Ce tome 1 plante le décor et nous présente les 2 personnages récurrents de la série : le professeur Bell bien sûr mais aussi l'inspecteur Mazock. Comme souvent, le dessin de Sfar est très bon, et il se cherche un peu une âme pour son héros, qui à défaut de réelle profondeur, est très présent. L'histoire est traitée de façon originale, et ça c'est élément de base commun à toute la série mais aussi à toute l'oeuvre de Sfar de manière générale.
L'aspect fantastique donne à ce faux Sherlock Holmes une ambiance de thriller qui n'est pas pour déplaire, et si on n'adore pas à s'en relever la nuit, cette BD se laisse lire avec un certain plaisir.
Joann Sfar fait partie de ces auteurs liés à l'Association qui ont le vent en poupe depuis quelques années. On lui doit "Donjon" (avec Trondheim), "Troll" (avec Morvan et Boiscommun), "Petrus Barbygère" (avec Dubois) ou encore l'excellent "La fille du professeur" (illustré par Guibert). "Le mexicain à deux têtes" est le premier tome d'une série qui va s'organiser autour du personnage du professeur Bell, croisement entre Sherlock Holmes, pour son flegme et sa prestance, et Aleister Crowley, pour le mysticisme dans lequel il baigne.
Dès les premières planches, le ton est donné : une jeune femme s'entretient avec un fantôme, pendant qu'un homme à deux têtes vient demander à Bell de l'opérer pour le débarrasser de cette étrange difformité. Le professeur refuse, jugeant l'opération trop dangereuse. Furieux, l'homme part en lui disant qu'il le fera changer d'avis. "Je n'ai pas besoin d'argent" lui affirme Bell. "Qui parle d'argent ?" lui rétorque son visiteur. Et en effet, le frère de Bell est assassiné. Son meurtrier a signé son crime en lui posant une petite tête en cire sur le front. Le professeur décide de se venger, même si l'inspecteur Mazock le lui déconseille formellement...
Scénario très original, comme en livre souvent Sfar. Les bizarreries paraissent couler de source dans cette histoire dont les héros ne perdent pas de temps à s'étonner. Le récit a un rythme rapide, trop parfois d'ailleurs, l'aspect psychologique des personnages ayant du mal à se développer. Sfar a de bonnes idées mais n'est pas très bon metteur en scène : c'est clairement le récit qui prime, pas sa mise en forme. Le dessin, comme le découpage, manque de force. Il est même assez froid et figé, et déplaît au premier abord. Il s'adapte finalement assez bien à l'univers abracadabrantesque de l'album, mais on aurait aimé un trait plus vivant.
Premier opus honorable pour le professeur Bell, mais on peut espérer mieux à l'avenir car l'ensemble ne paraît pas sufisamment abouti.