Cet album m’a beaucoup plu pour diverses raisons. Son dessin tout d’abord, parce que, lu juste après « Ukulélé », on s’aperçoit bien mieux de la beauté que Sfar peut insuffler à son dessin, en l’occurrence ici assez fouillé et travaillé ; les couleurs également, assez sombres en général, créent une ambiance complètement prenante.
Au niveau de l’histoire, eh bien c’est à une lutte contre le diable que l’on assiste. Thème largement rabâché, certes, mais utilisé ici avec beaucoup d’ironie, d’intelligence et d’humour confinant parfois à la dérision. Le résultat est finement drôle, et certainement intéressant et original. En plus, Sfar utilise au début une ellipse absolument merveilleuse, j’adore !
Malgré tout ces compliments, feuilletez-le avant achat, car il s’agit tout de même d’un ouvrage un peu particulier.
Le Tome 2 qui se déroule à Jérusalem est de loin le meilleur de la série, avec un humour dévastateur, et une lutte avec le Diable surprenante, décalée, bref très originale. Le professeur Bell a prit un peu plus de dimension, il apparaît maintenant plus entier, à défaut d'être plus sûr de lui. Cette BD est une vraie réussite du genre thriller-fantastique, avec toujours les mêmes bonnes recettes que ce sacré Sfar semble inventer avec la plus grande facilité et la plus évidente décontraction tant les évènements les plus farfelus peuvent se succéder dans un monde qui semble presque se tenir.
Deuxième tome des aventures du professeur Bell, l'occultiste flegmatique créé par Joann Sfar, "Les poupées de Jérusalem" est un album qui déçoit beaucoup. Ayant lu la critiques très favorable de Touts (19/20 ?!), je me suis demandé si nous avions lu le même album. Au risque de passer pour un rétrograde, je persiste à penser que cette BD est médiocre.
Je n'ai rien à reprocher à Sfar sur le plan graphique. Certes son trait est curieux, parfois tremblotant, plutôt sombre et pas toujours expressif - mais il est aussi original et novateur, ce qui n'est pas pour me déplaire. L'ambiance étrange de la série est sans doute renforcée par ce graphisme caractéristique, même si Thierry Robin a prouvé avec "Koblenz" qu'élégance du trait et atmosphère paranormale faisaient très bon ménage.
Non, ce qui est clairement insuffisant et frustrant dans "Les poupées de Jérusalem", c'est la trame scénaristique. Les premières scènes sont plutôt réussies, mais passée la dixième planche, on entre dans le royaume du Grand n'importe quoi. Massacre de satanistes, ellipses aux allures de découragement du dessinateur ("tiens, j'ai pas envie de raconter ni de dessiner ça, allez on zappe"), inconsistance des personnages, humour navrant qui gâche l'ensemble du récit, fin misérable qui laisse tout le monde sur sa faim. Sfar avait déjà prouvé qu'il était capable de bâcler un scénario ("Troll" tome 3 en a fait les frais). Il prouve aujourd'hui qu'il peut en prendre l'habitude. Ne perdons pas confiance en l'auteur de "La fille du professeur", mais on aimerait bien qu'il ne se laisse plus aller à la facilité. Et que le professeur Bell trouve enfin un cadre digne des espoirs qu'on pouvait placer dans une série a priori prometteuse.