteau, et les gentils plus ronds, plus souples. C'est le style de Vance, on aime ou on aime pas.
Au résultat, un excellent premier tome qui exploite un sujet conventionnel de très belle manière, surtout avec les protagonistes que sont Bruno Brazil et ses Caïmans. On apréciera encore plus la suite et la fin de cette aventure dans "Sarabande à Sacramento".